Solitaritate – Théâtre National

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Retour sur la pièce Solitaritate, qui s’est jouée en janvier dernier au Théâtre National.

Gianina Cărbunariu est issue de la classe moyenne roumaine. Celle qui a le mieux réussi la transition – à marche  forcée – du communisme vers le capitalisme ultralibéral ayant aujourd’hui cours dans les pays de l’Est. De cette catégorie qui fait sien le discours politique sur la pauvreté, vue comme la faute de celui qui est incapable d’être compétitif ou efficace. De cette classe, qui, à l’aune de la crise financière, prétexte à tous les débordements, se réfugie dans un communautarisme et un mouvement de marginalisation de l’Autre. Cette classe moyenne qui est à la fois l’objet de sa pièce, mais également la destinatrice.

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Solitaritate est un portrait sans fard de cette Roumanie contemporaine, dure et individualiste (d’où le jeu de mot du titre de la pièce) sous forme de farce féroce au travers de quatre histoires vraies : celle de ce maire, d’une arrogance politique crasse, qui a décidé de construire un mur, qu’il nomme hypocritement « démarcation », séparant ses bons citoyens de la communauté rom toute proche. Celle de ce couple horriblement bobo, profitant de la corruptibilité de l’administration roumaine pour obtenir des places de parking handicapé, qui étale ses déboires avec la nounou philippine, donnant lieu à un grand solo parfaitement cynique et méchamment pince-sans-rire. Celle de cet enterrement d’une gloire du théâtre bouffie d’orgueil, où l’on s’aperçoit que la cupidité de son fils n’a d’égale que celle de l’Église, occupée à faire financer la plus grande église orthodoxe du monde sur fonds publics, à l’heure où, en Roumanie, trois écoles ferment chaque jour (et une  église se construit tous les deux jours). Ou enfin celle, particulièrement grinçante, d’une réunion de famille où tout est à vendre, où l’argent est roi lorsque le profit gouverne au cœur et à la solidarité.

Solitaritate

Dans ce théâtre pertinent où la dérision exorcise la violence et l’absurdité de ce capitalisme sauvage, les personnages sortent fréquemment de leur rôle pour commenter l’action, pour mieux remettre en cause les conventions : celles de nos sociétés bourgeoises et nanties, mais également celles du théâtre. Le public, dès le début de la pièce, est pris à parti dans ce dépeçage en règle du pays par les vautours, pour le sortir de son attentisme consentant.

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Les comédiens sont fantastiques : d’un cynisme délicieux, d’une ironie mordante, ils nous épatent par la truculence de leurs échanges et la précision de leurs postures. Dans une mise en scène rigoureuse et ciselée, la troupe de Gianina Carbunariu propose une comédie décalée qui propose à la classe moyenne de comprendre de choses, ensemble. Car si le théâtre ne peut sans doute pas changer le monde, il peut certainement ouvrir une porte au débat.

Solitaritate

Du 28/01 au 31/01 au Théâtre National

Durée 1h30

Tarifs entre 8,50€ à 19€

Ecrit et dirigé par Gianina Cărbunariu

Scénographie, lumière et vidéo Andu Dumitrescu

Costume Andrei Dinu

Musique Bogdan Burlăcianu

Chorégraphie Florin Fieroiu

Avec Florin Coşuleţ, Ali Deac, Diana Fufezan, Adrian Matioc, Mariana Mihu, Ofelia Popii, Cristina Ragos, Ciprian Scurtea, Marius Turdeanu

Plus d’informations sur le site du Théâtre National

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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