The United States of Google ?

Texte  assez court paru initialement dans le journal allemand Die Zeit en 2014, The United States of Google invite à prendre conscience de l’emprise de Google sur nos vies. Comment ce qui n’était au départ qu’un simple moteur de recherche a pu à ce point s’imposer dans nos vies : Gmail, Google Maps, Earth & Street View, Google Agenda, Google News, mais aussi des projets qu’on aurait pu qualifier d’utopistes, s’ils n’avaient pas été si réels, tels que les Google Glass ou la Google Car (sans conducteur). C’est ce succès de Google, qui passe par le rejet des États, du politique et du droit, la récolte et la commercialisation de nos données (auparavant) personnelles et la recherche de profit, que se proposent d’expliquer le journaliste économique et spécialiste des médias Götz Hamann et les journalistes politiques Heinrich Wefing et Khuê Pham.

Ils expliquent ainsi que Google n’a pas seulement un objectif de rentabilité, mais aussi une idéologie que ses promoteurs cherchent à diffuser, ce qu’ils font d’ailleurs activement et efficacement : « Aux yeux de Google, les États sont dépassés. Ils n’ont rien qui permette de résoudre les problèmes du XXIe siècle, tels le changement climatique, la pauvreté, l’accès à la santé. Seules les inventions techniques peuvent mener vers le Salut » (p. 11). Face à la crise de confiance dans le politique, le technicisme et l’utopie de Google font des émules et suscitent l’enthousiasme des foules. Google réussit allègrement à se détacher de l’emprise des États, du contrôle démocratique qui y est associé, et des législations. Il s’est doté de sa propre infrastructure, recherche l’indépendance énergétique et contourne les taxes, ce qui accroît encore plus sa liberté… aux dépens des nôtres ?

Comme l’explique dans sa postface Adrienne Charmet-Alix, historienne de formation et militante pour la défense des droits et libertés des citoyens sur Internet, Google (à la fois moteur de recherche et hydre vorace) favorise les résultats de recherche qui mettent en avant ses propres services, restreignant progressivement « le périmètre d’exploration et de navigation de l’internaute » (p. 50) et portant atteinte à la possibilité même d’être « surpris », par hasard, sur Internet, sans être téléguidé en coulisses.

De plus, les États laissent Google s’étendre, parfois en se substituant à des fonctions qui étaient jusque-là de leur ressort. C’est cette passivité des gouvernements, mais aussi des populations, intéressés par les bénéfices à court terme d’un tel partenariat implicite, qui explique la situation actuelle. Gardons à l’esprit que « Google ne nous offrira pas de vies meilleures. Google change le monde à son profit, et ce but est naturel pour une entreprise. À nous de savoir ce que nous voulons faire de ce monde numérique qui bouleverse nos vies depuis vingt ans. Le devoir des citoyens et des politiques est de voir plus loin. De choisir et de dessiner la société qu’ils veulent. » (p. 57)

C’est à nous, citoyens-internautes, de créer un monde (virtuel) plus collaboratif, ouvert et démocratique. Mais, d’abord, allons jeter un œil sur Gmail et regarder notre itinéraire sur Google Maps. Ou bien, vous pouvez aussi jeter un œil à cette vidéo d’Adrienne Charmet-Alix : Apprenez à vivre à la marge des géants de l’internet.

The United States of Google, de Götz Hamann Heinrich Wefing et Khuê Pham, publié par Premier Parallèle, Paris, 2015, 64 p., 2,99 € (ebook), ou 6,50 €. ISBN : 979-10-94841-02-0.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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