Stonehearst Asylum

Un asile d’aliénés perdu dans la campagne anglaise à l’époque victorienne, une jeune médecin idéaliste, un directeur d’établissement énigmatique, une belle internée. Voici les ingrédients plutôt alléchants de ce Stonehearst Asylum, qui s’inspire d’une nouvelle d’Edgar Allan Poe (Le Système du docteur Goudron et du professeur Plume), écrite en réaction à un débat qui secouait l’opinion publique de l’époque quant aux traitements infligés aux malades dans les asiles. Dans ce genre d’entreprise, le danger est évidement de voir le récit original dénaturé par l’industrie cinématographique, américaine dans ce cas, avide d’adosser un nom prestigieux à un projet quelconque. Avec un casting « hallucinant » comme celui qu’a réuni Brad Anderson (The Machinist, Transsiberian) autour de son projet, cette perspective serait plutôt désolante. Jugez plutôt : Ben Kingsley, Jim Sturgess, Michael Caine, Kate Beckinsale, Brendan Gleeson, David Thewlis. Que du lourd pour accompagner Edgar Allan Poe.

Un jeune aliéniste, comme on nommait les psychiatres à l’époque, Edward Newgate (Jim Sturgess), débarque plein d’idéalisme dans un asile tenu par l’énigmatique docteur Lamb (Ben Kingsley). Ce dernier, à la grande surprise du jeune médecin, semble avoir banni de sa pratique les traitements inhumains proches de la torture et accorde à ses patients une exceptionnelle liberté au sein de l’établissement, au point que sa propre conception de la médecine psychiatrique semble désuète en rapport à ce qu’il découvre à Stonehearst.

Stonehearst Asylum est le genre de film dont il ne faut révéler trop l’intrigue afin de laisser au spectateur tout le plaisir de l’étonnante structure narrative faite de rebondissements, de retournements de situations, de surprises et autre joyeusetés scénaristiques appétissantes. La vision de la bande annonce est d’ailleurs à déconseiller, tant elle a le mauvais goût d’en révéler un peu trop sur l’intrigue et de gâcher ainsi le plaisir de la surprise justement.

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Si Stonehearst Asylum débute brillamment sur le mode du thriller psychologique de haut vol, questionnant avec intelligence le rapport entre le médecin et son sujet, force est de reconnaître que Brad Anderson se perd ensuite dans le spectacle grandiloquent et semble oublier les bonnes dispositions de la première moitié de son film. Il use et abuse des ficelles scénaristiques précédemment citées au point de rendre son produit indigeste, malgré d’indéniables qualités divertissantes.

Le duel d’esprit et de personnalité autour de la question de la prise en charge psychiatrique qu’impose le réalisateur entre les personnages du Dr Lamb et du jeune médecin, élargi dans un second temps par l’apparition du personnage interprété par Michael Caine, est absolument passionnant. Las, une intrigue banale, amoureuse (peste soit de l’amour!) intervient et se la joue iceberg sur la route du Titanic. Une fois de plus, le naufrage du paquebot remplit sa fonction de divertissement, mais « Bon dieu! », qu’on aurait aimé voir le paquebot arriver à destination.

Excellent metteur en image, Brad Anderson compense le fond en demi-teinte par un forme assez sensationnelle, qui rappelle par moments le tableau Le Portement de croix de Jérôme Bosch, où tous les vices, exprimés à travers la multitude des visages truculents, côtoient l’innocence et la pureté. C’est fort bien adapté à la folie des pensionnaires de l’établissement psychiatrique et cela confère au film cette sensation d’oppression et de malaise que dégage le célèbre tableau.

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Indéniablement porté par des acteurs qui se glissent avec conviction dans leurs personnages troubles, bien qu’il faille reconnaître que Jim Sturgess a bien du mal à faire exister son personnage entre les deux géants que sont Caine et Kingsley, autrement mieux servis par leurs rôles, Stonehearst Asylum est un divertissement intéressant et plutôt bien torché techniquement, mais qui suscite une certaine déception due aux potentialités gâchées de son scénario. Solide et intéressant dans un premier temps par sa remise en cause des vérités établies et de la connaissance absolue, le film n’échappe pas, et c’est devenu une mauvaise habitude chez Brad Anderson après son étonnant The Machinist, à une fin « à l’américaine » qui accumule les excès et les choix artistiques douteux. Si Stonehearst Asylum ne dénature pas fondamentalement  l’œuvre d’Edgar Allan Poe, quant à lui rendre hommage, je laisse le soin au spectateur de se faire son opinion…

A partir du 29 octobre 2014 dans les salles.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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