Vania! – Rideau de Bruxelles

Vania ! est une pièce terriblement cruelle et tragique. La nouvelle traduction du texte russe proposée par Natasha Belova et Christophe Sermet adopte un ton direct, évident, sans fioriture, qui met d’autant plus en évidence tout le désarroi et la frustration des personnages de Tchekhov. En célébrant toute la rugosité, l’âpreté et l’universalité d’un propos sans âge, Sermet dirige ses acteurs avec justesse et doigté, dans un équilibre parfait entre comédie et drame.

Vania 3

Le professeur Serebriakov (Pietro Pizzuti), chercheur longtemps encensé mais aujourd’hui remis en cause, est de retour au domaine familial, accompagné de sa jeune femme Elena (Sarah Messens). C’est au fond de la campagne russe qu’ils retrouvent Sonia (Sarah Lefèvre), fille d’une première couche et Ivan Petrovitch Voïnitzki (Philippe Jeusette), le fameux Oncle Vania, qui ont travaillé d’arrache-pied, ces dernières années, pour faire vivre le domaine et subvenir aux besoins du professeur, lui permettant d’accomplir son œuvre. Maria Vassilievna Voïnitzika (Anny Czupper), mère de la première femme du professeur, Ilia Ilitch Téléguine (Philippe Vauchel), propriétaire terrien ruiné, Fégor le valet de ferme (Francesco Italiano) et Mikhaïl Lvovitch Astrov (Yannick Renier), médecin de campagne, complètent le tableau.

Vania 2

Dans la lourdeur et la pesanteur de la campagne, l’arrivée du professeur va bouleverser l’organisation bien huilée de la maison, et réveiller les vieilles rancœurs et crispations. Par une analyse fine et une description minutieuse, Tchekhov s’attache à ausculter les désirs enlisés de chacun de ces 8 personnages, les laissant évoluer en vase clos jusqu’à l’explosion.

La mise en scène vivante, enivrante, spontanée épouse cette approche naturaliste : les personnages évoluent en parallèle, de manière chorale. Tous ont la même importance et participent à la prise de conscience de la singularité de l’individu, au besoin de sentir, vibrer, aimer, être au monde, pour autre chose que procréer, travailler, produire. Pris au piège par les saisons qui passent, par l’avancée de la grosse trotteuse de l’horloge qui tourne avec le comptoir, par l’ennui, chacun va se laisser inexorablement gagner par ses angoisses. La rancœur, le dégoût, le cloisonnement, feront bien vite place à la fureur, puis à la violence, un peu ridicule et désespérée.

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Faire face à sa vie, à ses choix, à ses échecs et ses erreurs. Voilà tout le sel de la pièce de Tchekhov. Elle est brillamment portée par un jeu d’acteur flamboyant : Philippe Jeusette (que nous avions déjà acclamé dans J’habitais une petite maison sans grâce et j’aimais le boudin) est magistral de rancœur, de jalousie, de turpitude, tandis que la voix cassée et grave de Sarah Messens exprime avec talent toute la langueur, l’ennui, la lassitude de la jeune Elena. Dans un ensemble cohérent et énergique, les prestations de Sarah Lefèvre et Yannick Renier ne sont pas en reste.

Réussite incontestable, le Vania ! de Sermet laisse en bouche le goût amer du questionnement sur la finalité de nos existences. Délicieux !

Vania !

Du 04 au 22/11/2014 au Rideau de Bruxelles

Auteur : Anton Tchekhov

Texte français : Natasha Belova & Christophe Sermet

Mise en scène : Christophe Sermet

Scénographie et Lumières : Simon Siegmann

Avec : Anny Czupper, Fancesco Italian, Philippe Jeusette, Sarha Lefevre, Sarah Messens, Pietro Pizzuti, Yannick Renier, Philippe Vauchel

Tarif : de 10€ à 15€

Durée : 1h55

Plus d’infos sur le  Rideau de Bruxelles

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Curieuse, spontanée, enthousiaste et exigeante, j'aime aller au théâtre et j'aime raconter ce que j'y vois, que j'ai aimé ou pas!

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