The Art Life : Le mystère David Lynch

En attendant son grand retour à la réalisation (il faudra patienter jusqu’au printemps pour découvrir la nouvelle saison de Twin Peaks), David Lynch passe devant la caméra pour un documentaire consacré à son œuvre. Présenté à la Mostra de Venise, David Lynch : The Art Life est sorti au cinéma le 15 février pour un portrait inédit du cinéaste le plus énigmatique. Un document rare qui nous  invite au cœur de l’intimité et de la psyché de l’artiste pour mieux comprendre le processus de création de l’un des plus grands génies du 7ème art.

Conté par David Lynch lui-même, à travers des archives personnelles, le documentaire, tel une introspection, perce le mystère de la création de cet artiste énigmatique pour mieux comprendre les origines de « la patte lynchienne ».

Découvert pour la première fois au Marché du film à Cannes, ce projet semblait étrange car Lynch n’aime guère l’exercice et a toujours été peu porté sur la confidence (il refuse toujours catégoriquement d’expliciter ses films). Pourtant, il s’est bel et bien prêté au jeu pour ce documentaire fascinant qui parvient avec justesse et finesse à capter un Lynch secret et pudique et pénétrer un sanctuaire bien gardé.

Avec David Lynch : The Art Life,  Jon Nguyen alterne des scènes de son quotidien (l’artiste au travail dans son atelier de Los Angeles), des archives rares avec des extraits de ses œuvres pour mieux nous plonger au cœur de son enfance ou dans les méandres de ses souvenirs.

David Lynch évoque ainsi son enfance idyllique dans le Montana dans une famille aimante et attentionnée et ce gamin solitaire très tôt épris de liberté dont la mère interdisait l’usage des livres de coloriage (trop restrictif) pour laisser libre cours à sa créativité.

Des événements très étranges survenus dans son enfance nous apportent aussi des clés pour comprendre une œuvre aussi fascinante qu’énigmatique, comme l’apparition de cette femme nue et hagarde dans la rue (on pense à Blue Velvet) ou encore la visite d’une morgue et la découverte de véritables cadavres (d’où son attirance pour les métamorphoses organiques).

On apprend aussi que c’est sa rencontre à l’âge de 14 ans avec le peintre  Bushnell Keeler et la découverte de son atelier qui sera déterminante et le fera opter pour « l’art Life » et le goût pour la solitude: « Je ne voulais plus être nulle part dans ce monde, c’était devenu mon monde ».

David Lynch fera brièvement ses études aux Beaux-Arts de Boston (qui limitaient sa création) mais surtout aux Beaux-Arts de Philadelphie, une ville qui influencera  sa créativité: « New-York  du pauvre » , il y règne un sentiment  de maladie, de corruption et de haine raciale qui stimulera son imagination.

Si l’ensemble est à l’image du génie, parfois perturbant, ce documentaire est terriblement attachant. The Art Life se termine quand tout commence pour Lynch avec l’obtention d’une bourse de L’American Film Institute qui lui permettra de réaliser son premier long métrage, Eraserhead en 1977.  C’est pour le cinéaste  « la plus belle chose de sa vie. Pour la première fois, (il) maîtrise son art et son univers« .

The Art Life est une fascinante étude sur le mystère Lynch, pour mieux comprendre ce qui se passe dans l’esprit de cet artiste total qui réalisa l’un des plus grands  films du XXIème siècle avec Mulholland Drive et la série culte Twin Peaks.

Written By

Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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