Une vie de Gérard en Occident

Une vie de Gérard en Occident met le lecteur aux prises avec Gérard Airaudeau, un « Monsieur Tout le Monde » attaché à sa Vendée, dont il raconte les particularités, qui croisent des généralités sur l’état de la France dans un contexte social marqué, notamment, par la désindustrialisation, les délocalisations, les migrations, la crise économique ou le chômage.

Narrateur de son propre monologue s’étendant sur près de 300 pages, Gérard décrit sa Vendée à Aman, lui partage sa vérité sur les relations humaines, sur l’état du monde, sur les gens qui, au fil des pages, composent un paysage humain atypique qui n’est pourtant pas sans rappeler la réalité et une série de personnages que l’on connaît tous, de près ou de loin.

Aman, c’est l’interlocuteur silencieux de Gérard. Réfugié érythréen que Gérard et son épouse accueillent chez eux depuis peu, par l’entremise d’une connaissance engagée dans la cause des migrants. Cette relation improbable entre Gérard et Aman se construit au fil des explications que le premier donne au second, pour l’aider à comprendre son monde, pour l’aider à y trouver sa place.

Le tout prend la forme d’un monologue, en laissant toujours le lecteur dans une semi-incertitude quant aux raisons de cette absence de répondant : Aman comprend-il quelque chose de ce que lui raconte Gérard ? Probablement pas… mais Gérard l’aurait-il laissé en placer une si c’était le cas ? Rien n’est moins sûr…

Heureusement qu’on a l’adversité, pour nous intéresser un peu à ce qui nous arrive. Il faut doser bien sûr, s’il y en a de trop, c’est trop, faut pas que ça submerge. Chez toi en Érythrée ils ont exagéré. Mais sans elle, on est tous vidés de notre énergie vitale. On oublie l’objectif, qui est pas le bonheur, comme racontent les magazines, mais de simplement vivre. C’est ça nous qu’on veut par ici, qu’on nous foute la paix. Mais tout en conservant un peu d’adversité pour pouvoir râler en appréciant d’être chez soi.

Si chaque page dévoile un peu plus de la complexité d’un homme que d’aucuns pourraient qualifier de simple, c’est parce que l’auteur, François Beaune, à travers ce personnage qui semble ne pas prêter attention à la richesse analytique et à la portée de son propos, sans autre ambition que de tuer le temps en parlant de sa vie, de ses proches, de son coin de Vendée, au gré d’anecdotes et de portraits, dresse un tableau précis d’une certaine France, rurale ou péri-urbaine, une vie de village, une vie à Saint-Jean-des-Oies, bien loin des préoccupations des Parisiens, dont Gérard parle d’ailleurs peu.

François Beaune, qui a déjà signé, aux éditions Verticales, Un homme louche (2009), Un ange noir (2011) et La lune dans le puits (2013), est aussi un passionné d’histoires vraies, dont témoignent ses reportages pour Arte Radio ou la bibliothèque d’Histoires Vraies de la méditerranée, créée avec Fabienne Pavia et qui rassemblait des textes, des sons et des vidéos, et a mené à La lune dans le puits.

Avec Une vie de Gérard en Occident, un roman écrit avec beaucoup humour, l’auteur poursuit son intérêt pour une forme d’authenticité dans sa façon de décrire et de raconter la vie. Cette question de l’authencité se trouve d’ailleurs au coeur de l’ouvrage, où, façon En attendant Godot, le lecteur attend avec les deux personnages mis en scène que les invités arrivent enfin à ce dîner qui a pour but de permettre à la députée socialiste du cru de pouvoir « rencontrer des vrais gens » et en apprendre plus sur leurs préoccupations.

Une vie de Gérard en Occident, de François Beaune, Verticales, 288 p., 19,50 €. ISBN : 9782072709067.

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Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

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