The Revenant: l’engagement écologique de Leonardo DiCaprio

A l’occasion de la (trop courte) conférence de presse à Paris du film The Revenant (qui aura duré 25mn, après 1h30 de retard) DiCaprio, entouré du réalisateur Inarritu et du jeune acteur Will Poulter, a tenu à évoquer avant tout des sujets qui lui tiennent particulièrement à cœur.

Un an après le brillant et halluciné Birdman, le cinéaste mexicain Gonzalez Innaritu revient avec un film mystique et sombre offrant à l’acteur un rôle unique et quasi mutique qui devrait lui permettre de remporter (enfin) un Oscar. Même s’il est cette année le grand favori après quatre nominations infructueuses, à aucun moment sa course aux Oscars n’a été évoquée lors de cette conférence. L’acteur a préféré revenir sur ce qui l’a particulièrement touché dans ce film qui se déroule dans l’Amérique abrupte du XIXème siècle et son rôle de Hugh Glass, ce trappeur laissé pour mort par les siens.

« Je choisis des rôles qui me permettent de mieux comprendre ce qu’est un être humain parfois dans des conditions extrêmes ». A voir les plans vertigineux tournés dans des conditions réelles, on comprend assez bien que ce tournage est pour l’acteur  » l’un des plus durs et éprouvants professionnellement« .

Métaphore des origines de l’humanité, The Revenant est une sorte de survival naturaliste qui traite de la lutte inexorable entre la bête et l’homme, dont l’instinct de survie et l’intense désir de vengeance vont le pousser jusqu’au bout de cette aventure primitive et hostile. Le film est une immersion totale au cœur de la nature, avec laquelle Hugh Glass finira par ne faire qu’un. Tourné dans des lieux reculés et protégés, dans des conditions climatiques extrêmes, c’est une expérience cinématographique immersive et sensorielle unique (le film sortira d’ailleurs dans certaines salles en Imax) et selon DiCaprio « un moment de cinéma révolutionnaire !« . Le vent dans les arbres, les rayons du soleil, l’eau du torrent… Il évoque plus particulièrement la scène impressionnante du combat avec un ours (réel) : « Innaritu a réussi à filmer quelque chose de viscéral, sans trop d’infographie. J’ai personnellement rarement vu une telle scène dans l’histoire du cinéma! ».

Mais au-delà d’un tournage extrême et cauchemardesque dont il se souviendra longtemps (et pour lequel il aura mangé du foie de bison cru, se sera baigné dans des rivières glaciales par – 40 degrés, trouvé refuge dans une carcasse de cheval et on en passe), DiCaprio est revenu sur ce qui l’a particulièrement touché comme les questions écologiques et politiques que soulève le film.

Pour rappel, DiCaprio était récemment à Paris à la Cop 21 pour présenter un documentaire alarmiste sur l’environnement qu’il a produit. En 2007, il avait déjà produit La 11ème heure, autre documentaire sur l’état de notre planète.

« Ce qui m’intéresse, ce sont les films qui nous permettent de mieux comprendre la nature humaine. » Ainsi, The Revenant, plaidoyer en faveur des Indiens autochtones, dénonce les intérêts capitalistes « qui massacrent les tribus et qui, sans aucun respect pour la nature, détruisent les réserves naturelles et des endroits de toute beauté ». Le film dénonce, de manière certes un peu manichéenne, des trappeurs barbares, habités par l’appât du gain (la fourrure) face à des tribus qui vivent en symbiose avec la nature et l’honorent.

Et DiCaprio de conclure : « Les hommes doivent comprendre que notre futur est en question. J’aimerais trouver plus de films qui ont un message écologique, tourner un film qui soit entièrement consacré à l’écologie ».

Si certains éléments peuvent faire penser au film de Terrence Malick, Le Nouveau Monde (la colonisation, l’ode à la nature, les apartés poétiques en voix off, etc.) âmes sensibles s’abstenir car contrario au cinéma de Malick, Iñarritu aime le sang (depuis son 1er film Amours Chiennes) et en use pour nous livrer ce duel entre l’homme et la nature.

Mais c’est surtout, un chef-d’œuvre exigeant, silencieux et glacial nominé 12 fois aux Oscars (verdict le 28 février prochain) qui vous embarquera aux confins du western, au cœur de la nature contemplée et vous révélera la puissance de jeu, quasi animal, d’un DiCaprio plus proche que jamais de la célèbre statuette!

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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