Tom à la Ferme de Xavier Dolan ou Dans la Solitude des champs de maïs

Après sa trilogie sur l’Amour impossible (J’AI TUÉ MA MÈRE, LES AMOURS IMAGINAIRES, LAURENCE ANYWAYS) le surdoué et autodidacte Xavier Dolan revient et surprend avec TOM À LA FERME, un thriller psychologique sur fond de campagne adapté d’une pièce de théâtre de Michel Marc Bouchard, l’un des plus importants dramaturges québécois actuels.
Il a à peine 25 ans et pourtant, Xavier Dolan fait déjà et sans aucun doute partie « d’une nouvelle génération tout à fait excitante » ( dixit Thierry Fremaux, Délégué Général du Festival de Cannes).
Il réalise une œuvre aussi fascinante que fougueuse et angoissante et à en croire son accueil au Québec ou en Angleterre, ce thriller insolite promet d’être un beau succès. C’est tout le mal que l’on souhaite à Xavier Dolan qui revient avec un quatrième film maîtrisé, celui de la maturité, qu’il produit, réalise et interprète… et qui rappelons-le, a écrit son premier film à 16 ans et raflé trois prix à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes avec J’AI TUÉ MA MÈRE à 20 ans seulement…

Il y joue Tom, jeune publicitaire homosexuel, secoué par la mort de son amant, qui débarque la veille des funérailles dans sa belle-famille dans une ferme paumée de la campagne québécoise.
Tom découvre que dans la famille en deuil, personne ne soupçonnait son existence et que ni la mère ni Francis, le frère du défunt, n’ont entendu parler de lui et encore moins de l’homosexualité du disparu. Le frère homophobe, rustre et violent lui impose une mascarade malsaine et le menace de ne pas révéler la vraie nature de ses rapports avec son frère. Dès lors, Tom va s’évertuer à entretenir ce secret…

Loin de l’atmosphère bucolique que son titre laisse entendre, TOM À LA FERME renoue avec le cinéma âpre et cru, cher au petit génie canadien qui évoque dans une atmosphère étouffante, perverse et toxique le deuil amoureux, les liens familiaux mais aussi la répression de la sexualité.
Si, à travers ce thriller agricole, Dolan s’éloigne de la ville et semble passer à autre chose ce n’est qu’en apparence…
La force du film est d’utiliser le genre thriller pour aborder plus particulièrement le transfert et la substitution face au deuil. Tom va ainsi s’employer à remplacer Guillaume à l’intérieur de la ferme, à devenir le fils de substitution et le petit frère soumis.

Une sorte d’élan pousse Tom, gagné par une sorte de syndrome de Stockholm, à s’éterniser dans la ferme et à vivre une métamorphose, soumis à son tortionnaire, le frère bourru et homophobe du défunt. Il se retrouve alors pris en otage de cette ferme où malgré l’environnement néfaste chacun semble avoir besoin de l’autre.
Mais si TOM À LA FERME est de prime abord un film sur l’homosexualité, la violence et l’intolérance en milieu rural, c’est aussi et surtout un film qui revient sur les thèmes de prédilection du jeune réalisateur comme le mensonge, les faux-semblants ou l’acceptation de soi. On y retrouve ses personnages préférés, des individus névrosés auxquels se mêlent les hystéries des uns et des autres, sans oublier la figure maternelle.
Tous les films de Dolan prêtent une attention toute particulière aux personnages de mère. Ici, entre fascination et répulsion, il filme une mère (excellente Lise Roy) éplorée, fragilisée et épuisée psychologiquement après la mort de son mari, puis de son fils.

Prix de la Critique à la Mostra de Venise, le dernier film de Dolan est aussi une réflexion sur le cinéma et à travers elle une parabole assumée du métier de comédien et des difficultés à assumer et dévoiler son identité sexuelle.
TOM À LA FERME est un drame psychologique complexe et dérangeant qui s’inscrit dans la lignée du cinéma de Polanski ou de Claude Chabrol, cinéastes dont il semble le digne héritier. Dolan se joue des codes du thriller pour mieux les transcender et ainsi créer un climat et une ambiance anxiogène auxquels s’ajoute une étude comportementale sur fond de mensonges, faux-semblants, manipulation et séduction qui n’ont rien à envier à ses illustres aînés.
Il se murmure que MOMMY, son cinquième film, pourrait être en compétition au prochain festival de Cannes. Dolan est sans aucun doute un jeune prodige à suivre…

TOM À LA FERME de Xavier Dolan, le 16 Avril 2014 sur les écrans en France.

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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