Tokyo fiancée: le mariage d’une caméra et d’une plume

Il y a des films, comme ça, qui appellent à s’ouvrir à l’horizon, à s’initier, à découvrir d’autres cultures. Tokyo Fiancée de Stefan Liberski en fait assurément partie. Lui qui esquissait déjà l’idée du rêve japonais dès son premier film (Bunker Paradise avec Jean-Paul Rouve) a atteint son but voire même sa muse au prix d’un fort bel effort. Ainsi sa caméra inspirée nous entraîne-t-elle sur les traces d’Amélie Nothomb (le film s’inspire de Ni d’Ève ni d’Adam, roman autobiographique paru en 2007) dans un Japon de carte postale où les mendiants jouent de l’air guitar, où dès que tu ne travailles pas tu « joues », à l’heure des chauffe-pizza et robots commandés (un univers rappelant au loin l’aspect gadget d’un réalisateur comme Michel Gondry).

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Ainsi, Amélie, dans la fraîcheur des vingt ans, se trouve projetée dans un Japon dont elle est tombée amoureuse. Pour parvenir à mener les deux bouts, elle décide de donner des cours particuliers de Français à la population locale. Une initiative qui va changer sa vie à jamais, lorsqu’elle rencontre Rinri, un jeune Japonais. Coup de foudre à la clé, amour fusionnel et aventures la menant du haut d’un sommet enneigé à un rude retour un Europe. Une expérience de l’extérieur, comme de l’intime, qui bouleversera sa vie et ne la laissera pas indemne.

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Pour le rôle d’Amélie, Liberski a choisi la charmante et pétillante (jamais elle ne l’a autant été) Pauline Étienne. Une chose est sûre, à mesure des films, elle prend de l’éclat. Et elle s’est prouvé qu’elle pouvait (se) faire rire, après une série de rôles dramatiques et forts. Pauline Étienne fait ici une Amélie Nothomb parfaite. Ne fut-ce que par la voix off qui lui fait prendre le ton et la manière de la voix de l’écrivaine, bluffant ! Jolie performance aussi du côté de Taichi Inoue dont c’est la première apparition au cinéma dans le rôle de Rinri, sobre et précis. Si ça ne tient qu’à nous, sa carrière est lancée ! Personnage principal, la musique, elle aussi, joue un rôle majeur. Omniprésente dans les mains Casimir Liberski, elle réussit l’exploit de ne pas être pompante mais de plutôt renforcer l’ouvrage par une légèreté bienvenue, qui colle à l’ensemble.

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Et, entre une reprise hilarante de Sandra Kim (par la Baby Balloon Ambre Grouwels) et des interludes surréalistes mettant en scène les fantasmes et pensées d’Amélie, Stéfan Liberski signe peut-être son film le plus inspiré. Rythmé (on lui pardonnera une légère baisse de rythme dans le creux du milieu) et créatif, Tokyo Fiancée est la preuve qu’un film et un livre peuvent sortir renforcés, sans trahir ni le livre, ni le talent de Liberski, un alliage de charme dans une parfaite cohésion. Ces deux-là se sont trouvés. De là à parler de mariage peut-être pas, mais de jolies fiançailles dans le royaume belge du 7ème art.

Sortie le 8 octobre, avec Pauline Etienne, Taichi Inoue, Julie Lebreton, Alice de Lencquesaing

Vu en ouverture du 29ème Festival International du Film Francophone de Namur.

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Cultureux vorace et journaliste avide, je me promène entre découvertes et valeurs sûres, le plus souvent entre cinéma, musique et bandes dessinées mais tout est susceptible d'attirer mon attention :)

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