Tourcoing en arabe se dit Tourcoing, 1 : Le MUba et Le Fresnoy

Abtin Sarabi - Les Habitants du Vent (sud de l'Iran)

J’ai été agréablement surprise du dynamisme culturel de Tourcoing, lors d’un court séjour en novembre. Celui-ci va crescendo depuis l’élection de Lille comme capitale européenne de la culture, en 2004. La métropole, grande ouverte sur le monde, fourmille de salles et de projets dans tous les domaines. Alors que je m’y rendais, à la base, pour le concert de trois sœurs israéliennes au Grand Mix, le hasard a voulu que Tourcoing offrît, à ce moment-là, trois autres ouvertures sur l’Orient. C’est donc dans un article quadriptyque, entre rétrospective et actu, que seront présentés les quatre lieux dont il est question, et le périple arabe parcouru en l’espace de deux jours.

Ce premier article vous invite à visiter le musée des beaux arts de la ville : le MUba. Il s’associe au Fresnoycentre d’audiovisuel dédié à l’art contemporain, pour donner naissance à la fascinante expo Indices d’Orient, la Mémoire, le Témoin et le Scrutateur. Le Fresnoy, peu commun, mérite – même depuis Bruxelles – que les amateurs et praticiens d’art contemporain s’y intéressent de près.

Il ne vous reste que quelques jours pour assister à ce voyage audiovisuel au MUba. Vous pourriez profiter d’éventuels congés pour monter dans un train en gueule de bois post-post-nouvel-an (ouvert le 2 janvier).

Randa Marouf – The Park (Casablanca, Maroc)

Le MUba, drôle de muséologie

Qui pouvait soupçonner que dans une ville comme Tourcoing existait un musée métropolitain d’envergure internationale ? Le musée d’art de Tourcoing existe depuis 1860. Plus tout jeune ! L’espace tel que vous le côtoyez aujourd’hui a été créé en 2009 à l’occasion d’une donation considérable des fils d’Eugène Leroy, peintre tourquennois.

C’est un musée dont la collection semble imposante. Je dis semble car je n’ai vu que l’exposition Indices d’Orient, faute de temps. Vous pouvez compter 2h de visite pour l’intégralité du musée. Car il s’agit d’un petit millier d’œuvres dans la collection permanente.

Pourquoi drôle de muséologie ? Au MUba, le dialogue est instauré entre l’art contemporain et les œuvres des siècles passés. De la même manière, les arts plastiques se confrontent aux arts vivants (occasionnels). Il est peu commun d’avoir face à soi une sculpture du XIXème aux cotés d’un portrait peint au XXIème. Les pièces se répondent et se valorisent les unes les autres. Cette façon de penser l’Histoire de l’art installe des confrontations intéressantes.

La boutique du musée, accessible sans ticket, a un vaste choix en livres.

Saodat Ismailova – Zukhra (Tachkent, Ouzbékistan)

Le Fresnoy, expérimentation et recherche

Le Studio national des arts contemporains audiovisuels à Tourcoing est à la fois une école, un établissement de diffusion et de production. Devenu un incontournable dans ce domaine, il loge dans une architecture originale des artistes, élèves, professeurs, maîtres conférenciers du cinéma, des arts visuels et du monde de la création numérique.

Quelques formules le présentent comme « une villa Médicis high-tech » ou « un IRCAM des arts plastiques ». Il est certain que de jeunes artistes, venus des quatre coins de la planète, se disputent les quelques 25 places disponibles pour ce cursus de deux ans. Pour la réalisation de son projet, chaque étudiant dispose d’un budget et d’un accès aux outils de prod, de post-prod et de diffusion. Le contenu et la forme artistique des projets est libre.

Vous lirez dans les infos pratiques ci-dessous que Le Fresnoy a dans ses locaux, une médiathèque, une librairie, un restaurant, des salles d’exposition.

Louis Henderson – Logical Revolts (divers, Egypte)

Une quinzaine de films vous propulsent dans les cultures arabes

Indices d’Orient est une grandiose exposition de 13 travaux vidéographiques récents, produits par Le Fresnoy. Grandiose pas tant pour le nombre d’œuvres exposées, mais bien pour la variété et l’intensité de celles-ci. J’ai trouvé l’ensemble très doux, malgré un fond et des thématiques pas toujours joyeux, pour le moins. Exils, rébellions, dictatures. Dans les films sélectionnés, ni cris ni agitations ne viennent interférer à la poésie. Ce n’est pas plombant du tout. La violence opère dans le silence, dans des regards, des sourires.

Quant à la douceur, je pense au court métrage d’Amel El Kamel qui raconte la très jolie histoire d’une couverture tunisienne Abena. Son histoire de famille et la place que ce tissage traditionnel prend dans la mémoire collective sont touchants. Telle une madeleine de Proust, on voyage entre les fils comme on pénètre entre les mails du passé. Je pense aux Habitants du vent d’Abtin Sarabi. Sur les côtes du Golfe Persique au sud de l’Iran, dans le désert, un homme est atteint d’une maladie mentale (photo principale). On dit qu’il est habité par le vent. A travers un rituel musical ancestral, un chaman tente de chasser ce mal mystérieux. Les paysages sont renversants. Et le personnage attachant.

Yasmina Benari – A Familiar Place (Le Caire, Edypte)

Un espace-temps pour l’Orient

L’espace m’a rendu la promenade agréable : la pièce est immense, complètement ouverte. Les sons qui émanent d’un écran rencontrent ceux d’un voisin. C’est un espace-temps qui vous est généreusement laissé pour la contemplation, le voyage. Les œuvres respirent. D’une part, elles ne se marchent pas dessus. D’autre part, elles ne s’inscrivent pas dans un itinéraire imposé. Chacune jouit à la fois du collectif (un tout cohérent) et reste pour autant entière et unique. Vous déambulez dans ce cinéma comme bon vous semble entre les pays et les esthétiques. Entre résistances politiques et mythes fondateurs, fictions et fables, Indices d’Orient n’est cependant pas qu’une flânerie.

Du Maroc à l’Iran, en passant par Alger, Tunis, Le Caire, Istanbul, la Syrie mais aussi l’Albanie et l’Ouzbékistan, nous sommes les scrutateurs de cet Orient par trop fantasmé. Des inconnus sont témoins. Très vite, ils deviennent des visages familiers. Nous parcourons nombre d’identités ainsi que les fiertés, crises et hontes qui les animent. Qu’elles soient abstraites ou concrètesDe l’infimement petit et muet – pour certains films – on ressort de là la tête pleine d’affinité pour ces sociétés arabes, et de tout ce qu’elles ont de pluriel. Ces expo nous invite à éviter les lieux communs sur le monde arabe, comme on en trouve aujourd’hui par montagnes.

Chaque film dure en moyenne 25 minutes (oui, j’ai fait le calcul). J’ai parcouru la salle en une heure et je n’ai pas tout vu. Prévoyez une bonne heure. L’expo sera désinstallée le 8 janvier.

Arash Nassiri – Tehran-Geles (Téhéran, Iran)

Infos pratiques

– Le MUba est ouvert tous les jours de 13 à 18h exceptés les mardis. Plein tarif 5€. Tarif réduit 3€ pour 18-25 ans, seniors +65 ans, abonnés du Grand Mix (à suivre la rétrospective concert d’A-WA). Gratuit pour chercheurs d’emploi, jeunes -18 ans, les premiers dimanches du mois.

– La médiathèque du Fresnoy est ouverte du lundi au vendredi de 14 à 18h. La librairie du lundi au vendredi de 10 à 18h, le week-end de 14 à 19h. Les expos les mercredis, jeudis, vendredis et dimanches de 14 à 19h. Tarifs des expos : plein 4€, réduit 3€ pour étudiants, seniors, chercheurs d’emploi.

Anri Sala – Byrek (Tirana, Albanie)

Astuces

– La C’ART vous permet – avec un seul pass – l’accès à 9 musées en illimité ! Le MUba et le Fresnoy à Tourcoing. La Piscine et la Manufacture de Roubaix, à voir ! Le Palais des Beaux-Arts et le musée d’Histoire Naturelle à Lille. Le LaM à Villeneuve d’Asq. Tarif jeune 20€. Tarif solitude 40€. Tarif couple 60€.

– Les petits-réflexes-voyage habituels, pas toujours légaux… Dormir en airbnb tarif fauché 18€ la nuit, voyager en covoiturage tarif aimable 7€ l’aller.

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En Belgique depuis deux ans, j'ai travaillé à la Maison de l'Amérique Latine puis à la Jazz Station à Bruxelles. Vous me trouvez surtout dans la rubrique musique. Mon dada? Les musiques trad et électro. J'aime aussi beaucoup le milieu muséal et le septième art. Quand je n'ai pas de la musique dans ma tête, c'est voyage dont je rêve. Je parle fort et suis un peu j'tée, mais si vous me lisez, ça va mieux ! Très malheureusement, l'aventure Culture Remains est bientôt finie pour moi : je pars à Montréal pour un master d'Ethnomusicologie. En attendant, c'est depuis Liège que je profite de mes derniers moments en Begique.

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