SNCB le grand (dés)Amour : quand le train déraille mais prête à rire

Après des incursions dans le monde du fantastique ou du polar, la Binchoise et psychopédagogue Nancy Vilbajo change radicalement de style pour conter les bonheurs, et surtout les malheurs, de sa vie de navetteuse de première classe, les trains d’une société dernière de classe, la SNCB (pour nos amis français, la SNCB est la Société Nationale des Chemins de Fer Belge, prestigieuse pour ses retards, ruptures de caténaires et autres avaries loufoques). Entre portrait de la faune de la jungle des trains et réflexions pseudo-philosophiques, la plume de Nancy (adjointe aux illustrations de François Bouton) fait le ménage. SNCB mon amour? Non, peut-être.

« En direct du train: la lumière « wc » vient de s’allumer et ça sent le brûlé, j’ai peur… »

Hier, j’ai joué à l’intrépide, au téméraire. Ou peut-être était-ce à l’in-train-pide et au train-méraire? Soit, profitant d’un long voyage à Bruxelles, même pas peur, j’ai dégainé SNCB mon amour de Nancy Vilbajo. Et qu’on ne vienne pas m’embêter. Et tant pis si le contrôleur s’y reconnaît. Non, tant mieux, car ce livre, sous couvert de l’humour, n’a nulle autre prétention qu’être le reflet fidèle d’une année sur les rails. Un journal de bord, quoi, rassemblant une multitude de statuts facebook plus rigolos les uns que les autres. Ben oui, mieux vaut en rire. Et à la question « Peut-on rire de tout? », Nancy répondra certainement: « Oui, et surtout de la SNCB! ». Mieux vaut ça qu’en pleurer. Puis qui sait, ça mouillerait les rails et causerait des retards en plus.

Sncb mon amour Éditions du Basson François Bouton

« Sortir de son sac deux jolis bouchons jaune canari et se les enfiler méticuleusement dans les oreilles en regardant fixement le gros sans-gêne qui collectionne les bruits gutturaux. #prendsça »

Passé une introduction des plus homériques sobrement intitulée « Et si on disait du mal du train? » (Chose qui, à défaut d’être inédite, a le mérite d’être vachement fédératrice), où la « Rail »leuse binchoise démonte l’hypocrisie sociale du « Prenez les transports en commun », Nancy s’embarque dans la Nomenclature des enfumés du rail. Bien plus hilarante que celle de Mendeleïev puisqu’elle nous emmène dans son wagon à côtoyer diverses variétés de navetteurs, du m’as-tu-vu au papy retraité de la SNCB mais qui ne s’en lasse pas en passant par L’incognito.

« Nancy V compte réaliser une étude sur la corrélation entre le nombre de décibels de certains écouteurs mp3 et les goûts merdiques de leurs utilisateurs. SNCB, si tu me lis, finance ma recherche, stp. Merci! #abouleles€ »

Il en manque mais l’esprit est bien là. Et une fois tout ce petit monde présenté, si le train n’est pas en retard, il est temps d’embarquer dans les aventures trépidantes de Nancy et de son train de vie. Par petites touches, par statuts régulièrement publiés sur facebook tout au long d’une année entière. L’occasion de remarquer qu’il n’y a pas une semaine sans souci ferroviaire. Qu’il n’y a pas trois jours sans un problème, même. Et quand ce n’est pas le train qui fait la bringue, c’est sa charmante clientèle qui part en live, les dormeurs-ronfleurs, les mateurs-bandeurs (hé oui, y’a pas que les trains qui se mettent en branle) ou les concertistes du haut-volume. Encore une fois, tout n’y est pas, mais tout le monde s’y retrouvera.

« Nancy V se demande s’il ne devrait pas se mettre au régime. C’est vrai, quoi, le train a de plus en plus de mal à avancer depuis qu’elle y est montée! #çametue »

Le livre de Nancy Vilbajo est une petite perle explosive, à l’écriture endiablée (fallait pas l’énerver!) et rythmée de bons mots. Parfois condescendant dans la rage, mais surtout rigolo car Nancy sait avant tout rire d’elle-même et de la petite navetteuse qu’elle est, impuissante mais pas trop par la force de son clavier facebookien. Qui, de surcroît, rejoint parfaitement la réalité. La preuve, à mon retour de ce long voyage à Bruxelles, le train a pris la vitesse d’un limaçon et, comme en adéquation avec le paragraphe que je lisais, le monsieur devant moi a piqué du nez pour mieux ronfler. Coïncidence? Non, je ne crois pas. Enfin, heureusement, j’avais de quoi lire, et le monde aussi barge que criant de vérité de Nancy Vilbajo. Prochaine étape, voyage en seconde classe? Car oui, on en redemande. Et comme la SNCB semble toujours prompte à nous offrir du grain à moudre…

SNCB, mon amour – Mémoires d’une navetteuse, Nancy Vilbajo et François Bouton, Éditions du Basson, 120 p.,18 €.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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