Théâtre Poème 2 : it’s showtime, folks !

Je fais du théâtre pour perdre tout espoir. Tant qu’il y aura de l’espoir, il y aura de la médiocrité. L’espoir est un bagne où l’on arrose des fleurs artificielles au lieu de casser des cailloux. Cela veut dire qu’il y a un désespoir intelligent, fécond, quelque chose de dynamique, un désespoir tel qu’il pousse l’homme à le surmonter par un autre désespoir qu’on appellera par exemple l’art.

En 2017, la ministre Alda Greoli semblait vouloir donner raison à l’écrivain Marcel Moreau. Peut-être est-elle partisane d’une création sans aide et d’artistes sous dictature. Après tout, l’art a toujours trouvé sa voie ou ses voix, même dans des pays dictatoriaux. C’est dans ce contexte que le théâtre Poème 2 s’est retrouvé exclu de la liste des contrats-programmes. La réaction ne s’est pas fait attendre :

« Lettre ouverte à Madame la Ministre Alda Greoli, ministre de la Culture, de l’Enfance et de l’Éducation permanente de la Fédération Wallonie-Bruxelles.

Madame la Ministre,

Nous sommes consternés d’apprendre que le Poème 2 a été exclu de la liste d’attribution des contrats-programmes pour les années 2018-2022.

Créé par Monique Dorsel, qui l’a dirigé pendant quarante ans, le Théâtre Poème, devenu le Poème 2, est un lieu unique dans le paysage de la Fédération Wallonie-Bruxelles. On y entend la voix des textes. Il est tout particulièrement dédié aux auteurs de notre Communauté. Depuis plus de cinquante ans il s’est engagé – entre autres – dans la célébration de la langue sous toutes ses formes. C’est un laboratoire, diversifié, audacieux souvent, toujours passionné, servi par une infrastructure et une équipe de qualité.

À l’heure où la littérature cherche d’autres relais vers le public, dans un monde où domine l’entertainment, la disparition d’un tel lieu, entre littérature et théâtre, ouvrirait un manque spécifique criant dans l’offre culturelle et constituerait un signe désolant. Nous ne pouvons croire que vous vous y associez. Et nous vous demandons instamment de reconsidérer votre décision.

Dans l’attente d’une suite à la présente, nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de toute notre considération. »

Les suppressions des subventions dans les domaines culturels ont été particulièrement ravageuses cette année. Face à de tels choix arbitraires, nous vous appelons, vous les spectateurs, à aller soutenir la création là où elle se trouve. Voici un avant-goût de ce qui vous attend ce printemps au Poème 2 :

Du 8 au 18 mars 2018 : L’Avenir dure longtemps

D’après L’Avenir dure longtemps de Louis Althusser ; Adaptation & mise en scène : Michel Bernard ; avec Angelo Bison ; scénographie : Thomas Delord ; création Lumière & Vidéo : Marie Kasemierczak ; musique : El Noko (The Social Sanity). Une coproduction Unités / nomade et le théâtre Poème 2.

Meilleur Seul en Scène aux Prix de la Critique 2016 ; Au Théâtre des Doms pour le off du festival d’Avignon 2017.

Ce qui aurait pu être un fait divers au temps court se révèle une tragédie contemporaine

Le 16 novembre 1980, Louis Althusser, célèbre philosophe marxiste, communiste convaincu, professeur à l’École normale supérieure de Paris, étrangle sa femme, Hélène. Louis Althusser est reconnu « non responsable » de son acte, selon l’article 64 qui permet aux criminels atteints de démence de « profiter » de soins psychiatriques, plutôt que de suivre le circuit judiciaire et pénitentiaire habituel. En 1985, Louis Althusser écrit une autobiographie qui sera publiée après sa mort. Son besoin est vital : écrire cet avenir-là, c’est avant tout tenter de redevenir responsable de sa vie. Retrouver une identité. Être à nouveau un sujet devant le tribunal de ses lecteurs.

Pourtant l’interrogation reste totale : pourquoi a-t-il tué Hélène ?

 

Vendredi 23 et samedi 24 mars 2018 : Contre-dits !

Textes de Henri Michaux – poèmes issus du recueil L’Espace du dedans ; Conception : Denis Lavant / Guylaine Cosseron / Jean-François Pauvros ; interprétation : Denis Lavant (récitant), Guylaine Cosseron (voix), Jean-François Pauvros (Guitare électrique). Une production de Vocal Illimited – Création 2017.

Denis Lavant revient au Poème 2 ! Un concert-lecture par un trio inédit autour de la poésie de Michaux. Contre-dits ! est une aventure d’improvisation musicale de forme à la fois poétique, politique, théâtrale et philosophique.

Denis Lavant déclame des textes de Michaux sur lesquels Guylaine Cosseron et Jean-François Pauvros interviennent en contrepoint musical. Les trois artistes choisissent des textes à la volée. Entre le début et la fin de la trajectoire, il y a une marge de liberté.

Denis Lavant malaxe les mots, les intensifie. Jean-François Pauvros, qui a l’habitude d’accompagner les poètes comme Charles Pennequin, passe au crible sa guitare électrique dans une ardente recherche sonore par des caresses, pelotages, mordillements, griffures, outrages… La voix de Guylaine Cosseron est utilisée dans tous ses états, du chant, au bruitisme en passant par la poésie sonore, elle répond aux mots des poèmes et aux sons de la guitare comme l’expression du mouvement de l’être intérieur.

 

Du 19 au 29 avril : Bab Marrakech (Seul en scène)

Texte d’Ismaïl Akhlal, Naïm Baddich et Salim Haouach, d’après une idée originale d’Ismaïl Akhlal et Naïm Baddich ; adaptation et mise en scène : Jean-François Jacobs ; avec Ismaïl Akhlal ; Lumière, décor et régie : Benoît Francart.

C’est un magasin ixellois que le père d’Ismaïl a fondé et qui fait sa fierté. Lorsque le jeune homme se retrouve contraint de remplacer son père, malade, dans son commerce, c’est l’occasion pour Ismaïl d’y rencontrer un panel de Bruxellois, toutes générations, classes sociales, origines culturelles confondues.

Leurs préoccupations consuméristes, sociologiques, politiques, existentielles, profondes ou superficielles, plus ou moins empreintes de préjugés sur la multiculturalité de leur ville, renvoient cette dernière à son identité riche et complexe, difficilement catégorisable, contre laquelle se brisent les mots qui tentent de la saisir.

Ce seul en scène s’inspire de la vie du comédien Ismaïl Akhlal et de sa relation avec son père, mais également de toute une série de personnages à la fois loufoques et touchants qu’il a pu rencontrer dans ce magasin typique de la chaussée d’Ixelles où la diversité bruxelloise se vit sans artifice : “Ici, il y a des gens de toutes les nationalités, toutes les langues, toutes les origines, tous les passeports et, de tous les shampoings, on sait jamais.”

Pour ce rôle, Ismaïl Akhlal a reçu le prix du meilleur espoir masculin au Prix de la Critique 2017.

« C’est un spectacle où le rire nous pousse à réfléchir, où les larmes nous invitent à aimer mieux » Jean-François Jacobs, metteur en scène.

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Du 25 mai au 3 juin 2018 : Bohème – un opéra court – Puccini

Paris, XIXème siècle. Dans sa petite mansarde, Rodolfo fait la connaissance de sa voisine Mimì. Tous deux vont vivre d’abord passionnément leur amour mais finissent par rompre. Rodolfo a quitté Mimì, condamnée par la phtisie qui la ronge peu à peu, dans l’espoir qu’elle trouve un homme plus fortuné qui puisse l’aider. Après une période de «compromis » où ils restent ensemble, ils se séparent définitivement jusqu’à ce que Mimì revienne mourir auprès de Rodolfo.

Bohème est un huis clos lyrique basé sur « La Bohème », célèbre opéra composée par Giacomo Puccini. À l’origine, il s’agit d’une œuvre à grand spectacle destinée à être jouée avec orchestre, sept grandes voix de solistes, chœur, décors somptueux et une multitude de figurants dans les maisons d’opéra telles que La Monnaie de Bruxelles ou La Scala de Milan. La musique de Puccini est d’une telle qualité et d’une telle beauté qu’elle se prête parfaitement à un jeu de piano remplaçant l’orchestre.

Dans une forme plus intime, Bohème se recentre sur la trame de l’histoire, c’est-à-dire l’évolution amoureuse entre les deux personnages principaux : Mimì et Rodolfo, les autres rôles étant suggérés par le piano.

 

À VOIR AUSSI :

Le 6 mai : pré-ouverture du Maeltröm fiestival – commémoration mai 68 (lectures) ;

Le 8 mai : un concert d’Ars Muscia ;

Du 7 au 10 juin : Récital, une comédie musicale de Jacques Sojcher ;

15 juin : Maison basque de Bruxelles (projection)

16 juin : Renaud De Putter (projection)

 

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Comédien, metteur en scène et réalisateur travaillant pour l'asbl La Roulotte Théâtrale. Passionné de cinéma, de théâtre et de littérature, j'ai des projets plein la tête !

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