Saut, sang, parachute (moisi)

Mettons-nous d’accord: le propre de l’étudiant c’est de se plaindre  (des profs, des cours, des horaires, des points, des délais imposés, etc.), il n’y a donc aucune raison pour que je fasse exception à la règle, n’est-il pas ? Et ce n’est pas parce que je ne suis plus étudiante, que je ne puis pas, avec tout le recul que j’ai aujourd’hui (toujours des histoires de cul, hein!) faire une philippique plaintive en  bonne et due forme!

Durant les trois premières années, on nous en fait voir des vertes et des pas mûres. Premièrement, on s’est farci un service administratif incompétent, le manque de communication flagrant nous obligea à courir partout, à e-mailer à tout va et à trouver des solutions à des problèmes auxquels on n’aurait pas dû être confronté, ensuite on s’est coltiné des profs qui ne préviennent pas lorsqu’ils sont absents, qui donnent des cours déstructurés, qui interrogent sur des matières jamais vues ou qui nous demandent une masse de travail incommensurable, imaginant certainement que l’on n’a que ça à faire dans notre pauvre petite vie d’étudiant asocial. Certains même sont désagréables, lunatiques ou partiaux. On en a aussi qui disent « oui » à tout mais on apprend par la suite et à nos dépends qu’il aurait mieux valu comprendre « non ». Enfin, on a eu droit aux cours sans prof ou aux profs sans cours, aux cours version test, aux équivalences faussées et aux crédits qui se volatilisent…
 
Non, franchement, la vie de Bachelier, ce n’était pas de tout repos… 
Mais enfin, tout cela on l’a accepté sans – trop – broncher car après tout, non content d’être à l’Université (Bah oui… « C’est comme ça à l’université hein ! »), nous avions le devoir de rester stoïques, comme tous ceux qui ont eu l’immense joie et le bonheur plus que plaisant d’être les cobayes de Bologne et d’essuyer les plâtres en toutes circonstances (tout au moins,  on aura le droit de mettre « notions en travail dans le bâtiment » sur notre CV).
 
Toutefois, le Master, ce fut vraiment le bouquet (si c’avait été du lilas, cela aurait pu sauver les meubles mais bon). Tout d’abord, et ce avant même de commencer, il a fallu faire un choix : finalité didactique, professionnalisante ou approfondie. Cruel dilemme quand on sait que, comme toujours, c’est nous qui allions pouvoir tester la fiabilité de ces nouvelles maîtrises… Enfin soit. Hop, c’est le grand saut, je choisis finalité professionnalisante « monde du livre et de l’édition », créée spécialement pour nous. Naïvement, j’imagine que les changements sont approximativement mis en place ou tout au moins qu’on sera encadré compte tenu des circonstances (Non mais quelle idée, je vous le demande !).

Arrive le mois de septembre et là, c’est la chute. Les mains égratignées et les genoux en sang, on doit faire face à des horaires encore plus incomplets que d’habitude, une nouvelle finalité au sujet de laquelle tout le monde est perdu (même notre directeur de filière, vous pensez !), des – trop – nombreux choix d’options et une distribution mal proportionnée. Je ne vous parle même pas du choix d’un potentiel sujet de mémoire et des diverses visites rendues aux profs. 
Fort heureusement, l’angoisse retombe au fur et à mesure que des solutions pointent le bout de leur nez. On fait des compromis, on hésite encore un peu, on fait quelques recherches, on réfléchit et puis… Tout rentre dans l’ordre.

Ou presque.
 En effet, il se trouve que tous les cours de la finalité « monde du livre et de l’édition » se donnent au second quadrimestre. Au moins c’est clair, si on s’est trompé de vocation, c’est tant pis pour notre poire ! (Rebardaf c’est une nouvelle embardée !). Enfin, les mois s’écoulent, les examens se passent (parce qu’il le faut bien et non parce qu’ils le valent bien), une petite semaine de congé et plouf on replonge de plus belle dans le monde fascinant des Bisounours (Hum… Non, des romanes… Passons !).
 
Ainsi, le 4 février 2008, à 18 heures (oui, parce que dans la finalité professionnalisante, on fait pas les choses à moitié, soit on a cours à 8h soit à 18h!), je me dirigeai bravement vers l’Université et plus précisément vers le bâtiment U. Arrivée au cinquième étage (à pied parce que j’ai la trouille de ces foutus ascenseurs) de la partie B du bâtiment, je me retrouvai nez à nez avec le directeur de filière, Monsieur Couvreur, qui m’indiqua gentiment (comme à son habitude)  où se donnait le cours (deuxième porte à droite c’est pourquoi je tente vainement d’ouvrir la deuxième porte de gauche) et là, quelle bonne surprise, voilà que je me trouve en présence de certaines de mes camarades de classes, bien sûr, mais aussi du titulaire du cours, Monsieur Preyat,  d’un autre professeur, Monsieur Aron, et d’un certain Monsieur André Versaille, inconnu au bataillon. Presque plus de profs que d’élèves. 
Déconcertées, ne sachant pas à quoi s’attendre, on reste solidaire. On apprend rapidement le but du cours : Aborder les divers aspects du livre en assistant à des conférences données par divers grands noms travaillant dans ce domaine.
 
Pouf ! Mardi gras et mercredi passent comme des lettres à la poste et voilà qu’arrive le jeudi. Aujourd’hui nous avons rendez-vous à la Bibliothèque avec Monsieur René Plisnier, directeur de la bibliothèque de l’UMH (un rapport de parenté quelconque avec le grand écrivain belge?). Ce cours sur l’histoire du livre et des bibliothèques en occident a l’air intéressant, ça nous aidera pas à être un bon éditeur/libraire/autre mais bon! On pourrait se faire docteur es histoire du livre (mais pas bibliothécaire, ce sont de autres études, ça!).
 
Vendredi matin, réveil pénible, arrivée devant la bibliothèque fermée jusqu’à 8h pile, attente dans le froid. Jusque là, tout est parfait ! 
Installés dans la salle de cours, voilà qu’arrive Madame Leclercq, drôle de petite femme aux airs guillerets et après s’être installée, elle entame son cours, diapo et peau de vache à l’appui (nous précisant qu’elle n’en est pas une). Revenant sur la fabrication de la feuille de papyrus, du parchemin et du papier avant d’aborder le véritable sujet du cours : les enluminures.
 
Certains d’entre vous pensent d’ores et déjà en lisant ceci que si ces trois cours sont censés nous apprendre à travailler dans le monde du livre et de l’édition, on est mal barré. Et en effet, ce n’est pas ce qu’on pourrait appeler des cours très « professionnalisants ». Certes, nous avons eu la chance de faire un stage l’année d’après mais rien qui nous donne des bases, des structures, pour travailler dans le monde du livre et surtout… pour trouver un travail dans ce domaine.

Alors, c’est sûr, faire cinq ans d’Université pour un avenir nébuleux, ça casse pas trois pattes à un canard. Le pire c’est qu’on continue à foncer tête baissée, fort de cette certitude qu’à l’arrivée, il y aura une place confortable et douillette toute faite pour nos capacités, reconnues – bien sûr – entre mille.
 
Résultat? Ils continuent à réformer l’enseignement universitaire plongeant les élèves dans un brouillard épais alors qu’ils sont pris par la main pendant 12 longues années pour terminer par une course au pistonnage notoire et au jeu des sept stages non rémunérés. So exciting!

So What? (comme dirait Pink) Nothing. If you loose, try again… Or forget your dreams!

Written By

I'm always curious about new things, I love learning and I'm a creative person. That means I need to use my creativity to feel good and happy. That's why I've created Culture Remains and my other website, Naïra.

1 Comment

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *