Valerian et le film des mille regrets

De par la combinaison des trois B (Besson, budget pharaonique et bande-dessinée culte), Valerian et la Cité des mille planètes est LE film français, si pas film tout court, le plus attendu de l’année. C’est peu dire qu’après la décevante adaptation de la bande-dessinée Adèle Blanc-Sec et l’escroquerie cinématographique de son dernier long (Lucy), ses détracteurs l’attendent au tournant. De leur côté, les fans de la bande-dessinée angoissent depuis l’annonce du projet par Besson et vivront la sortie en salle comme une délivrance.

Au 28ème siècle, Valérian et Laureline forment une équipe d’agents spatio-temporels chargés de maintenir l’ordre dans les territoires humains. Mandaté par le Ministre de la Défense, le duo part en mission sur l’extraordinaire cité intergalactique Alpha. Un mystère se cache au cœur d’Alpha, une force obscure qui menace l’existence paisible de la Cité des mille planètes.

Pas certain pourtant que les aficionados de la bande-dessinée de Christin et Mézières ressortent tous satisfait de leur séance, tant Besson donne l’impression de ne pas avoir lu Valerian et Laureline, mais de s’être contenté d’en admirer les images. Si le réalisateur français reste relativement fidèle à l’univers, il n’en va pas de même pour l’esprit si particulier de la série qu’il jette allègrement aux orties à coup, entre autres, d’obsession de Valerian pour le mariage… Et dire que la série est née en pleine révolution des mœurs.

En 1967 précisément, dans une France en pleine libération sexuelle et dans un domaine artistique où la science-fiction est un pays vierge, un continent à explorer. Avec Valérian et Lauréline, les deux auteurs ont fait plus que tracer des pistes. Christin et Mézières ont été des explorateurs intrépides qui ont établi certains canons de la science-fiction des décennies suivantes et inspirés jusqu’à Georg Lucas. Bref, Valerian et Laureline c’est du lourd, malgré une notoriété déficiente. Valerian, c’est à la fois un univers fantastique foisonnant et un regard introspectif  et engagé porté sur une époque, les années 70/80.
Dans cette perspective, les deux protagonistes forment un couple moderne soumis aux joies et déboires d’une relation amoureuse contemporaine sur fond de space-opéra débridé.

En chef d’orchestre omnipotent du film le plus cher de l’histoire du cinéma français, Luc Besson ne parvient pas à capter l’essence de la série, ni même à proposer une vision originale de l’œuvre à la manière d’un Manu Larcenet dont l’adaptation, L’Armure du Jakolas, fit grand bruit pour sa différence radicale avec l’œuvre-mère; une aventure hilarante en one-shot qui fut malgré tout très bien accueillie par la fan-base.

Le Valerian de Besson navigue entre deux eaux et donne cette vilaine impression d’être absolument dispensable. Pourtant Valerian et la Cité des mille planètes est une véritable claque visuelle et ne manque pas de bonnes idées scénaristiques. Néanmoins, quelques bonnes idées ne font pas un bon scénario et toute la maestria technique d’un Besson ne compense pas un scénario médiocre.

Au-delà d’un casting discutable (comment des personnages dessinés peuvent-ils avoir plus d’expression que des acteurs?) et malgré une réussite visuelle incontestable, le film pâtit en première instance de son scénario. Sur base du sixième album de la série, L’Ambassadeur des Ombres, Luc Besson, seul à l’écriture, découpe, vulgarise, agglomère et livre au final un scénario décousu et sans grand intérêt. L’intrigue est molle et phagocytée par la quête annexe de Valerian: mettre la bague au doigt de Laureline. L’enjeu est par conséquent insignifiant. L’humour est puéril, les rebondissements sont attendus et les dialogues convenus.

Malgré ce triste bilan scénaristique, Valerian et la Cité des mille planètes n’est pas dispensable, comme cet article pourrait le laisser croire, parce que Besson, en plus de nous en mettre plein la vue, a eu le bon goût de rester fidèle au corps de la série à défaut d’en respecter l’esprit. Il colle au plus près des créations de Christin et Mézières tout en s’autorisant certaines libertés, payantes ou non. Ainsi, il donne vie aux Shingouz, au Transmuteur grognon de Bluxte et autres Bagoulins, et, fait rutiler le fringant vaisseau de Valerian, pour notre plus grand plaisir des yeux.

Coté casting, Clive Owen fait le boulot sans plus, Rihanna fait du Rihanna tandis qu’Alain Chabat et Ethan Hawke rattrapent plutôt bien le coup dans des rôles secondaires délirants et bien écrits. Entre Cara Delevinghe et Daan Dehaan, c’est la première qui tire son épingle du jeu au point de laisser apprécier la longue séquence où, seule, elle se met en quête de son amoureux disparu.

Si Valerian et la Cité des mille planètes se laisse regarder sans déplaisir, c’est surtout parce qu’il est chargé d’un potentiel gigantesque qui entretient l’espoir durant le premier tiers, désole dans le second tiers et fascine dans le dernier tiers. Avec ce film, Besson l’alchimiste expose sa formule pour changer l’or, non pas en plomb, mais tout de même en bronze. Il ne reste plus qu’à espérer, à militer, à pétitionner pour que ce film qui n’est pas un chef-d’œuvre, soit au moins œuvre utile et ouvre les yeux de Luc Besson sur ses maigres qualités scénaristiques. Et si une suite doit voir le jour, avec Besson à la réalisation uniquement, ce sera un p…n de bon film.

En attendant, cette « version bêta » est à voir à partir du 26 juillet.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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