Trois nouvelles BD de Futuropolis qui valent le détour

Il y a un an à peine, Alexis, rédacteur pour Culture Remains lui aussi, commençait un article par ces mots : « Dans le monde des éditeurs de bandes dessinées, Futuropolis occupe une place de choix, tant par ses ambitions graphiques qui arrivent souvent à exploser les codes que par les sujets souvent difficiles qui sont mis en exergue. Par ses inestimables témoignages de la vie, d’ici et d’ailleurs, aussi. Puis, de la mort. « .

Les sorties récentes d’albums chez Futuropolis ne le démentent pas. Petit coup de projecteur sur trois d’entre elles :

Un million d’éléphants est un récit choral très touchant, magnifiquement déplié, qui plonge le lecteur en plein Laos, des années 1930 à aujourd’hui. Les personnages sont nombreux, les familles et les amitiés sont réellement explorées, ce qui donne toute son épaisseur et sa justesse à l’album. Très vite, également, le fil rouge devient apparent et aisé à suivre, malgré la coexistence de plusieurs trajectoires de vie et le temps qui passe, parfois plus lentement, parfois plus vite.

À la fois ode à une culture et travail important sur la guerre, la souffrance, l’amour et l’exil, Un million d’éléphants est directement inspiré par la vie de la famille de Vanyda, dont le dessin participe à la création d’un univers tout à fait intriguant, dans lequel le lecteur s’immerge progressivement.

Cette auteure à qui l’on doit notamment les séries L’immeuble d’en face et Celle que…, née en France, d’un père ayant fui le Laos, la guerre, la dictature communiste et ses exactions, est allée à la rencontre de ce pays, sur place, avec son scénariste, Jean-Luc Cornette. Ils en sont revenus avec l’inspiration nécessaire à la réalisation de cette fresque, à la fois poétique et réaliste. Un album important, à n’en pas douter.

Un million d’éléphants, de Jean-Luc Cornette et Vanyda, Futuropolis, 160 p., 23 €. ISBN : 9782754810777.

Le troisième tome de Les meilleurs ennemis est sorti il y a peu, en même temps que l’intégrale de cette série proposant de retracer l’« histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient », de 1783 à nos jours. Cette troisième partie raconte en près de 100 pages la période allant de 1984 à 2013 et les inflexions données par quatre présidences successives (George Bush, Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama), face à l’Irak, l’Iran, l’Afghanistan ou l’Arabie saoudite, notamment.

Jean-Pierre Filiu, qui enseigne à Sciences Po l’histoire du Moyen-Orient contemporain, continue son aventure dans le milieu de la bande dessinée après deux premiers albums signés avec le dessinateur Cyrille Pomès : Le printemps des Arabes (2013) et La dame de Damas (2015), également publiés chez Futuropolis.

David B., qui l’accompagne dans l’aventure Les meilleurs ennemis, est un des cofondateurs de L’Association. En noir et blanc et à l’aide d’un dessin très expressif, il résume avec brio l’atmosphère froide et terrifiante des conflits armés, du terrorisme et des rapports de forces entre puissances. Cette trilogie n’est pas tant une œuvre de vulgarisation scientifique qu’une analyse pointue d’un phénomène complexe sur un temps long, doublée d’un travail de recherche graphique tout à fait original.

Les meilleurs ennemis. Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient. Troisième partie 1984/2013, de Jean-Pierre Filiu & David B., Futuropolis, 96 p., 18 €. ISBN : 9782754817554.

Au bout du fleuve est un one shot bien pensé, entièrement réalisé par Jean-Denis Pendanx. Cet auteur, dont les bandes dessinées traitent le plus souvent de régions lointaines, véritable passionné du continent africain, a entre autres déjà signé Abdallahi (en deux tomes), qui raconte le périple de l’explorateur René Caillié, et Les corruptibles (trois albums).

Kémi, qui vit au Bénin, un des pays les plus pauvres au monde, perd son père, pulvérisé alors qu’il transportait de l’essence de contrebande. Il doit alors arrêter ses études et est contraint de suivre les pas de son père pour payer ses dettes. Il décide de partir à la recherche de son frère jumeau, duquel il a été séparé, qui se trouverait quelque part près du delta du Niger, une région dite de tous les dangers. Son périple l’amènera à faire diverses rencontres, dans une région du monde où une part importante de la population lutte pour sa survie au quotidien, tandis que les multinationales et les élites s’enrichissent sur leur dos, à l’aide du pétrole, notamment, causant des pollutions majeures dont ils ne sont la plupart du temps pas tenus responsables et dont ils n’en n’assument pas les conséquences.

C’est donc un récit violent et poignant que propose Jean-Denis Pendanx, entre réalité délétère et magie réconfortante, pour un voyage sans concession mais plein d’empathie le long du fleuve Niger.

Au bout du fleuve, de Jean-Denis Pendanx, Futuropolis, 112 p., 20 €. ISBN : 9782754815734.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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