Tracks

De prime abord, l’histoire d’une jeune femme qui traverse 3200 kilomètres de désert australien en compagnie de sa chienne et de quatre chameaux pourrait en retenir plus d’un. Pourtant, après vision, Tracks se révèle être une très agréable surprise. Un beau récit sans longueurs, malgré l’apprêté du sujet.

Tracks s’inspire de l’autobiographie éponyme de Robynn Davidson, qui à 27 ans, en 1977, décide de traverser 3200 kms de désert australien. Périple qu’elle parvient à financer grâce à un partenariat avec National Geographic, qui dépêche un de ses photographes, Rick Smolan, pour capturer sur pellicule l’aventurière à différentes étapes de son parcours.

Tracks est un film solaire. Facile, me direz-vous, pour un film se déroulant dans le désert, mais trêve de plaisanteries, ce film dégage une énergie et une spiritualité folles qui doivent beaucoup à son interprète principale, Mia Wasikowska aperçue dans Stroker, qui illumine le film de son incroyable présence en solitaire face à la caméra et à son interprétation généreuse de Robyn Davidson. Mia Wasikowska donne une belle profondeur psychologique à son personnage de jeune femme marginale animée d’une révolte sourde. Son visage exprime tour à tour douceur, sévérité, angoisse avec un naturel surprenant.

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Dans le rôle de Rick Smolan, Adam Driver (le chanteur country aux exclamations impayables dans Inside Llewyn Davis des frères Coen), fait merveille et complète un duo cinématographique qui convainc indéniablement. Il est touchant dans son rôle de photographe légèrement maladroit qui se prend d’affection pour cette aventurière qui ne lui passe rien. Il compose un personnage tiraillé entre sa responsabilité envers son employeur (National Geographic) et son admiration pour cette femme qui le rejette, se révélant animé d’une force tranquille à toute épreuve.

A la réalisation, John Curran (The Painted Veil, 2006 et Stone, 2010) nous propose autant un hymne au voyage et à la magie des rencontres qu’une double introspection. Celle d’un pays au travers du regard d’une jeune femme en quête d’elle-même. Un pays, une société tourmentée par sa double identité, son histoire à la fois bicentenaire et multi-millénaire. Un pays d’immigration multiple sur les terres d’un peuple premier.

En 1977, année de l’action, les aborigènes d’Australie s’éveillent peu à peu d’une longue léthargie, conséquence d’une politique australienne volontairement radicale, inspirée par des théories eugénistes et le darwinisme social. John Curran ne se pose jamais en moralisateur, mais plutôt en observateur ébloui par la beauté rugueuse d’un pays et de ses habitants. Il refuse le plan carte postale au profit d’un mise en scène sobre, à hauteur d’homme, qui souligne la belle intensité de la rencontre entre deux cultures que l’histoire à longtemps opposées.

Film incroyablement riche de ses sujets et intelligent dans son traitement, Tracks est un diamant brut qui mérite largement de se tailler une belle réputation dans l’obscurité des salles de cinéma.

A voir dès le 2 juillet 2014.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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