Stéphane Mallarmé – Poésies

Pour certains auteurs, comme pour certains crimes, il y a prescription. On ne fait plus de critiques. Ils sont passés de l’autre côté de la barrière, miraculeusement. On ne sait pas toujours pourquoi, au juste. La mort, alliée à une certaine reconnaissance les rend inattaquables, intouchables voire illisibles mais restant pourtant un passage obligé pour tous les étudiants.
C’est normal aussi, la vocation de la critique littéraire contemporaine est de traiter une part infime des ouvrages qui sortent aujourd’hui et pas des trucs qui sont vieux comme le monde, entreposés parmi les vieilles carcasses des dinosaures.
Notre auteur, pour son plus grand mal/bonheur, a, qui plus est, un statut encore plus nébuleux, embrouillé et à la dévote inaccessibilité : celui du poète. Ainsi des études en veux-tu en voilà mais une petite critique littéraire sans prétention surpassant le « j’aime/j’aime pas »? Que nenni, mes amis ! Remédions donc à cette lacune dans les plus brefs délais !
Il n’est bien sûr pas nécessaire d’introduire Stéphane, il n’est pas mort pour rien puisqu’il est clairement l’une des stars du panthéon de la poésie française. Néanmoins pour les néophytes, flemmards ou atteints d’Alzheimer, rappelons brièvement que ce jeune homme renouvela la poésie de la deuxième moitié du 19ème siècle avec des œuvres telles que le sonnet en X, A la nue accablante tu, Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx, Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos, etc.
Lire Mallarmé n’est clairement pas une sinécure. Volontairement hermétique, il ne s’agit pas de compulser ce genre d’ouvrage dans le tram sous risque de nausée immédiate. En effet, véritable révolutionnaire, il s’astreint à une poésie épurée de toute spontanéité, jouant avec les mots à travers des déplacements impromptus et subtils, l’utilisation de néologismes et d’archaïsmes mais aussi à travers l’ambigüité sémantique inhérente à la langue. Usant de symboles, de diverses références obscures (notamment gréco-latines), ne donnant pas de titre à la plupart de ses poèmes, Mallarmé se plait à perdre son lecteur au point d’être qualifié d’« intraduisible, même en français » par Jules Renard. C’est dire.
Mais pourquoi diable lire un auteur hermétique, obscur, élitiste et, au final, tout bonnement illisible, me demanderez-vous alors qu’il existe une pile de Marc Lévy et d’Eric-Emmanuel Schmitt en vente dans toutes les librairies ? Pour la gymnastique spirituelle, vous répondrais-je. Tous les latinistes se rappelleront la recherche intense des figures de style latine dans leurs cursives. Lire Mallarmé, c’est la même chose. Un jeu, une chasse analytique à la rhétorique. Dont chaque pièce, durement déterrée, est aussi douce qu’un bonbon au miel (ou un gros gâteau au chocolat, selon vos goûts, n’est-ce pas !). Ainsi, une fois n’est pas coutume, la question clé de la lecture n’est pas : « Quelles sont les idées (hautes ou non) et les sentiments que l’auteur a voulu exprimer ici ? » mais « Pourquoi a-t-il choisi ce mot-là pour le mettre à cet endroit précis ? ». Et hop ! Nous voilà plongés dans une partie (plutôt longue) de Cluedo littéraire !
Bon, je vous l’accorde, ce n’est pas toujours le but premier du lecteur, et heureusement ! Ainsi il vaut mieux être dans de bonnes dispositions et bien armé (dictionnaires, études critiques, paracétamol,…) pour s’attaquer à notre incompréhensible Stéphane à qui il aurait peut-être fallu suggérer une petite journée à Spa, histoire de se détendre… un chouilla !
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