Sébastien Japrisot – La Femme Dans L’auto Avec Des Lunettes Et Un Fusil

« La dame dans l’auto la plus blonde, la plus belle, la plus myope, la plus sentimentale, la plus menteuse, la plus vraie, la plus déroutante, la plus obstinée, la plus inquiétante des héroïnes. »
Sébastien Japrisot a le don de commencer ses romans sur des phrases sans queue ni tête. C’est le roi de l’incipit inintelligible qui nous donne envie d’aller plus loin pour comprendre de quoi il retourne.

A vrai dire, on se rend bien vite compte que ce n’est pas seulement l’incipit qui est déroutant. En effet, toute la construction du roman est elle-même une course d’orientation plutôt alambiquée, et ce, jusqu’au dernier paragraphe où la solution, la vérité, éclate (enfin) au grand jour. C’est du suspense à gogo qui nous tient hors d’haleine jusqu’à la dernière page. Et c’est probablement ce qui fait tout son charme. Ceci est un roman policier mais qu’on ne se méprenne pas : ceci n’est pas un roman froid et calculateur comme peuvent l’être les aventures de Sherlock Holmes ou d’Hercule Poirot. Non. Car Japrisot favorise la vision psychologique de l’incident. De ce fait, on se retrouve généralement avec un personnage complètement dérouté qui doute de tout, même de son identité, et l’on suit avec intérêt ses questionnements, internes et externes, jusqu’à la solution de l’événement perturbateur qui l’a tant déstabilisé.

« Je n’ai jamais vu la mer » nous confie Dany Longo, notre héroïne, et mentalement nous lui répondons : « Oui et alors ?  Où veux-tu en venir ? » C’est une phrase à la banalité effarante qui nous pousse à continuer notre lecture car, petit curieux et grand cartésien, nous voulons comprendre ! Nous en apprenons, petit à petit, plus sur cette jeune femme sans grande particularité qui, ayant décidé d’emprunter la voiture de son patron le temps d’un week-end pour aller voir la mer, se trouve rapidement totalement dépassée par les événements et perd la boussole lorsqu’elle découvre… un cadavre dans le coffre de la voiture. Et voilà qu’en deux temps, trois mouvements, une kyrielle de questions se bousculent dans la tête du lecteur ! Partant d’une incohérence, il rationalise sensiblement sa narration jusqu’au point d’impact, le vrai mystère dans toute sa splendeur à travers un triangle policier peu commun :  un homme mort, la présence d’un fusil, arme incongrue, et une femme paumée au point de se demander si ce n’est pas elle, la coupable ! Encore une fois, Sébastien Japrisot, qui aime faire forte impression, n’a pas loupé son coup. Mais ce qui le rend exceptionnel, c’est son fin dosage des ingrédients d’un bon roman à suspense. Car, doucement, sans qu’on ne comprenne comment, ses histoires, toutes aussi échevelées les unes que les autres, s’éclairent. Maître dans l’art puzzléen, cet homme a, aura et mérite toute notre admiration. Car donner du sens à l’insensé, et ce, dans ses moindres détails, c’est un talent aussi rare que précieux…

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