Soutenir la Grèce par le crowdfunding ?

Vous voulez manifester votre solidarité avec le peuple grec ? C’est désormais possible d’apporter un soutien symbolique au moyen de la collecte de fonds « Greek Bailout Fund » lancée tout récemment sur IndieGogo.

Culture Remains n’a pas vocation à expliquer en long et en large les causes de la situation socio-économique extrêmement délicate de la Grèce, le fonctionnement des négociations internationales ou les tenants et aboutissants de la dette du pays. Cela ne relève pas de la ligne éditoriale de Culture Remains, et d’autres se sont déjà attelés à la tâche. Par contre, nous pouvons attirer votre attention sur la campagne de crowdfunding (n’est-ce pas un phénomène culturel après tout ?) qui a été lancée il y a à peine quelques jours sur IndieGogo pour tenter de récolter 1 milliard 600 millions d’euros pour la Grèce, somme correspondant au prochain « virement » qui aurait dû être fait au FMI (Fonds monétaire international) ce 30 juin, toujours en suspens à l’heure actuelle.

La situation de la Grèce est assez grave, en cause un conjonction de facteurs. Durant de nombreuses années, des erreurs et manquements dans la gouvernance de ce pays se sont accumulés, la situation s’étant révélée et aggravée avec la crise de 2007. Les années qui ont suivi n’ont pas amélioré les perspectives grecques, loin s’en faut, en témoignent ces quelques graphiques, empruntés à altereco+ (par ici pour plus de graphiques) :

PIB
Salaire minimum

Le PIB s’est effondré, le chômage a dramatiquement augmenté, au contraire des salaires, les dépenses publiques ont été taillées sans ménagement (sans épargner la culture et l’enseignement, évidemment)… tandis que la dette publique n’a aucunement diminué, voire a continué de croître légèrement.

Dette

La Grèce est le premier « pays industrialisé » à souffrir ainsi de l’obligation d’effectuer rapidement d’importants remboursements de sa dette publique (considérablement accrue par les intérêts des prêteurs, privés et publics), alors que les pays du Sud s’y sont habitués tant bien que mal, à défaut de pouvoir hausser la voix. Alors, à qui la faute ? Aux Grecs ? Sans doute. Au «  »système » » ? Sans doute aussi. On peut continuer de chercher les torts, montrer du doigt ceux qui sont déjà au fond du gouffre, et se réjouir du fait qu’ils paient le prix de leurs erreurs (qui n’ont pu prendre une telle ampleur qu’avec le bon vouloir et les intérêts bien compris des institutions internationales et des acteurs financiers privés). On peut s’inquiéter du fait que le FMI fasse des profits sur les montants qui lui sont versés par la Grèce : « le FMI a déjà fait 2,5 milliards € de profits sur ses prêts à la Grèce depuis 2010 […]. Si la Grèce rembourse le FMI en totalité ce chiffre s’élèvera à 4,3 milliards € d’ici 2024 ». On peut aussi se demander si nos États ont pris la bonne décision en prêtant des milliards d’euros à la Grèce pour garantir que celle-ci puisse rembourser les banques privées qui lui avaient prêté de l’argent, avec intérêts, évidemment ! Pensons, à l’échelle de la Belgique, à la dette que nous avons tous contractée collectivement lorsque l’État s’est porté garant pour couvrir les arrières de Dexia, une garantie portée à plusieurs dizaines de milliards d’euros, rien que ça.

En l’état actuel, le gouvernement grec n’est plus hyper enthousiaste, et le dialogue est plus difficile que jamais de part et d’autre de la table des négociations. Néanmoins, n’est-ce pas le rôle de l’Union européenne de rassembler des peuples, des pays ou des cultures par-delà les différences ? On peut s’interroger en effet : s’il n’est plus permis de s’opposer à une politique, l’austérité imposée et le remboursement de dettes gratinées pour les Grecs, sans que sa participation à l’aventure européenne soit menacée, l’Europe en serait au stade d’un « régime post-démocratique. On ne peut que s’y soumettre ou en sortir« . La dette publique peut s’apparenter à une peine, surtout lorsqu’elle écrase un pays, l’empêchant de se relever, mais de nombreux précédents existent où des négociations ont revu sérieusement le montant dû à la baisse, et l’Allemagne, parmi d’autres, en a bien profité à l’époque.

Au final, que l’on pense que les Grecs l’ont bien mérité ou non, qu’ils doivent ou non rembourser l’ensemble ou une partie de leur dette, que les politiques d’austérité sont la solution ou non, il apparaît important à ce stade, pour permettre à l’esprit des pères fondateurs de l’Europe de subsister, de se rappeler de l’importance de la solidarité entre les peuples, par-delà les différences et les épreuves. Et c’est en ce sens que l’initiative de cet employé d’un magasin de chaussures londonien, qui a créé un appel à financement collaboratif sur IndieGogo, mérite d’être salué ! Si chaque européen donnait à peine plus de 3 €, la Grèce pourrait momentanément récupérer un peu de son souffle. A ce stade, après 3 jours, le premier pourcent de l’objectif sera bientôt atteint, 1 million 600 mille euros, une belle somme, mais totalement insignifiante à l’échelle des montants attendus.

Il reste 6 jours pour récolter les 99 % restants. Si la collecte n’a que peu de chance d’atteindre son objectif, ce qui signifie que les « donateurs » récupéreront l’ensemble de leur argent, ces promesses de dons sont un message fort adressé par le peuple européen (près de 70.000 personnes déjà, dont bon nombre d’Allemands !)  à sa part grecque tout comme aux responsables politiques : par-delà les divergences, il reste de l’espoir, si l’on s’entraide, ensemble, plutôt que de choisir la voie de l’exclusion. Et c’est là un message précieux, qui peut faire écho à d’autres défis que nos sociétés ont aujourd’hui à relever.

Pourquoi ne pas faire un don, qui ne restera donc très probablement que symbolique, après tout ? Qu’a-t-on à y perdre ? 3 € ? Le prix d’un sandwich ?

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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