« Le tout va bien 2015 » : le meilleur du pire

Nous vous avions déjà parlé dans un précédent article d’Adrien Gingold, du « tout va bien », et de sa manie : collectionner les titres de faits divers les plus loufoques et click whore imaginés par les médias (toute parenté avec l’expression attention whore relève d’un pur hasard). Edit : je pensais avoir été original avec ce petit trait d’esprit. C’est raté, ça existe déjà dans cette bible du parler contemporain qu’est l’Urban Dictionary.

Bon, en somme, comme nous tous, l’auteur du livre dont je vais vous parler est intrigué par la force poétique contenue dans certains titres de presse. Et il a poussé le vice jusqu’à écrire un premier livre fin d’année passée où il compile les meilleurs d’entre eux (ou le meilleur du pire, c’est selon). C’était vraiment rigolo (et ça s’est super bien vendu aussi, ce qui ne gâche rien). Il a donc remis ça cette année avec une version « 2015 » (100 % garantie true story). Ça aurait pu être un gros bide, et l’effet de surprise du premier opus est passé. Mais, en fait, ça procure toujours autant de plaisir de lire ce condensé de folie, de bizarreries et de malheur, autant de témoins de notre époque où la moindre étrangeté, le moindre micro-phénomène aux contours douteux, devient un évènement médiatique digne d’intérêt et susceptible de faire le buzz.

Vous aimez rire (et/ou pleurer, parfois…) ? Vous allez adorer Le tout va bien 2015. Pour le présenter, nous avons décidé de laisser la parole à l’auteur, qui sait a priori mieux que nous pourquoi il a fait ça.

Qui êtes-vous Adrien Gingold ?

Je crois être un jeune homme de son époque. J’aime partager des bons moments avec des personnes intéressantes, rire et manger, je joue aussi beaucoup au foot. Je suis originaire de la région parisienne, j’ai une sœur et des parents formidables, et je me suis offert il y a un an une année sabbatique, passée en grande partie au Brésil. D’un point de vue plus professionnel, j’ai travaillé dix ans chez Radio Nova, à peu près à tous les postes. J’ai ensuite rejoint une boîte de production audiovisuelle. Je viens de créer, avec un ami et désormais associé, une agence créative, boîte de production, collectif d’idées et pépinière de savoir-faire qui s’appelle KOFESCU.

Extrait 1

Qu’est-ce qui vous a pris de vous mettre à compiler tous ces titres de faits divers ? Vous faites ça depuis longtemps ?

Tout a commencé il y a six ans, alors que je travaillais chez Nova. J’étais rédac chef du site internet et, avec mon collègue et ami Giulio Callégari, nous faisions une sorte de revue de presse chaque matin. Très vite, nous avons été intrigués par les titres… plus que par les articles en tant que tels. Ces appels du pied des journalistes, prêts à tout pour quelques clics, mêlés aux histoires de notre société, quelque part entre poésie, absurdité, tragédie et stupidité, donnaient un résultat fascinant. On se les lisait, à travers le bureau, on éclatait de rire, et c’est devenu un running gag. Ça nous faisait tellement rire qu’on a commencé à les compiler sur un Tumblr.

Quel est votre titre préféré pour cette année 2015 ?

C’est très dur de choisir un préféré parmi mes chouchous parce qu’ils me font tous rire pour des raisons différentes. Je suis un grand fan de « un perroquet fugue pendant quatre ans et revient en parlant espagnol ». Je trouve ça formidable, positif et très enthousiasmant. Dans un autre style, « deux familles toulousaines partent au djihad en camping-car » est magnifique : c’est évidemment très actuel, mais ce que j’adore, c’est que l’on s’imagine tout de suite la scène ! Ça me fait beaucoup rire. Pour moi, chacun des titres repris dans le livre est digne d’un bon pitch de cinéma.

Extrait 2

Quel est le titre que vous trouvez le plus triste ? Et le plus amusant ?

Les plus tristes tournent souvent autour d’enfants et/ou de femmes maltraitées. C’est pour cela que je ne vais pas lire toutes les histoires auxquelles renvoient mes titres. Les titres sont tout le temps drôles… les histoires, beaucoup moins. Le plus triste, c’est peut-être ce titre dans La Provence : « Il prostituait sa femme handicapée contre du pastis ». Il faut bien avouer que ce n’est pas gai. Le plus amusant ? Peut-être « La police frappe à sa porte, il est nu et mange du cassoulet ». Quelle scène mythique !

C’est très premier degré comme humour, non ?

C’est très très premier degré, mais également très dernier degré. En fait, je crois que ce livre est au degré avec lequel on souhaite le lire. C’est pipi-caca, mais c’est aussi à mon sens une critique intelligente de la société et de ses errances, de la consommation massive, globale et boulimique d’informations, de notre fascination pour le sensationnel. C’est un certain regard sur notre monde. Chacun a le sien. En ce qui me concerne, je remercie mon éditeur Frédéric Martin du Tripode qui a parfaitement su, autant graphiquement que dans « l’éditorialisation » du bouquin, lui donner un vrai sens.

À vos yeux, ces titres sont absurdes, glauques ou une opportunité pour philosopher sur l’existence ?

Ils sont tout ça à la fois. Ils sont exactement comme nous : drôles et pitoyables, utiles et totalement vains. Ils sont à l’image de notre société, foutue et pleine d’espoir, sinistre et poétique, tout à la fois. C’est sans doute à mes yeux ce qui leur donne leur superbe.

Extrait 3

Au-delà des titres rassemblés dans votre livre, il y a des articles, que votre lecteur ne voit pas, à moins de faire des recherches sur Internet. En général, le plus incroyable et choquant, c’est le titre ou l’article ?

Je dirais que le plus incroyable, c’est le titre, et le plus choquant, l’article. Passé le fou rire du titre, on se retrouve souvent dans des drames familiaux, dans les profondeurs de la noirceur humaine… Je n’aime pas trop m’y aventurer. Je n’aime pas le sinistre.

Tous les journaux ne publient pas de tels titres, si ? Avez-vous des sources de prédilection pour dénicher ces pépites ?

Ça n’épargne personne. De Oise Hebdo au Figaro, pas de détail, pas de chichi, ils ont tous besoin de clics, ils vont tous draguer nos bas instincts. Après, il ressort clairement quelques spécialistes en la matière : en premier lieu, la presse gratuite qui se régale et, ensuite, il faut avouer que, malgré la caricature, le Nord de la France et la Belgique se démarquent particulièrement. Une mention spéciale à la ville de Brest qui, sous l’effet de l’alcool, fait des choses particulièrement intéressantes.

Extrait 4

Quels sont vos projets pour le futur ?

Je suis en ce moment très concentré sur la création et le développement de KOFESCU, structure au sein de laquelle je vais regrouper tous mes projets. Je continue néanmoins à enrichir scrupuleusement ma petite collection de titres en attendant, qui sait, l’édition 2016 ?

Allez faire un tour sur Le Tumblr « à juste titre » d’Adrien Gingold et Giulio Callegari

Le Tout va bien 2015 par Adrien Gingold, Le Tripode, 144 p., 9,90 €, paru le 5 novembre 2015. ISBN : 9782370550705.

Tags from the story
Written By

Je n'aime pas parler de moi. Ce qui ne devrait pas être un problème vu que c'est peu probable que vous vouliez lire sur ce sujet. Par contre, j'aime bien écrire sur tout ce qui suscite ma curiosité, m'amuse ou m'interpelle. Parfois aussi les trucs que j'aime pas, pour vous mettre en garde, ou vous effrayer. Dur à dire.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *