Ma ma, trois hommes et Penélope

Proche artistiquement de Pedro Almodovar, Julio Medem, de dix ans son cadet, évolue un peu à l’ombre de celui-ci, figure de proue et personnalité omnipotente d’un cinéma ibérique pourtant riche. Avec Ma Ma, son nouveau film, Medem pourrait bien élargir son public, aidé par la présence au casting de Penélope Cruz, première star internationale qu’il dirige. C’est tout le mal qu’on peut souhaiter à ce cinéaste bien trop méconnu.

Magda est institutrice. Alors qu’elle vient de perdre son emploi et de se séparer du père de son petit garçon, on lui diagnostique un cancer du sein. Plutôt que de sombrer dans le désespoir, elle décide de partager des moments agréables avec ses proches.

Sur papier, le thème du cancer et singulièrement celui du sein promet un film difficile. Ajoutez-y le nom du réalisateur de Lucia y el sexo, Tierra ou La ardilla roja (L’Écureuil rouge, qui valu à Medem d’être recommandé par Kubrick auprès de Spielberg, rien que ça), et la promesse prend une tout autre dimension. Ce n’est pas pour rien si le cinéma espagnol est à la cinématographie, ce que la cuisine italienne est à la gastronomie…

Mama - CultureRemains

Si Ma Ma est bel et bien un drame, voire un mélodrame, Julio Medem, également auteur du scénario, a le souci de ne pas enfermer son sujet dans un genre particulier. Il fait preuve de fantaisie et d’originalité pour emmener son intrigue dans des circonvolutions romantiques, fantastiques ou encore érotiques, sans perdre le fil de son récit. Un exercice auquel Medem nous a habitués avec ses œuvres précédentes. Résultat: une relecture audacieuse du modèle narratif classique du triangle amoureux et par conséquent un mélodrame lumineux.

Penélope Cruz n’est pas étrangère à cet éclat, elle qui prête ses traits à Magda, femme et mère en proie à un cancer qui l’atteint dans sa féminité. Le temps n’a pas de prise sur la belle Madrilène, sinon à son avantage, et il en va de même pour son jeu dont elle ne cesse d’élargir la palette. C’est une véritable montagne russe émotionnelle que réserve une Penélope Cruz sobre et brillante.
Pour lui donner la réplique dans le rôle d’Arturo, père meurtri par la disparition accidentelle de sa famille, Julio Medem a fait appel à Luis Tosar. Ce dernier est bien connu des amateurs de cinéma hispanique. Acteur reconnu et citoyen engagé, il est une des « gueules » du cinéma latin, aperçu entre autres dans Celda 211 et Tambien la lluvia. Le troisième et dernier angle du triangle est confié aux bons soins d’un Asier Etxeandia qui n’en est qu’à sa troisième expérience cinématographique. Un casting hétéroclite dont Julio Medem, en géomètre virtuose, constitue un triangle plutôt équilatérale que scalène (irrégulier).
A signaler, la prestation tout à fait convaincante du jeune Theo Planell dans le rôle du fils de Magda.

Ma-ma - CultureRemains

« Trois hommes et Penélope », cette formule qui accompagne le titre du film évoque plutôt le carré, que le triangle, et un célèbre film de Coline Serreau sorti en 1985. C’est que le cinéma de Julio Medem est tellement riche qu’il s’autorise des ruptures et comparaisons improbables. En guise d’introduction à ce cinéma essentiel,  Ma Ma n’est pas la voie la plus évidente, mais séduisante, elle l’est incontestablement. Pour les profanes comme les initiés.

Au cinéma depuis le 10 août.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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