Le speed dating ou la quête d’un conjoint

Paru dans le courant de l’année 2015, Mon partenaire en un éclair présente, de façon accessible, une enquête sur le speed dating menée en 2009 et 2010, à Bruxelles, par un chercheur en anthropologie. Pierre-Yves Wauthier s’intéresse aux origines et au fonctionnement de cette façon ludique, médiatisée et organisée de trouver un partenaire avec qui s’engager pour partager une partie de son existence, voire, idéalement, l’ensemble de celle-ci. Analyser le speed dating, en donnant de sa personne – l’auteur ayant participé à un certain nombre d’entre eux – revient aussi à s’intéresser aux transformations du couple dans notre société, ainsi qu’aux représentations et aux influences sociales qui participent de la construction d’un modèle vers lequel nous semblons chercher à tendre.

Un grand nombre d’entre nous essayent de s’y conformer au mieux, malgré les injonctions contradictoires et les mutations de la société qui induisent un décalage entre nos attentes (auxquelles nos proches, notamment, contribuent à donner forme) et les possibilités de réaliser (facilement) ce projet de couple (à la fois durable et épanouissant, mais aussi qui plaît à l’entourage, par exemple). L’auteur parle d’ailleurs de formation de « paires » plutôt que de couples, dans un contexte où le mariage a perdu de son importance, où les modèles de familles se multiplient, où se multiplient les injonctions à la réalisation de soi, etc.

Le lecteur apprend d’abord l’origine du speed dating. Le concept a été créé en 1998, à Los Angeles, par un rabbin du nom de Yaacov Deyo, en vue de permettre aux membres de sa communauté de trouver « la bonne personne », malgré différentes barrières, qu’il s’agit de lever (comme le manque de temps ou la peur de la rupture). Aux sept minutes de l’entretien initial devait alors succéder un encadrement durant plusieurs mois, pour permettre aux prétendants de mieux se connaître et d’évaluer leur potentiel en tant que couple, avant de s’engager dans l’aventure du mariage et de la vie de famille. Le speed dating, pour son créateur, doit « permettre de mettre en évidence les valeurs et les objectifs de vie des personnes rencontrées », ce qui devait pouvoir être atteint en respectant une série de règles parmi lesquelles, notamment, le fait de ne pas parler de sa profession.

Le concept s’est rapidement étendu à travers le monde, avec l’aide et l’enthousiasme des médias, et a perdu une série de ses caractéristiques originales. Il en subsiste l’organisation (par des agences, dans le cas présent) de lieux où se déroule une tournante offrant la possibilité de rencontres (à la chaîne ?) permettant de se retrouver dans un même endroit avec d’autres célibataires, identifiés comme tels (certains mentent…), qui sont le plus souvent là pour la même chose, des rencontres brèves, facilitées, et sans obligations futures, mais aussi la recherche de quelqu’un avec qui former une paire. Certaines et certaines s’y inscrivent pour s’amuser, d’autres faute d’opportunités favorables à la rencontre de partenaires potentiels. Il arrive aussi qu’ils et elles aient ensuite le sentiment d’avoir perdu leur temps.

Un grand nombre de participants cherche à se mettre en couple, sans plus trop y croire pour autant. Ils cherchent ainsi à se débarrasser des inconvénients causés par leur statut de célibataire et qui influencent, souvent négativement, leurs relations sociales (amicales, professionnelles, familiales,…), tout en se trouvant dans un paradoxe entre recherche d’un partenaire idéal, à long terme, et des relations, issues du speed dating, qui s’avèrent le plus souvent plus superficielles et brèves. Il y a donc une série de difficultés inhérentes à ce moyen de rencontre où l’on se rend pour trouver l’âme sœur, possiblement sans intention réelle d’y parvenir, étant donné les sacrifices que cela implique et, souvent, des expériences malheureuses passées telles que des ruptures ou divorces.

D’après Pierre-Yves Wauthier, elles semblent nous éclairer sur les transformations contemporaines du couple et de la famille, qui conduisent à un décalage entre la socialisation à ces questions héritées de notre éducation et de notre famille, et les évolutions (sociales, technologiques,…) qui affectent nos façons de vivre aujourd’hui et contribuent à les transformer assez rapidement et radicalement. Au final, le speed dating que nous connaissons aujourd’hui à Bruxelles n’a plus grand-chose à voir avec ce qui fut un jour une méthode mise au point pour arranger des mariages tout en laissant aux candidats et candidates la possibilité d’apprendre à se connaître afin de trouver, puis de choisir, un partenaire idéal, avec qui bâtir le reste de sa vie.

Mon partenaire en un éclair. Un anthropologue en Speed Dating, de Pierre-Yves Wauthier, Academia-L’Harmattan, 238 p., 23,5 €. ISBN : 978-2-8061-0182-2.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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