Swiss Army Man : Pétomanie au BIFFF

Sous ses dehors faussement potaches, Swiss Army Man est un film provocateur qui tente de réconcilier l’être humain avec son bouillonnement intérieur. L’esprit et l’instinct, ou plutôt l’intestin, sont réunis dans ce film brillant et singulier. Surréalisme et viscéralisme trouvent ici leur place pour exprimer le mal-être de notre société de simulacre.

« Le viscéralisme est peut-être une forme de sursaut anti-intellectualiste. » Marcel Moreau

Les récentes recherches concernant le microbiote intestinal commencent à relativiser le rôle du cerveau et parlent même de notre ventre comme d’un « premier cerveau ». En visionnant la bande annonce de ce film, je ne m’attendais pas à une pareille puissance émotionnelle. Loin d’être une comédie scatologique, il s’agit d’une ode et d’une réhabilitation de nos viscères, de nos tripes. Cette chose que l’homme aurait très bien pu ne pas faire comme le disait si bien Antonin Artaud, ce caca qui ne trouve sa place nulle part si ce n’est dans les chiottes, ce caca que l’on choisit de nier jusqu’à détourner pudiquement les yeux en tirant la chasse, ce caca longtemps raillé est le personnage principal de ce chef-d’œuvre profondément humain.

Premier coup d’éclat dans le domaine du long métrage, le duo responsable de Swiss Army Man n’en est pourtant pas à ses débuts. Daniel Scheinert et Dan Kwan, surnommés « The Daniels », ont derrière eux une solide réputation de clipeurs : TENACIOUS D – « Rize of the Fenix », FOSTER THE PEOPLE – « Houdini ». Rares sont les réalisateurs de clips à avoir atteint un tel degré d’exception et d’audace.

Composée par Andy Hull, le chanteur du groupe d’indie rock Manchester Orchestra, pour lequel les deux réalisateurs avaient réalisé un clip quelques années plus tôt, la bande originale de Swiss Army Man est elle aussi une réussite. Les compositions sont tantôt envoûtantes tantôt comiques, et les deux comédiens principaux n’hésitent pas à prêter leurs voix, ce qui rajoute une émotion supplémentaire au film. La musique de fin apporte une puissance et un lyrisme à la dernière scène qui voit s’envoler les rêves du personnage principal incarné par Paul Dano : une séquence qui risque fort d’en émouvoir plus d’un.

Le casting lui aussi contribue à désarçonner le spectateur. En effet, comment peut-on imaginer le gentil Harry Potter interpréter un cadavre en plein état de décomposition et perdant ses gaz putréfiés. Daniel Radcliffe choisit très intelligemment ses films et construit patiemment une jolie filmographie. Après la Potter mania, il a joué nu à Broadway dans l’adaptation de la pièce de Peter Shaffer Equus, puis fait une incursion dans les studios légendaires de la Hammer avec La dame en noire avant de personnifier le poète beat Allen Ginsberg dans Kill your darlings. N’oublions pas non plus l’intéressant mais inabouti Horns d’Alexandre Aja ! Si la grande qualité d’un bon comédien est son humilité, Daniel Radcliffe prouve ici qu’il est sans doute l’un des meilleurs comédiens de sa génération.

Swiss Army Man est sans doute l’un des films les plus osés de ces dernières années. Avis aux spectateurs du BIFFF : foncez voir ce film pour lequel aucune date de sortie en salle n’est prévue à ce jour. Une pépite à ne manquer sous aucun prétexte !

Swiss Army Man

De Daniel Scheinert et Dan Kwan

Avec Daniel Radcliffe, Mary Elizabeth Winstead, Paul Dano

Ce vendredi 7 avril au BIFFF, à 22h30.

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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