« Tenemos la carne » au Festival Offscreen

« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour »

C’est en citant cette phrase, souvent attribuée à Jean Cocteau, mais qui est en fait de Pierre Reverdy, que le personnage de Fauna fait boire son sang menstruel à son frère Lucio. Dans ce premier film vu au Festival Offscreen, le réalisateur Emiliano Rocha Minter expulse toutes ses obsessions dans un film viscéral, véritable 2001 Odyssée de l’espace incestueux. Tenemos la carne, littéralement « Nous sommes la chair », met face à face l’origine du monde de Courbet avec l’impression hypnotique d’un scrotum. L’inertie de la vulve est mise en complète opposition, et par la même occasion en parfaite complémentarité, avec l’élasticité de cette peau fine qui renferme les testicules. L’allusion au film de Kubrick n’est pas anecdotique. Il s’agit de la représentation la plus parfaite de boucle temporelle, où le membre masculin féconde le ventre créateur. Ne sommes-nous pas tous condamnés à retourner dans le ventre de notre mère ? Vous l’aurez compris, ici, l’inceste est culturel et toute morale semble être bannie par l’étrange personnage remarquablement interprété par Noé Hernandez.

Avec son premier film, le jeune réalisateur a réussi à attirer l’attention d’Alfonzo Cuarón (Gravity) et Alejandro Gonzáles Iñárritu (The revenant). Un début prometteur pour un film qui brasse énormément de thématiques, quitte à en faire un peu trop. Les références sont multiples, puisque le réalisateur cite tour à tour Georges Bataille, Lautréamont et J.J. Abrams (Lost).

Le film se situe apparemment dans un Mexique post-apocalyptique où un sans-abri, aidé par deux jeunes gens, construit une espèce de grotte censée évoquer l’utérus dans lequel les personnages du film vont passer par un rite de passage. Le voyage initiatique accompli par les personnages principaux du film fait écho à la culture ancestrale du Mexique. Cette tentative de revenir aux fondamentaux dans un Mexique en perdition peut s’avérer absconse mais tout à fait pertinente. Les rites chamaniques se retrouvent dans le sang menstruel de la sœur et dans cette fameuse “grotte utérus”. Selon les légendes Aztèques, les premiers habitants du Mexique seraient nés d’une grotte et allaités par l’esprit de la terre.

Une première réalisation superbement maîtrisée par un tout jeune réalisateur d’à peine trente ans, qui fait partie de cette troisième vague du cinéma mexicain. Tenemos la carne est un film qui pourra en dérouter plus d’un, mais n’étant pas trop long, il peut être suivi sans ennui par un spectateur totalement hostile à ce genre de cinéma. Un éventuel prochain long métrage d’Emiliano Rocha Minter permettra de juger si oui ou non il est un metteur en scène à suivre.

Rendez-vous sur le site du Festival Offscreen, où vous retrouverez les horaires des films à voir au Cinéma Nova, à la Cinematek, au Bozar et au Cinéma RITCS jusqu’au 26 mars !

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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