Tiken Jah Fakoly, en ambassade musicale pour l’Afrique

Dans un genre musical qui peine à voir venir la relève, Tiken Jah Fakoly fait figure d’icône autant que de petit jeune. Un petit jeune, de 47 ans tout de même, qui était récemment à Bruxelles dans le cadre du Festival des Libertés pour présenter son album de reprises (Racines), hommage aux grands anciens qui ont soufflé sur sa conscience d’Africain insurgé et forgé sa vocation de reggae-man. Infatigable chantre du réveil et de l’unité africaine, c’est en premier ambassadeur de son continent que le natif d’Odienné en Côte d’Ivoire arpente les scènes du monde et ainsi celle du Théâtre National.

Bâti comme un colosse et vêtu, à l’occasion de sa tournée, d’un habit traditionnel de guerrier mandingue élimé, Tiken Jah Fakoly magnétise son public dès son entrée en scène pour un medley introductif. Un medley qu’il clôt avec une chanson terriblement symbolique, puisqu’il s’agit de sa reprise d’un succès de son compatriote Alpha Blondy : Brigadier Sabari, dont les premières notes ont été chaleureusement accueillies par un public prompt à en mesurer l’importance. Longtemps en désaccord avec son aîné pour son soutien à Laurent Gbagbo, Tiken Jah Fakoly, en associant le chanteur ivoirien à son album « jamaïcain », pose un geste fort, preuve s’il en fallait une que Tiken Jah Fakoly n’est pas qu’un griot moderne. Il est aussi acteur du renouveau africain.

Tiken Jah Fakoly - CultureRemains (2)

Rastafari! Entre le nom du Messie Rasta qu’il scande à plusieurs reprises et des coups de gueule, Tiken Jah offre à son public la fleur de son œuvre. C’est qu’en neuf albums studios, il a de quoi le combler : Le Prix du Paradis, Ça Va Faire Mal, Tonton D’America, One Step Forward,… . Ainsi, après un premier retour en coulisse, les musiciens reviennent en formation acoustique, de front en bordure de scène, encadrant Tiken Jah pour une Cène Rasta dont les offrandes sont deux chansons parmi les plus engagés de son répertoire, Plus Rien Ne M’étonne et Ouvrez les Frontières. Leur interprétation dolente, par un Tiken Jah s’appuyant sur un bâton de chef coutumier, achève de faire de ce tableau un moment fort du concert.

Après cette communion, Tiken Jah, quitte de son habit de guerrier mandingue, entame la troisième partie de son concert qui s’inscrit sous le signe de l’optimisme. Débordant d’énergie, le chanteur soulève l’enthousiasme des spectateurs. Sur des titres qui traduisent son espoir pour le futur de l’Afrique, comme African (reprise de Peter Tosh) ou Quand l’Afrique va se Réveiller, il bondit, traverse la scène en courant et termine parfois sa course par un grand coup de pied aérien. Tiken fait le show.

Get Up, Stand Up de Bob Marley pour terminer le concert!? Tout est dit, et pourtant Tiken Jah Fakoly n’en a pas fini. Alors que ses musiciens s’inquiètent d’un énième retour en scène (les Twinkle Brothers ont entamé leur concert depuis plusieurs minutes dans le foyer du Théâtre National), il va s’octroyer le plaisir d’interpréter encore deux titres. Et c’est finalement avec la chanson Dispora que Tiken Jah prend congé de son public.

Tiken Jah Fakoly - Racines

Un regret pourtant. Il ne concerne pas, sinon indirectement, le concert mais bien l’album qui est orphelin d’une reprise d’un titre de emblématique de Jimmy Cliff. Parce qu’avant de devenir la star de la worldmusic des années 80 avec des chansons comme Reggae Night ou I Can See Clearly Now, Jimmy Ciff a été le digne confrère de Bob Marley avec des titres comme Viet Nam ou The Harder They Come. C’est cette dernière que Tiken Jah désirait précisément voir figurer dans son album. Enregistrée, la reprise n’a pas satisfait au niveau de qualité que s’est imposée le chanteur et n’a logiquement pas été retenue. Cette absence n’enlève cependant rien à la beauté de cet album, enregistré entre Kingston, pour l’esprit Rasta, et Bamako, pour les sonorités africaines. Le terreau de ce Racines.

Un grand album et un grand concert, pour une clôture en beauté d’un Festival des Libertés toujours pertinent et essentiel.

Racines, Tiken Jah Fakoly, Barclay/Universal, 15,99 €

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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