Sergio Salma – Marcinelle 1956

« Marcinelle, Belgique, 8 août 1956. Parce qu’un wagonnet de charbon a été mal encagé dans un ascenseur, un incendie se déclare accidentellement au charbonnage Le Bois du Cazier. Il déclenche une catastrophe : 262 hommes de la mine y laissent la vie. À travers l’itinéraire de l’un de ces mineurs, Pietro, immigré italien, Sergio Salma retrace avec justesse et sensibilité les quelques mois qui ont précédé ces événements tragiques et le quotidien de cette communauté de travail. Pietro, pourtant marié et père de famille, croise la route d’une femme qui va dévier le cours de son existence… Il manquera même une journée de travail. Marcinelle 1956 raconte aussi comment et pourquoi Pietro n’est pas allé au charbonnage ce jour d’août… »Au début du mois de décembre, nous vous présentions l’exposition consacrée à la collection Ecritures de Casterman, au Centre Belge de la Bande Dessinée. L’un des derniers arrivés au sein de cette collection est Sergio Salma, papa de Mademoiselle Louise, d’Animal Lecteur et de Nathalie, que nous avons rencontré. Son ouvrage est également présenté à l’exposition. On le retrouve ici dans un tout autre domaine, fait de noir et de blanc, moins humoristique, qui ne lui est cependant pas étranger : « J’ai travaillé dans la revue À suivre, dans les années 1980, où je travaillais en noir et blanc, et ici c’est un prolongement naturel. À cette époque-là, j’avais déjà envie de travailler sur ce sujet, mais je ne savais pas si je voulais faire de la couleur, un grand format ou autre chose. Et quand la collection est arrivée, cette forme-là permettait de mettre des chapitres et puis le noir et blanc s’imposait avec ce sujet-là. » 

Un sujet qui est une partie importante de l’histoire des charbonnages en Belgique, le drame du Bois du Cazier est encore commémoré chaque année, et ce 8 août 1956 appartient à l’histoire du pays, mais également un peu aussi à l’histoire de Sergio Salma : « On me pose la question parce que c’est proche de ma vie, ou en tout cas celle de mes parents, mais je m’y intéresse comme je m’intéresserai au Titanic ou à une bataille célèbre. C’est un événement historique qui met des gens en scène, et moi je suis dessinateur de gens. » Outre cet attrait pour cet événement historique, il y a également un lien géographique pour lui. Né à Charleroi, il y a vécu durant ses vingt premières années et est le fils de parents italiens ayant immigré en Belgique : « Même si je n’avais pas été auteur de bandes dessinées, je crois que je me serais intéressé aussi à la vie de mes parents. Le sujet m’intéressait avant que je ne sois auteur. »

Le format parfait pour cette histoire-là, il n’en fallait pas plus pour faire un excellent roman graphique, qui relate l’histoire du Bois du Cazier, au travers d’un homme, qui travaillait dans ce charbonnage, et sa famille. Une histoire qui revient sur la dureté du travail au fond des mines, et la quotidienneté lassante des journées qui passent, avec toujours les mêmes gestes. Dans cette morosité, l’acquisition d’une vespa va déclencher des événements inattendus qui changeront la vie de ce mineur et de sa famille.

Ce projet, Salma l’a réalisé en moins d’un an, si l’on met les mois de travail bout à bout : « Mais c’est un projet que j’ai en moi depuis des années. Il y a 30 ans dans A suivre, j’avais fait des histoires sur la fin des charbonnages en Belgique. Petit à petit je me suis dit que j’avais encore envie de mettre ça en scène, mais comment. Donc dans les cinq, six ans qui ont suivis, je me suis baladé dans les charbonnages et notamment celui du Bois du Cazier, qui n’était pas en démolition mais plutôt en ruine. »

Pour Sergio Salma c’est alors une évidence : il lui faut mettre ce décor en scène. En 1989, dans le magazine Tintin Reporter, on a demandé à certains auteurs de faire des histoires à la « Oncle Paul » . « Un gars pouvait faire sur le creusement du Canal de Suez, un autre un truc sur le Vietnam. Et moi j’ai pris, à ce moment-là, Marcinelle, déjà. Je me suis dit que j’allais raconter l’accident, mais le jour qui suit à travers le regard d’un gamin de six ans. On peut vraiment dire que ces planches-là étaient le court métrage du film que je viens de réaliser. C’était vraiment l’approche, de douze pages, qui m’est resté comme quelque chose d’inachevé. »

Le travail est donc désormais fini, et de plutôt belle manière. Le récit est prenant, le dénouement est à la fois cruel et beau, mais pose la question de savoir ce qui est le plus acceptable. Cette première collaboration de Salma pour Ecritures se passe plutôt bien, et l’auteur a déjà plusieurs autres projets pour la collection de Casterman : « J’étais prêt à faire le sujet suivant, et ils sont venus avec un autre sujet que j’ai fait mien, qui sera un peu plus grisé et j’en parlerai dans pas longtemps. Mais le sujet que j’avais, ça je peux en parler un peu, ça parlera aussi des italiens de Belgique. Mais on ne restera pas dans les années cinquante-soixante, on survolera les soixante années. Je vais raconter l’arrivée d’un italien en Belgique et sa vie par après. » Ce sujet se voudra lui plus intemporel et universel, puisqu’il parlera dans ce cas-ci d’un Italien en Belgique, mais « c’est raconter ce qui ressemble à l’immigration dans tous les pays du monde, là où les émigrés économiques sont arrivés. »

Si Sergio Salma restera fidèle à Animal Lecteur, il retrouve ses premières amours avec le noir et blanc. Une rencontre différente avec l’auteur-dessinateur quand, en tant que jeune, on n’a jamais connu que Nathalie. Cependant cette découverte d’une autre facette de Salma est vraiment aussi surprenante que sympathique.

Un ouvrage à découvrir tant pour son aspect historique que pour son scénario original.

Sergio Salma – Marcinelle 1956
Parution : 29/08/2012
Collection : Ecritures (Casterman)
Pages : 264
Prix : 17,00 €

Plus d’infos sur le site de Casterman.

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