The Railway man

Au début des années 80, Eric Lomax est un homme éteint. Il vit pour sa passion obsédante des trains et sa vie sociale se limite aux réunions du cercle d’anciens combattants dont il fait partie. C’est néanmoins son obsession pour les trains qui lui fait rencontrer Patricia Wallace qui deviendra sa seconde épouse et brisera la loi du silence qu’il s’est imposé. Fait prisonnier à la chute de Singapour devant l’armée impériale japonaise en février 1942, le lieutenant Eric Lomax a, suite à un transfert dantesque en train, participé avec des milliers d’autres prisonniers de guerre à la construction du « chemin de fer de la mort » et des séances de tortures dirigées par un jeune officier de la police secrète japonaise, développé sa maniaquerie pour le monde du rail qui cache un traumatisme bien réel. Apprenant, grâce à sa nouvelle épouse, que militaire japonais qui le hante est toujours vivant et officie comme guide touristique sur le lieu de ses crimes, Eric Lomax choisit de se donner une chance de vaincre son traumatisme en se confrontant à son tortionnaire.

Impossible pour The Railway man d’échapper à la comparaison avec un certain film de David Lean interprété, entre autres, par Alec Guinness, qui posait en 1957 un regard cinématographiquement excellent, mais historiquement peu réaliste sur le travail forcé de milliers de prisonniers de guerre à la construction du chemin de fer entre Bangkok et Rangoun et plus particulièrement du pont ferroviaire sur la rivière Kwai. Et pourtant les deux films n’ont rien à voir l’un avec l’autre sinon le contexte du travail forcé sur la fameuse ligne de chemin de fer. Si Le Pont de la la rivière Kwai est un excellent film (je le répète) qui s’articule autour d’un officier britannique qui sous prétexte de morale et de discipline est amené à collaborer avec l’ennemi, The Railway man se penche sur les conséquences psychologiques de la guerre et le besoin de vengeance des victimes ou de rachat des bourreaux.

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Là où le film de David Lean édulcorait la violence de l’armée japonaise, contexte et époque oblige, The Railway man se devait d’un réalisme parfois à la limite du soutenable, mais qui évite l’écueil du voyeurisme, pour coller au propos du film qui pose la question du pardon et de la réconciliation face à des actes impardonnables.

Mais l’abondance est ici un peu l’ennemi du bien. Le réalisateur, Jonathan Teplitzky, passe trop de temps à évoquer la guerre et le travail forcé, le spectaculaire, que l’intime, soit le parcours psychologique du protagoniste et ses retrouvailles avec les lieux de son calvaire ainsi que son bourreau. Amenés de manière certes fort intéressante, les flashbacks vampirisent une narration qui relègue le sujet du film en périphérie.

C’est d’autant plus dommage que Jonathan Teplitzky a trouvé en Hiroyuki Sanada, qui interprète l’ancien officier japonais, un excellent complément à Colin Firth pour le couple bourreau-victime. Hiroyuki Sanada compose un personnage trouble dont on ne sait s’il inspire la sympathie, le mépris ou la pitié. Sinon les trois. Face à lui, Colin Firth, parfait comme à son habitude, excelle dans ce rôle de Britannique bon ton dont le flegme naturel est mis à rude épreuve.

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Côté casting, Teplitzky a du reste fait appel à Nicole Kidman pour interpréter l’épouse de Lomax et à Stellan Skarsgård pour camper le vieux compagnon de régiment qui aide l’épouse de Lomax à comprendre le traumatisme de son mari.

Malgré une narration laborieuse, The Railway man jouit d’un intérêt certain pour la manière dont il aborde sans complaisance ses personnages et refuse une certaine facilité de traitement. Le regard que pose le cinéaste sur les bourreaux est dur, dénonçant la relecture historique qui s’accommode d’une rhétorique subtile pour justifier l’injustifiable. C’est un point de vue profondément intéressant et complexe, qui laisse à penser que la densité du sujet convenait peut-être plus à un format télévisuel (adapté à la télévision dans les années 90), que cinématographique et sa sacro-sainte contrainte de temps.

A voir dès le 11 juin 2014

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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