Seul dans le noir – Paul Auster

Paul Auster est un auteur américain né en 1947. Seul dans le noir est l’un de ses derniers romans, mais certainement pas son premier. En effet, cet auteur est connu pour Le Voyage d’Anna Blume (1989) et Léviathan (1993), entre autres. Il a été primé plusieurs fois, notamment pour ce dernier. Paul Auster a écrit essentiellement des fictions, mais il a également utilisé sa plume dans d’autres genres : essai, poésie, autobiographie, théâtre, scénario.

Résumé :

August Brill, critique littéraire à la retraite et immobilisé à cause d’un accident de voiture, vit avec sa fille Miriam et sa petite-fille Katya dans le Vermont. Miriam ne s’est toujours pas remise de son divorce d’il y a cinq ans. Katya, elle, se sent coupable de la mort en Irak du garçon avec qui elle avait rompu. Elle a mis un frein à ses études et reste cloîtrée chez sa mère, en passant son temps à regarder des films avec son grand-père pour ensuite en discuter.

Le livre commence ainsi : « Seul dans le noir, je tourne et retourne le monde dans ma tête en m’efforçant de venir à bout d’une insomnie, une de plus, une nuit blanche de plus dans le grand désert américain. » Oui, August est insomniaque et quand il ne dort pas, il réfléchit. Au passé, au présent. Il pense à Sonia, sa femme décédée, et à Miriam et Katya qu’il voit souffrir, sans ne rien pouvoir y faire. Alors, pour échapper à toute cette tristesse, il invente des histoires. Cette nuit, il a créé le personnage d’Owen Brick : celui-ci se retrouve dans une sorte de monde parallèle où les États-Unis ressemblent à ceux d’aujourd’hui, à ceci près qu’ils sont en pleine guerre civile. Il a été choisi pour sauver ce monde qu’il reconnaît, mais dans lequel il se sent perdu. Au cours de son périple, il rencontre différentes personnes, dont son amour de jeunesse, Virginia Blaine.

Tout au long de la nuit, l’on voit l’évolution d’Owen Brick dans ce monde parallèle, mais l’on découvre aussi le passé d’August, sa rencontre avec Sonia et leur histoire, de Miriam et de Katya, ainsi que leur présent. Fiction et réalité s’entremêlent ainsi pour notre plus grand bonheur.

Je dois dire que j’ai été agréablement surprise par Seul dans le noir. Je ne m’attendais pas à cela. L’écriture est sublime et les personnages, réels et fictifs, sont attachants. Leur personnalité nous donne envie de les découvrir toujours un peu plus. Dès les premières lignes, on se sent entraîné dans l’histoire que nous raconte August sur sa vie personnelle et dans celle qu’il crée pour échapper à la réalité passée et présente. Le récit à la première personne y est de toute évidence pour quelque chose.

La fin m’a beaucoup plu, mais le souci, c’est que c’est précisément une fin, alors que l’on a envie que l’histoire continue pour savoir ce qui va arriver à August, Miriam et Katya. Auster a su leur donner une certaine sensibilité, sans les rendre gnangnans pour autant. Par ailleurs, j’aime beaucoup les moments que passent August et Katya à regarder des films dont ils font la critique par la suite. Ils font l’analyse de choses auxquelles on ne penserait pas forcément, des détails à nos yeux, et qui pourtant ont toute leur importance. Tout est très psychologique, et j’adore. (J’ai d’ailleurs noté le nom des films dont ils discutent tellement leurs points de vue étaient intéressants et précis.)

Je ne peux que vous conseiller de lire Seul dans le noir et de (re)découvrir la plume de Paul Auster.

Petit extrait :

« Il s’est passé combien de temps avant que tu ne la revoies ?

Presque un mois. Les journées se traînaient, je n’arrêtais pas de penser à elle. Si j’avais su qu’elle était étudiante à Juilliard, j’aurais pu retrouver sa trace, mais je ne savais rien. Elle n’était qu’une merveilleuse apparition qui m’avait regardé dans les yeux pendant deux secondes avant de disparaître. J’étais convaincu que je ne la reverrais jamais. Les dieux s’étaient joués de moi, et la fille de qui j’étais destiné à être amoureux, la créature unique qui avait été placée sur terre pour donner un sens à ma vie avait été escamotée et envoyée dans une autre dimension – en un lieu inaccessible, un lieu où jamais je ne serais autorisé à pénétrer. Je me souviens que j’ai écrit un long poème où il était question de mondes parallèles, d’occasions perdues, de la vacherie tragique du destin. Vingt ans, et déjà je me sentais victime d’un sort contraire. » (p. 140)

Seul dans le noir, de Paul Auster, Actes Sud Littérature (Lettres anglo-américaines), 2009, 192 p., 19,80 €.

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