Songe d’une nuit d’été, joyeuse confusion aux Martyrs

Dans le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, Thésée, duc d’Athènes doit épouser la gironde Hippolyta, reine des amazones. Semblent s’esquisser 4 jours de célébrations ininterrompues avant la noce, devant réjouir comme il se doit toute la ville. Mais c’est sans compter l’intervention d’Egée, qui vient implorer le régent de raisonner sa fille Hermia de se défaire de son soupirant Lysandre pour succomber à Démétrius- favori paternel- lui-même poursuivi par les ardeurs d’Helena. Contrariés par l’autorité du père, les deux amants décident de s’enfuir dans la forêt. Ben voyons !

Bien évidemment, cette forêt n’est pas n’importe quelle forêt. S’agitent là Puck, elfe farceur au service d’Obéron, roi des elfes, qui s’est mis en tête de défier son épouse Titania en lui jouant un mauvais tour. On y rencontre également une troupe d’artisans, comédiens amateurs menés par le fantasque et satisfait tisserand Bottom, bien décidés à se faire remarquer du Duc pendant ses noces avec leur pièce inspirée du mythe de Pyrame et Thisbé.

De cette trame dramatique complexe aux différents niveaux d’intrigues et de lectures, Helène Theunissen livre une version très maîtrisée. La mise en scène est clairement le fruit d’un travail d’analyse exigeant et attentif des multiples facettes de l’œuvre de Shakespeare, qui ouvre sur quantité de surprises et d’étonnements.

La mise en scène prend le parti du dynamisme et de l’énergie, en s’appuyant sur le travail de troupe du Théâtre en Liberté: il y a de la complicité, de la fraternité dans cette entreprise, et c’est une belle création pleine de ressources et de vitalité qui en ressort. Les 19 comédiens présents sur scène assurent le spectacle avec beaucoup de malice et semblent faire joyeusement rebondir l’intrigue au long des deux heures de représentation, sans s’essouffler.

La scénographie intelligente, élaborée sur plusieurs niveaux, offre un volume impressionnant à l’espace scénique et démultiplie l’aire de jeu, favorisant ainsi le mouvement. Soutenue par une lumière poétique et des effets sonores théâtraux, l’architecture scénique plante le décor d’une nature débridée, baroque et mystérieuse, dans lequel des pans entiers se dérobent à la vue du spectateur. La dramaturgie s’attache ainsi à créer un monde onirique, où le réel et l’imaginaire se fondent, où le visible et l’invisible se côtoient, où le rêve flirte avec le cauchemar, et où se croisent les êtres réels et surnaturels.

Dans Songe d’une nuit d’été, parangon de la mise en abime au théâtre, tout réalisme est banni tandis que la machinerie théâtrale est pleinement exposée à vue. La fausse neige, la lune en carton peinte au fond, les buissons en bois découpés et la machine à fumée : tout sent le faux et l’artisanat, rappelant que la pièce est également un vibrant hommage au théâtre, à ses artifices, ses conventions artisanales et à son magnifique pouvoir d’illusion…et de miroir d’une société où « tout le monde fait l’acteur ».

Le temps d’une nuit d’été ensorcelante qui ressemble à un rêve, Hélène Theunissen recrée avec succès le théâtre contrasté, à la fois exubérant et engagé, de Shakespeare. Dans cette pièce à tiroir qui fait voler en éclat le quatrième mur, la liberté –politique, critique et formelle se fait maîtresse et se joue du protocole en emmêlant les destins lors d’un grand carnaval réjouissant.

Songe d’une nuit d’été jusqu’au 8 avril au Théâtre des Martyrs

Texte: William Shakespeare
Adaptation: Maxime Anselin
Mise en scène: Helène Theunissen
Avec: Maxime Anselin, Chris Baltus, Alexandre Croissiaux, Toni D’Antonio, Isabelle De Beir, Lucie De Grom, Claire Frament, Bernard Gahide, Jeremy Grynberg, Elsa Guénot, Stéphane Ledune, Julie Lenain, Eléonore Peltier, Sylvie Perederejew, Fabrice Rodriguez, Laurent Tisseyre, Benjamin Vanslembrouck, Valentin Vanstechelman, en alternance Jadyson Betebe, Akandima Itin, Clément Lekefack et Siya Tisseyre

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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