Sébastien Japrisot – Piège pour cendrillon

Ce jeune Marseillais n’est qu’un fourbe, un imposteur ! Il a vaguement tenté de nous faire croire qu’il s’appelait Sébastien Japrisot ? Que nenni ! Ce n’est qu’une stupide anagramme de son véritable nom : Jean-Baptiste Rossi !
Jeune homme très polyvalent et précoce (il écrit son premier roman en 1950, à 17 ans), il fut tour à tour romancier, traducteur, concepteur de publicité et scénaristeCe n’est que quand, par obligation, il se doit de reprendre la plume pour composer des romans policiers, qu’il travestit son nom (touche-à-tout mais pas courageux pour un sou, le petit). Et paf ! Ça a fait des Chocapics…* Euh… Je veux dire : Compartiments tueurs (1962) et Piège pour Cendrillon (1963), deux romans qui furent très vite adaptés au cinéma.
 
Piège pour Cendrillon est un bonheur d’incertitude, une perte d’identité entraînant une recherche de soi mêlée à une intrigue criminelle dont le cadavre reste énigmatique. En effet, le roman débute en nous apprenant que la narratrice vient tout juste de sortir du coma, amnésique.

Peu à peu, elle réapprend son passé par le biais du Docteur Doulin qui lui donne les informations « essentielles » : son nom est Michèle Isola, elle a vingt ans, elle est née à Nice mais a vécu plusieurs années en Italie avec sa tante qui est décédée ; il y a trois mois de ça, elle a été grièvement brûlée dans un incendie alors que sa camarade Domenica Loï en est morte, elle avait une voiture blanche de marque MG immatriculée TTX 66.43.13 et une maison située sur le promontoire Cap Cadet avec une cuisine et trois pièces au rez-de-chaussée et deux salles de bains et trois pièces au premier étage (Ouf, rien que ça !). Sortie de l’hôpital, Jeanne Murneau, sa gouvernante, lui raconte des anecdotes dévoilant sa personnalité : Michèle est en réalité une jeune fille échevelée et capricieuse, probablement nymphomane et peut-être bisexuelle, incapable de subvenir à ses besoins et traitant son entourage comme ses esclaves.

Mi, déconcertée, ne se reconnaît pas dans ce portait. Elle se trouve étonnement stupide et particulièrement monstrueuse. De ce fait, son esprit critique refait subitement surface (Après tout, Descartes a bien dit : «Cogito ergo Sum » et pas « Non Cogito ergo Sequor»). Ses mains brûlées dépourvues d’empreintes digitales, son visage reconstruit par la chirurgie esthétique et quelques maladresses de Jeanne suffisent à une remise en question. D’abord elle se demande si elle est vraiment cette Mi dont on lui parle : 

« l’idée me vint pour la première fois que je n’étais rien, sinon ce que Jeanne disait de moi, et qu’il suffisait d’une Jeanne menteuse pour que je fusse un mensonge. ». 

Ensuite – seconde étape – elle finira par douter de son identité : et si, par le plus grand des hasards, elle était Do ? Elle entreprendra donc une enquête. Arrivée à se débarrasser de l’encombrante Jeanne, Mi part à la rencontre de son passé, plus que troublant. Relevant des points en contraste avec ce que Jeanne lui avait dit,  Mi est bientôt convaincue d’être Do.Flash-back ! C’est alors que Jeanne commence à narrer calmement à Mi (ou à Do, on s’en sort plus finalement), avec un regard cinématographique, les événements « pré accidentels ». Tout de suite, tout nous semble plus clair. C’est pourtant pour mieux nous troubler, mes enfants, parce que lorsqu’elles se rendent au Cap Cadet, un certain Serge Reppo s’empresse de venir lui demander « sa part » pour l’avoir prévue de ce qui se complotait dans son dos. Trois femmes, trois personnes qui jouent la comédie… C’est du joli ! Maîtresses dans l’artefact, on redécouvre la gente féminine dans toute sa splendeur.

On ne peut que féliciter et admirer Sébastien Japrisot pour ses tours de passe-passe. Ce côté labyrinthesque qu’empruntent tous ses romans et qui nous fourvoie jusqu’au dernier instant. Cette petite Cendrillon qui apprit à être Mi, eut la certitude d’être Do puis fut formellement identifiée comme Mi, au fond qui est-elle vraiment ? L’amnésie peut-elle faire de vous une nouvelle personne, à part entière, se détachant totalement de votre personnalité précédente ?

Illusionniste, Sébastien Japrisot ne nous révèlera qu’ultimement l’identité de cette jeune rescapée qui nous raconte l’histoire d’un meurtre, dont elle est l’enquêteur, le témoin, la victime et l’assassin

Je vous prie de bien vouloir excuser mon estomac qui n’a pu s’empêcher de prendre la parole quelques instants !

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1 Comment

  • une histoire triste est à la fois mystérieux qui donnne des soupcon au niveau des personnage, perdu dans son identite mi ne ses ni si elle est vraiment michel ou dominica

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