Un complexe de Frankenstein toujours aussi vivace

Qui n’a jamais rêvé qu’il volait, qu’il sauvait la planète ou encore qu’il possédait des super-pouvoirs ? Qui n’a jamais souhaité pouvoir lire à toute vitesse, attraper le pot de confiture dans l’armoire sans devoir se bouger, grimper le long des immeubles comme une araignée ou simplement pouvoir mettre une gentille – mais ferme – raclée à quiconque tenterait de l’agresser ?

Pas la peine d’y réfléchir trop longtemps, on ne peut qu’admettre qu’avoir des super-pouvoirs serait sans conteste plutôt pratique au quotidien. Oui mais… Si tout le monde en avait, ils ne seraient plus si super, ces pouvoirs, n’est-ce pas ? Et des pouvoirs, quand ils ne sont pas super, on s’en lasse vite. Ou du moins, ils deviennent un chouïa trop ordinaires pour qu’on en fasse tout un plat.

Voilà pourquoi de Superman, de Spiderman ou d’Iron Man, il ne peut y en avoir qu’un. Il suffirait que ces derniers aient un frère jumeau pour qu’ils perdent instantanément de leur valeur et intérêt…

Quoiqu’il en soit, d’intérêt, ils n’en ont pas perdu, toutefois, ces dernières années et ce, notamment, aux yeux des producteurs cinématographiques. En effet, vous n’avez décemment pas pu passer à côté de la pléthore de films (suites et remakes compris) mettant en scène nos super amis en collants. Les comics – qui n’ont jamais autant été exploités – doivent être la source de 80% des films américains sortis dans les années 2000.

Au vu de ces faits, il n’est pas totalement vain de s’interroger sur le pourquoi et le comment de cet engouement, cette « fan-attitude » pour ces surhommes qui servent le bien. Il n’est pas nécessaire cependant d’avoir fait des études poussées pour penser aux divers événements qui ont marqué notre dernière décennie. À commencer par… le 11 septembre 2001.

Que cet enthousiasme pour ces sauveurs de l’humanité découle de la peur intrinsèque et palpable de notre société pour son avenir est plus que probable. Toutefois, il est intéressant de noter que d’autres personnages de science-fiction, quant à eux, ont été complètement délaissés par notre imaginaire collectif.

Encore une fois…

Qui donc ? Les robots, bien sûr ! Malgré le fait qu’ils soient de plus en plus présents dans notre quotidien, leur intégration dans notre culture populaire et à travers nos produits culturels se voit toujours relativement réduite. Non pas qu’ils soient absents de notre paysage fictionnel il n’empêche que, face aux super-héros, ils n’en mènent pas large.

Mais ce n’est pas tout. Outre le fait qu’ils soient incontestablement « boudés », les robots sont vraisemblablement toujours assimilés à une certaine forme de menace. En effet, il est toujours aussi rare de trouver un produit de science-fiction ne décrivant pas le robot comme une machine ayant invariablement des « ratés ».

Il s’agit là de ce que le célèbre auteur de science-fiction Isaac Asimov appelait « Le complexe de Frankenstein » ou cette sempiternelle terreur qu’éprouve l’homme à l’idée de s’inventer démiurge. Les super-héros ? Pas de problème, ils viennent d’une autre planète, ils ont été piqués par une bestiole bizarre ou ils ont assez d’argent pour créer un produit technologique hors pair. Les robots ? Ce sont des machines qui ressemblent à un être humain. Créées par des humains. Une telle usurpation d’identité ne peut décemment pas être laissée impunie. N’est-ce pas ?

N’est-il pas fascinant autant qu’étrange de se rendre compte que malgré notre affranchissement social et sociétal notoire en ce qui concerne les doctrines et croyances chrétiennes, notre inconscient semble toujours accepter l’idée qu’un homme (aussi paradoxal et imparfait qu’il soit, originellement – dixit la Genèse), une fois doté de pouvoirs extraordinaires ne puisse qu’être bon et dévoué au bien-être d’autrui alors qu’une machine (à l’image d’un ordinateur ou d’un grille-pain – en un peu plus évolué toutefois) dotée de capacités précises, calibrée pour aider l’être humain en toutes circonstances se voit invariablement diabolisée ?

Ce n’est probablement pas pour demain la veille, mais le jour où les robots seront considérés comme sauveurs potentiels de l’humanité, cela signifiera peut-être que notre société sera suffisamment sage, enfin, pour ne plus avoir besoin d’être sauvée…

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