SMS, réception difficile

Il est un peu la « nouvelle tête » du cinéma français, l’acteur (re)découvert sur le tard, malgré une carrière aussi riche au théâtre et à la télévision qu’au cinéma. Guillaume de Tonquédec, c’est de lui qu’il s’agit, se fait réellement un nom auprès du grand public en reprenant au cinéma son rôle de la pièce de théâtre à succès, Le Prénom. Immense succès théâtral, immense succès cinématographique de l’année 2012. Bonne pièce de théâtre ne saurait mentir au cinéma. C’est un adage bien connu des producteurs. Un bonheur n’arrivant jamais seul, sa prestation dans ce succès public et critique lui vaut le César du meilleur second rôle masculin en 2013. Enfin, après être passé devant la caméra d’Eric Lavaine pour l’intéressante comédie Barbecue, dans laquelle il donne la réplique à Lambert Wilson, endossant un rôle proche de celui son personnage de « la prune » dans Le Prénom, il décroche enfin un premier rôle, vingt-deux ans après le film Tableau d’honneur de Charles Nemes. Mais qui se souvient de Tableau d’honneur? C’est donc SMS de Gabriel Julien-Laferrière qui vaut à Guillaume de Tonquédec de retrouver un premier rôle, à moins que ce ne soit Guillaume de Tonquédec qui vaut à Julien-Laferrière de réaliser son second long métrage après Neuilly sa mère ! en 2009.

9:00 Laurent reçoit un SMS
9:01 Il se fait voler son portable
9:30 Son fils disparaît
10:00 Sa maison brûle
10:15 Sa femme le quitte
10:30 Son entreprise est liquidée
11:00 Il est en garde à vue.
Et ce n’est que le début des emmerdes…

SMS. Le titre à lui seul interpelle, le pitch finit de piquer la curiosité du cinéphile curieux. Un sms à la base d’une succession d’événements qui s’abattent sur le héros, c’est associer excès de zèle scénaristique et idée scénaristique de génie. De quoi combler le plus exigeant des cinéphiles. Las, dès les premières minutes du film, les attentes sont déçues. Ce sms, celui qui donne son titre au film, celui dont on attendait autre chose que le malheureux message d’un amant à sa maîtresse envoyé par erreur au mari (oups spoiler), n’est rien de plus qu’un détail dans la succession d’incidents qui émaillent le début des mésaventures du héros. L’utilisation classique mais efficace du flash-forward, notre héros suspendu dans le vide par un câble télécom accroché à son pied, ouvre le film et sauve quelque peu l’intérêt de celui-ci. Comment en est-il arrivé là ? Comment va-t-il s’en sortir ? Rien de neuf.

sms

Moins comédie que thriller familial et fable contemporaine sur les méfaits de notre société hyper-connectée qui déshumanise nos rapports humains quotidiens, SMS manque ses objectifs. Un manque criant d’humour, une intrigue convenue (voire caricaturale) et une charge en mode feu de paille qui se prend pour un brûlot font de SMS un film à vocation de divertissement familial, sans plus.

Car en bon artisan, Gabriel Julien-Laferrière réussit néanmoins son entreprise de démolition/reconstruction, grâce à un convaincant Guillaume de Tronquédec en monsieur Tout-le-Monde contraint de se surpasser, bien servi par des dialogues percutants (coécrits par le réalisateur et Laurent Bénégui, l’auteur du roman), malgré une Anne Marivin insipide en raison d’un personnage d’épouse à la psychologie à peine ébauchée, mais en partie aussi grâce à l’apparition heureuse de Géraldine Phailhas qui amène un peu de l’humour dont le film manque tant.

Il ne faudrait pas oublier Frank Dubosc, qui fait du Frank ou du Dubosc, c’est selon, et dont le personnage nourrit maladroitement l’angle « critique sociétale » du film.

La typo de l’affiche qui fleure bon la « grosse comédie à la française », dissimule un film à l’ambition plus subtile. Un film dont les vices cachent certainement un peu les vertus mais qui demeure néanmoins digne d’un intérêt certain.

A voir dès le 20 août 2014.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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