SoukMachines, un OVNI (Organisation Volontaire de Noubas Inclassables) dans le paysage artistique francilien

 

SoukMachines n’a rien, mais absolument rien à voir avec le groupe de musique guadeloupéenne, ayant connu son heure de gloire dans les années 1990 avec son titre au kitsch indubitable et hautement féministe, Maldon. Inclassable, libertaire, débordant d’énergie et de folie, se laissant emporter par des projets artistiques aventureux tout en restant résolument bon enfant, cette structure organisatrice de soirées n’est pas prête d’aller se coucher.
Ses premiers faits de gloire remontent aux années fac, vers 2005. Depuis, les lieux explorés et les expériences artistiques sont venus s’agrémenter au tableau de chasse « soukesque » de ce producteur infatigable d’événements festifs. Ainsi après bientôt 10 ans de « festonite » aiguë, les franciliens ont pris l’habitude de se retrouver à l’occasion de ces événements alternatifs, fréquemment palliatifs, définitivement créatifs, mais surtout pas normatifs et en encore moins sédatifs. Vous me suivez ?
Des événements où liberté d’agir et de penser sont prônés « Nourri à l’underground et à l’alternatif, le Souk […] tente […] toujours de mettre en avant les nouveaux talents et les artistes qui évoluent hors des circuits commerciaux. Nous pensons ainsi promouvoir un art intègre, un art pour la fête, l’émotion et la réflexion et pas pour l’argent». « SoukMachines, C’est du lourd !!! » Le message est direct et ne laisse pas de doute quand à son interprétation et au public cible. La compréhension de certaines formes d’art, nous le savons depuis quelques décennies de sociologie chevronnée, est conditionnée par la connaissance de codes innés.
C’est contre cette forme tentaculaire d’exclusion et de normalisation mêlée à une poussée d’industrialisation de la culture, que SoukMachines propose une alternative radicalement opposée à ce mouvement en marche. Excentrique et débridé, cet événement prône une totale liberté d’agir et de penser. Et, n’allez pas chercher midi à 5h du matin, la proximité de SoukMachines avec le milieu des squats franciliens, de préférence hors de la petite ceinture parisienne, n’est pas le fait du hasard, elle permet précisément à ces soirées affranchies et impertinentes d’être commises.
Des choix artistiques prouesses d’équilibriste ? De nombreux groupes ont été programmés au cours de ces diurnales bacchanales tels que Ark, Bleubird, dDamage, Sixtoo, Steve McKay (The Stooges), Gablé, Bunny Rabbit, Zucchini Drive, Shadow Huntaz, Spleen, Subtitle, Tez, Grems, Pollux from Rio, Arch Woodman, Jokers of the scene, MC Jamalski, Hravtski, O.Lamm; Vidioatack, Lapsed & Nonnon, Deadbeat, Mills et Malice, Café Crême & the frère Smith, Sidabitball, Kwistaxxx, Heatkid, Ecoplan…
À l’origine, électro, hip-hop, folk, afro-beat, funk, ainsi qu’une grande variété d’autres genres musicaux se côtoyaient pour former un mélange toujours convivial, et parfois génial. Cette dernière édition semble avoir empruntée un chemin plus électro ne manquant ni de peps ni d’inventivité. La programmation se révèle chaque édition plus cohérente autour d’une même unité artistique tout en laissant toujours la place à l’exploration et aux rencontres libres, entre gens ou genres. Et, si certains ont râlé devant un prix qui a augmenté, il faut dire, pour que les organisateurs se sentent dédouanés, qu’on y a gagné en qualité.
De ce point de vue, aller écouter le son d’Arat Kilo qui remporte le Grammy Awards de la soirée. Et, pour le prix de l’originalité, c’est à Trackers qu’il faut le décerner. Un nouveau tournant SoukMachines et d’autres collectifs artistiques tels Mamie’s, 75021, Cracki records, attirent depuis quelques années, les foules hors des frontières de la capitale, à Saint Denis, Nanterre, ou Montreuil. Ces structures cherchent aujourd’hui à s’associer à des lieux institutionnels dans la région Ile-de-France.
Faut-il y voir les prémisses d’une transformation de ces mouvements ? Devons-nous nous attendre à ce que SoukMachines devienne synonyme de normes de sécurité et de soirée formatée ? À coeur vaillant rien n’est impossible, n’est-il pas ? Il faudra donc seulement que ces collectifs restent vigilants pour qu’il soit toujours question de soirée pulsée, de convivialité et non de concert ultra-sécurisé. En savoir plus sur SoukMachines et ses prochaines éditions…
Eva
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