The Reunion, règlement de comptes à Stockholm

Présenté en compétition au dernier Brussels Film Festival et récompensé du prix du meilleur premier film, ainsi que du prix RTBF, The Reunion (ou Återträffen pour les suédophiles) est sorti mercredi dernier sur les grands écrans belges.

Du cinéma suédois, on ne connaît souvent qu’Ingmar Bergman, quoique. Il n’est pas norvégien ? Danois peut-être, ou finlandais ? Si Ingmar, qui donna bien ses lettres de noblesse au cinéma suédois, est de ces cinéastes comme Anders-Thomas Jensen, Lars Von Trier, Aki Kaurismäki ou encore Thomas Vinterberg que l’on catalogue par légèreté sous le vocable de scandinave ou nordique, il a rejoint le Valhalla en 2007, laissant un vide immense que la jeune génération, comme effrayée par le spectre du vieux viking, comble avec timidité. Anna Odel est de cette génération qui, suivant l’exemple de ses aînés Lukas Moodysson (Fucking Åmål, en 1998) et Lasse Hallström (Ma vie de Chien, en 1985), agite le cinéma suédois contemporain.

Peu voire pas connue hors de son pays, Anna Odell se fit connaître de ses concitoyens en 2009, à l’occasion d’une performance artistique, Unknown woman, au cours de laquelle elle simula la démence et une tentative de suicide sur un pont de Stockholm, causant ensuite beaucoup d’émoi dans le service psychiatrique d’un hôpital de Stockholm. Au docteur en chef du service, qui goûta fort peu cette performance et lui conseilla de trouver un vrai boulot ou de peindre pour ne pas déranger les gens qui souffrent, Anna Odell répond cinq ans après par un film tout aussi anticonformiste.

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Les anciens élèves d’une classe de secondaire se réunissent pour marquer les vingt ans de la fin de leurs études secondaires et se souvenir de cette époque bénie. Présente alors qu’elle n’était pas invitée, Anna Odell est bien décidée à saborder le bon esprit de rigueur, par un discours où elle dénonce le harcèlement dont elle fut victime durant ses études. Mais la vérité n’est pas bonne à dire quand elle accuse ses bourreaux et confronte les témoins à leur passivité coupable.

Cette réunion d’anciens qui dérape sous le coup de la vérité n’est que le premier élément d’un ensemble artistique qui convoque la réalité et la fiction. Réalité et fiction sont les deux fils de couleur d’une structure narrative tissée de mailles si serrées qu’elles se confondent en permanence. Fiction, documentaire et événements reconstitués, les trois notions s’amalgament pour faire de The Reunion un objet cinématographique jubilatoire, à la croisée du processus thérapeutique, du brûlot et de la satire sociale.

Festen. Le parallèle semble évident, sauf que la réunion en question a bel et bien eu lieu sans pour autant dégénérer en règlement de comptes à OK Corral, puisque Anna Odell n’y fut pas conviée, apprenant l’existence de la réunion après coup et manquant ainsi l’occasion de réaliser le documentaire qu’elle imaginait. Documentaire qu’elle transposa dès lors en fiction dont la réalisation nous laisse à penser que certaines scènes sont reconstituées d’après de vraies confrontations entre Anna Odell et les anciens élèves de sa classe.

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The Reunion est un film dérangeant mais passionnant par la démarche totalement atypique de sa réalisatrice qui dénonce le harcèlement dans le cadre scolaire en s’appuyant sur son expérience personnelle, sans hésiter une seconde à accuser ses propres harceleurs vingt ans après. Une victime qui contre-attaque dérange dans notre société qui a tendance à célébrer la perfection et à associer les victimes à une certaine forme de culpabilité. Trop bête, trop marginal, trop moche.

En marge, Anna Odell fait œuvre utile et diablement audacieuse.

A soutenir dès le 20 août dans les salles.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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