Vampyros Lesbos

Adaptation très libre, à la fois de Dracula et de Carmilla de Sheridan Le Fanu, Vampyros constitue un des meilleurs films de la deuxième partie de carrière du cinéaste, Jess Franco – la première étant marquée par L’Horrible Docteur Orlof, ce grand classique de l’épouvante gothique.

Il est difficile de juger un film de Jess Franco tant le mauvais goût, l’approximation dans la direction d’acteur, les faiblesses scénaristiques, etc. côtoient l’oeuvre d’art expérimentale pure. Jazzmen à ses heures, Franco pratique le cinéma comme le jazz, improvisant autour d’une structure souvent identique et créant des variations parfois bonnes, parfois mauvaises. On retrouve cela dans Vampyros, dont il faut insister sur l’exceptionnelle bande-son justement, mêlant jazz, funk et easy listening, devenue au moins aussi culte que le film lui-même.

La structure scénaristique est celle bien connue de Dracula mais avec des variations : les montagnes obscures de la Transylvanie sont remplacées par le soleil de la Turquie, le château par une villa, les araignées par des papillons et la possession mentale et physique s’effectue cette fois-ci entre deux femmes.

L’héroïne du film, sous hypnose permanente devenant l’esclave à la fois émotionnelle et sexuelle d’une comtesse vampire. Onirique d’un bout à l’autre, Vampyros nous gratifie de plusieurs scènes à l’érotisme lascif dans lesquelles la beauté de l’actrice est sublimée par le travail plastique incroyable tant au niveau des couleurs (éclairages rougeoyants pour les scènes érotiques et aquarelle pour les scènes extérieures) que des costumes délicieusement psychédéliques et de la décoration étrange comme ce plafond de laine rouge qui évoque les films de Dario Argento.

Cette structure issue du jazz se retrouve encore dans l’utilisation de motifs récurrents et symboliques comme ce plan de scorpion qu’on identifie comme une métaphore de la comtesse vampire et dans la façon-même de raconter, non-linéaire, sans faire de distinction nette entre rêve et réalité.

Le film comporte toutefois quelques longueurs… Mauvaise série B? Vampyros l’est assurément mais chef-d’oeuvre expérimental aussi. Dans une sublimation de la figure romantique du vampire comme passeur vers un autre monde, le film donne – à qui veut faire l’effort de passer outre son caractère de mauvais divertissement – une plongée dans un univers déconstruit, complètement lyrique, qui n’est pas sans rappeler en outre celui de David Lynch par le thème récurrent du simulacre.

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Cinéphile farouche, monteur et vidéaste pittoresque

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