The Blue Boy

 » Avant la Belgique, et de façon plus retentissante encore, l’Irlande a récemment ouvert les yeux sur l’ampleur des scandales pédophiles au sein de l’église. Pendant des dizaines d’années, d’innombrables enfants enfermés dans des institutions catholiques y ont subi d’atroces sévices physiques, moraux et sexuels. De ce sujet terriblement dur et grave, la compagnie Brokentalkers, fondée à Dublin en 2001 et qui s’y est forgée en dix ans une solide réputation, tire un spectacle magistral. S’appuyant sur les témoignages de victimes, parfois diffusés sur le plateau, The Blue Boy parvient cependant à transcender le documentaire en en brisant les codes. Sur un plateau habillé de projections et de jeux de lumière remarquables, les sept acteurs, au visage étrangement déformé par un masque de papier, proposent une véritable chorégraphie de la peur, de la violence et de la culpabilité. Avec son atmosphère musicale obsédante, avec une mise en scène brillamment orchestrée, avec la performance à la fois brute et subtile de ses comédiens, avec ce mélange harmonieux de technologie et de performance live, The Blue Boy a parfois des allures de rituel, atteignant une qualité presque… messianique. Un spectacle parfois dur, forcément dérangeant, mais physique et puissant, émouvant et terrible. Et une fameuse claque envoyée à l’institution catholique irlandaise. »

The Blue boy est une création de la compagnie irlandaise BrokenTalkers, présentée au théâtre National dans le cadre du festival de Liège.

Le thème fait froid dans le dos : il s’agit de dénoncer les sévices subis par les enfants dans les institutions catholiques, par le biais de véritables témoignages audios et d’images d’archives. Sur scène, derrière un voile, les acteurs affublés d’inquiétants masques de papiers exécutent une chorégraphie de gestes répétitifs sur de la musique live (une musicienne et le metteur en scène jouent devant le voile). L’ensemble est pour le moins étrange.

Le point de départ de la pièce est l’histoire du grand-père du metteur en scène. Croque-mort, il était parfois appelé dans la toute proche « Artane School », une sorte maison de correction tenue par des prêtres. Il y découvrait presque à chaque fois des corps d’enfants couverts de bleus inexplicables. Il était de notoriété publique qu’il s’y passait des choses horribles, mais le sujet était tabou : on ne dénonçait jamais les institutions catholiques. Ce n’est que très récemment que l’Irlande, comme beaucoup d’autres pays, a ouvert les yeux sur ces maltraitances scandaleuses. Il était donc plus que nécessaire que des artistes s’emparent du sujet pour le mettre en scène.

Les témoignages sont évidemment effrayants, et permettent aux spectateurs de comprendre l’ampleur du désastre. On sent que la recherche sur le sujet est fouillée, et la pièce repose sur des bases documentaires plus que solides. On entend, par exemple, le témoignage d’une dame qui était forcée, avec d’autres enfants, de fabriquer d’innombrables chapelets. Ou encore un extrait d’une émission de télévision où l’invité est justement l’un des religieux s’occupant d’Artane School.

Mais les informations reçues, si elles sont très intéressantes, perdent leur force émotionnelle à cause de leur nombre trop grand.

La scène par contre, n’est pas du tout une illustration de ces témoignages, mais plutôt une sorte de symbole ou d’allégorie de la vie remplie de violence de ces enfants. La souffrance est chorégraphiée en des séries de gestes simples et raides, d’actions du quotidien répétées, et par là même rendues étranges. Par exemple, lorsque les protagonistes se mettent mécaniquement à jouer à la corde à sauter en silence, le bruit de la corde qui claque sur le sol nous rappelle celui du fouet, punition quotidienne pour les pensionnaires de ce genre d’institutions. Pas besoin d’insister plus pour nous faire froid dans le dos…

Il faut aussi souligner le gros travail sur les lumières et le son qui confère à l’ensemble une atmosphère à la fois terrible et onirique.

Malheureusement, malgré le sujet difficile, The Blue Boy n’a pas vraiment réussi à nous émouvoir. Peut-être à cause du surplus d’informations, ou peut-être parce que les témoignages bien réels et la danse (car c’est de cela qu’il s’agit vraiment pour nous) ne forment pas un tout unifié, mais entrent en confrontation comme si deux spectacles se déroulaient en même temps. Néanmoins, le sujet intéressant et la mise en scène audacieuse valent le déplacement !

Du 1 au 2/ 02 au Théâtre National mais aussi.. au Festival de Liège : les 4 et 5/02/2013 et au Manège.mons : les 7 et 8/02/2013.

De : BrokenTalkers.

Mise en scène : Feidlim Cannon, Gary Keegan.

Avec : Dylan Coburn Gray, Eddie Kay, Gary Keegan, Jessica Kennedy, Megan Kennedy, Stephen Lehan, Mary-Louise McCarthy.

Plus d’infos sur le Théâtre National.

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Diplômée en Arts du spectacle vivant (ULB), actuellement en master à l'INSAS (écriture), j'aime les chats, les bouquins, le théâtre et les muffins au chocolat (surtout ces derniers :) ).

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