Tourcoing en arabe se dit Tourcoing, 3 : une arabesque féminine au Grand Mix

J’ai été agréablement surprise du dynamisme culturel de Tourcoing, lors d’un court séjour en novembre 2016. Celui-ci va crescendo depuis l’élection de Lille comme capitale européenne de la culture, en 2004. La métropole, grande ouverte sur le monde, fourmille de salles et de projets dans tous les domaines. Le hasard a voulu que Tourcoing offrît, en l’espace de ces deux jours, quatre ouvertures sur l’Orient. C’est donc dans un quadriptyque, entre rétrospective et actu, que je me lançai dans mon délire arabe.

Pour ce troisième volet, ça cause Grand Mix

Le hasard est d’autant plus cocasse que le 23 novembre 2016, j’étais sous la scène d’A-WA, trois israëliennes, et qu’aujourd’hui, je m’en vais vous annoncer une autre date qui vaut le détour : la chanteuse libanaise Yasmine Hamdan sera en concert le 24 novembre 2017 à 20h.

Le Grand Mix, c’est quoi ?

Géré par l’association La Passerelle, c’est une équipe de quatorze passionnés et une Scène de Musiques Actuelles, alias très langoureusement SMAC (labellisation française créée en 1998, membres pas si nombreux que ça en France). Elle a ouvert ses portes en 1997, non di djou. Suivez leurs events sur Facebook ou sur leur agenda. Ils sont variés et nombreux (une centaine de concerts par an).

Rétrospective : A-WA là !

Un premier morceau à succès

J’ai découvert A-WA le 8 mars 2015, à l’occasion de la Journée Internationale de la Femme. Leur premier et à l’époque unique son, Habib Galbi, et sa vidéo rafraîchissante bien que de climat désertique, apparaît sur mon mur Facebook. Dès l’intro dessinée par ce gros tambour électroniquement manipulé et ces voix étirées en échos montagneux, puis le beat r’n’b et la guitoune reggae, nous sommes séduits. Mettez vos Reeboks, enfilez vos casquettes à pompom et écoutez ça.

Cette compo atypique mêlant hip-hop et chant traditionnel yéménite (l’origine du trio) monte en fléche et atteint rapidement les 7 millions de vues Youtube. Rien d’étonnant quand on connaît le succès de Balkan Beat Box par exemple (Tomer Yosef, le leader, pour info aussi israélien, fut le premier à écouter la démo des sœurettes).

L’album du même nom, des couleurs, des fleurs et des djellabas !

Je trépignais d’impatience pour la sortie de leur premier album, qui sort le 26 mars 2016 sous le label Tôt ou Tard. Ce modeste diadéme judéo-arabe est frais, festif, métisse, pas mal mixé du tout. On sent les auteurs encore jeunes cependant. Ils ne s’essaient pas trop à la variation. Les chansons sont un chouïa trop longues et répétitives, sans beaucoup de nuances. Mais qu’elles sont belles ! Elles procurent de l’entrain et font rentrer le soleil dans votre salon.

 

Réconcilier par la musique, par la mémoire

En live, je ne dirais pas que c’était fabuleux côté instrumental. Les soeurs, elles, assurent. Je n’ai pas le sentiment qu’elles ont la prétention de devenir des génies de la musique. Elles ont juste adapté justement de la musique traditionnelle à de l’électro hip-hop, et c’est déjà beaucoup ! Surtout dans le climat de tensions actuelles.

« C’est excitant, s’exprime Tair, la voix principale, parce que notre plus grand souhait est de connecter les gens et de construire ce pont afin qu’ils puissent apprécier la musique, d’où qu’ils viennent […] Plein de Yéménites (la quasi totalité de la communauté juive, menacée, vint suite à la création de l’Etat d’Israël dans une opération clandestine nommée Tapis volant) nous remercient pour notre musique, nous disent qu’on les soutient dans une période difficile »

Mais taisons-moi et laissons plutôt place à quelques morceaux supplémentaires. J’en profite pour vous inviter à suivre KEXP si ce n’est déjà le cas : cette chaîne Youtube me fait découvrir de sacrées perles. C’est (d’abord et surtout) une antenne radio basée à Seattle. Son K pour… je sais pas et EXP pour expérimental.

 

A vos agendas : Yasmine est dans la place

La terre natale, mélancolie et fierté

Installée à Paris depuis 2005, la chanteuse libanaise chante de l’électro douce, posée et un brin nostalgique en arabe. C’est important car lorsqu’on lui propose un contrat à condition de chanter en anglais, elle refuse. Sans sa langue, le voyage n’opère plus, pour elle comme pour nous. Avec elle, on peut dire qu’on est bien loin du joyeux trio A-WA. Obscure et sensuelle, intimiste et romantique, quarantenaire et aboutie, Yasmine Hamdan nous déclame ces mélodies chuchotées avec cette voix suave et erreintée.

Les débuts

Originellement, elle naît sur scène du duo Soap Kills (voir dernière vidéo de l’article) aux côtés de Zeid Hamdan, avec lequel elle n’entretient aucune parenté. Ils feront -de 1997 à 2005- de la trip-hop bien cool (personnellement, je préfère à ce qu’elle fait maintenant). Ils sortent trois disques nommés Bater, Cheftak et Enta Fen. Zeid vit toujours au Liban où il a été arrêté en 2011 pour diffamation à l’encontre du président libanais. Il mène aussi une carrière solo à succès au Liban, notamment en contribuant avec les groupes The New New Gouvernement ou Zeid and the Wings.

 

Paris sans la mer, sans le soleil et sans les mets familiaux. Paris quand même

Elle collabore ensuite depuis la capitale avec Cocorosie et Mirwais, apparaît avec Soap Kills dans le cinéma de l’américain Jim Jarmush et du palestinien Elia Suleiman, compose pour le théâtre de l’auteur syrien Saad-Allah Wannous et recentre finalement sa musique sur une folk intime. Elle présente au Grand Mix son dernier album Al Jamilat, sorti ce mois de mars. Dans ce dernier, elle dépeint différents caractères féminins, allant de la manipulatrice à l’écorchée, des respirations haletantes, de l’indépendante à la folle amoureuse, des soupirs épuisés.

La deuxième chaîne Youtube nécessaire à votre culture en musiques actuelles est NPR Music Tiny Desk Concerts. La NPR est la national public radio. Tiny Desk, le nom du concept, actif depuis 2008.

 

Infos et astuces voyage

  • Pour les tarifs, je vous avoue, j’ai pas tout compris : la carte 4X4 coûte (en plus du prix de votre ticket pour une date) 12€ BUT si vous êtes étudiants, chômeurs ou turquennois, elle ne coûte plus que 1€. Cette carte, valable un an, vous permet 3 concerts gratuits au Grand Mix et l’envoi du programme à domicile. Tarifs en règle générale tournent autour de 15/20€.
  • Autrement, n’oublions pas que les paniers Kilti, c’est Paris, Lille et Bruxelles.
  • Les petits-réflexes-voyage habituels : dormir en Airbnb tarif fauché 18€ la nuit, voyager en covoiturage tarif aimable 7€ l’aller.
  • Faut pas hésiter à passer deux jours dans la métropole. Pas moyen de s’y ennuyer : l’IMA de Tourcoing, son Musée des Beaux Arts, le Pavillon Jean Prouvé, le Théâtre de l’Idéal, le Beffroi et ses concerts de carillons, le Jardin Bota, le Fresnoy (Tourc.), la Piscine (Roubaix), l’Aeronef, le Palais des Beaux Arts, le Zoo, le Théâtre du Nord (Lille), la Rose des Vents et le Musée d’Art Moderne (Villeneuve-d’Ascq) et j’en passe.
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En Belgique depuis deux ans, j'ai travaillé à la Maison de l'Amérique Latine puis à la Jazz Station à Bruxelles. Vous me trouvez surtout dans la rubrique musique. Mon dada? Les musiques trad et électro. J'aime aussi beaucoup le milieu muséal et le septième art. Quand je n'ai pas de la musique dans ma tête, c'est voyage dont je rêve. Je parle fort et suis un peu j'tée, mais si vous me lisez, ça va mieux ! Très malheureusement, l'aventure Culture Remains est bientôt finie pour moi : je pars à Montréal pour un master d'Ethnomusicologie. En attendant, c'est depuis Liège que je profite de mes derniers moments en Begique.

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