Sauvage tome 1, Les Damnés d’Oaxaca

Felix Sauvage est un jeune sous-lieutenant engagé volontaire dans la légion étrangère qui participe à l’expédition française au Mexique en 1864. Sous le soleil de plomb mexicain, son intention est moins de défendre l’intérêt d’un Empire Mexicain aux abois, que d’assouvir une vengeance mystérieuse qui doit rétablir l’honneur de ses parents décédés. Mais la situation de Félix Sauvage se corse singulièrement quand la légion se retrouve encerclée, prête à subir un deuxième Camerone.

Félix Meynet, s’était fait discret depuis quelques temps, et la sortie du tome 6 des Immortels, en 2010, ne sortant qu’un discret FanfoueLe premier album de cette nouvelle série  est donc un peu son grand retour sur le devant de la scène. Un retour né de la contrainte et de l’envie. Aussi surprenant que cela puisse paraître, puisque ce paradoxe aboutit à un ouvrage qui permet à un dessinateur de renouveler son style et à un scénariste de ressusciter un style de récit tombé en désuétude.

L’envie vient de Félix Meynet, désireux de changer d’univers, d’aborder le mythe qui nous lie à peu près tous à l’enfance qu’est le western, soit l’épopée napoléonienne et ses uniformes chamarrés.
La contrainte vient également de Félix Meynet, dont un souci de santé au niveau du dos et de l’épaule l’oblige à modifier sa méthode de travailler, c’est à dire dessiner debout et sur des planches plus grandes.

Yann, son scénariste sur Les Immortels, lui soumet le compromis parfait entre le western, cannibalisé par le talent de Giraud sur Blueberry et l’épopée napoléonienne surexploitée par le neuvième art : l’expédition française au Mexique. Le contexte propice au western y est bien réel, et Napoléon également, même s’il ne s’agit pas de l’illustre nabot d’Ajaccio, mais de son indigne neveu Napoléon III. Ne dites donc pas western napoléonien, mais bien western impérial. Yann y tient, parce que c’est moins susceptible d’amalgame avec l’épopée napoléonienne.

D’un point de vue scénaristique, Yann propose un récit classique, à l’ancienne, qui insiste sur la notion épique de l’aventure avec un héros dont l’intérêt est moins la personnalité, un peu naïve et crétine en ce qui concerne Félix Sauvage, que les rebondissements de son aventure et ses rencontres avec des personnages hauts en couleurs et pour certains authentiques. Ainsi, Félix Sauvage, est au début du récit, sur le point de voler au secours de la princesse de Salm-Salm, aventurière authentique, contre l’avis de ses supérieurs et tous freins de la raison rompus. Des personnages authentiques qui, avec la troupe nourrie et composée par Yann à l’aide des écrits d’un breton engagé dans l’aventure mexicaine, confèrent au récit son aspect réaliste, violent et dur, tandis que la caste des officiers sert le récit dans son caractère romanesque et épique. Félix Sauvage, ni membre de la piétaille, ni réellement de la caste de officiers (il n’est que sous-lieutenant) sert de trait d’union entre réalisme et romanesque.

sauvage 2

Au dessin, Meynet, dont les aficionados attendaient avec impatience la première série en costume, conserve l’élégance du trait qu’on lui connaît depuis Double M, mieux, le format du support original et la mise en couleur directe rendent les planches lumineuses et indéniablement taillées pour l’héroïsme guerrier. L’album regorge de véritables tableaux qui se laissent admirer durant de longues minutes, où le souci du détail ne s’oppose pas au confort de lecture.

Avec Sauvage, Les Damnés d’Oaxaca, Meynet et Yann proposent le premier tome d’un cycle en trois épisodes qui laisse néanmoins le lecteur sur sa faim, de par la nécessité d’installer les éléments de l’intrigue qui devrait réellement décoller dans le second tome et aboutir dans le dernier (dans la pure tradition de la narration classique en trois actes). Mais ne boudons pas notre plaisir, Sauvage est une réussite incontestable de deux auteurs au sommet de leur art.

Dessin : Félix Meynet, Scénario : Yann

Editions Casterman

48 pages

Prix : 12,95 euros, Edition Deluxe : 18,95 euros

Sortie : 25 septembre 2013

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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