La Vestale de Spontini à la Monnaie

La nouvelle coproduction de la Monnaie et du Théâtre des Champs-Elysées n’est autre que Vestale de Gaspare Spontini. Notez que l’opéra se jouera à nouveau au Cirque royal puisque La Monnaie est toujours en travaux. Il y a six représentations entre le mardi 13 et jeudi 25 octobre pour cette Vestale mise en scène par Éric Lacascade qui traite d’un thème actuel : « Plus que la passion amoureuse, l’enjeu de l’opéra est la libération d’une femme qui s’affranchit du pouvoir religieux. »

L’histoire qui se situe dans la Rome antique nous raconte l’histoire de « Julia qui a été consacrée vierge vestale par son père ambitieux: elle a fait le vœu de chasteté éternelle et doit entretenir le feu sacré de Vesta. Au retour de Licinius, un général romain victorieux, Julia est choisie pour récompenser le héros. Au cours de la cérémonie, l’étincelle se ravive entre les deux jeunes gens, laissant place la nuit suivante à une grande scène d’amour, au cours de laquelle le feu de Vesta s’éteint. Julia est alors condamnée à mort par le Souverain Pontife. Le conflit qui s’ensuit entre les diverses parties est soudain résolu par un éclair qui rallume la flamme – un deus ex machina augurant d’une fin heureuse: le mariage de Julia et Licinius devant l’autel de Vénus. »

L’opéra Vestale a connu son heure de gloire sous l’ère napoléonienne. Sa première à l’opéra le mardi 15 décembre 1807 fut un succès par la capacité à incarner l’esprit de l’Empire. Sa force fut d’arriver à créer la synthèse entre monarchie et république, entre Ancien régime et Révolution, que Napoléon Ier cherchait à réaliser. Spontini savait que son oeuvre serait influente et ses partitions ont marqué l’époque.

La-Monnaie-Entretien-Alexandra-Deshorties

Le rôle de Julia, qui oscille entre des passages lyriques et des tours de force dramatiques et expressifs, est interprété par Alexandra Deshorties. Cette dernière explique dans son interview avec Pieter Baert qu’après les rôles mozartiens plus légers qu’elle avait chantés au début de sa carrière, elle voulait explorer ses limites et découvrir si son instrument complexe pouvait également être mis en valeur dans le répertoire dramatique. Cette dernière décrit ce rôle comme très exigeant, autant sur le plan vocal que sur le plan théâtral, et c’est ce qui le rend périlleux. Il exige une endurance extraordinaire, proche de celle des grandes voix wagnériennes. Cette dernière conclut en posant que c’est à la chanteuse de connaître et de respecter sa voix et les limites de celle-ci.

Cette production de La Vestale, entièrement en français, marque un retour à un opéra plus sobre et dépouillé après le plus inventif, décontracté et coloré Elisir d’amore. Les costumes renforcent encore la tragédie qui se joue devant nos yeux. Les hommes portent de longs manteaux noirs tandis que les vestales portent des robes blanches sans signe distinctif. Julia est perdue dans la foule de celles-ci au début du spectacle pour s’en échapper à quelques reprises. Deux longs bancs en bois serviront aux différentes festivités des hommes, tandis que les vestales s’occuperont des offrandes de fleurs suivant un rituel précis, chronologique et bien étudié. Les flammes sacrées qui jaillissent d’une vasque au centre de la scène redonnent des couleurs à Julia et au spectacle même si celle-ci se serait certainement bien passée du destin auquel ses détracteurs l’ont vouée. C’est durant cette partie que le rythme est le plus soutenu, avec la traque de Julia mais surtout l’intervention du chef religieux dont chacune des apparitions est remarquée et appréciée. Après l’entracte, il reste la dernière ligne droite sans temps mort avant le dénouement final. Celui-ci reste fidèle à  la trame originale et tout le monde peut pousser un ouf de soulagement, le sort de Julia en est jeté et le mal a encore été vaincu.

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La Vestale
Représentations les 13, 15, 17, 20, 22 & 25 octobre à La Monnaie

Direction musicale: Alessandro De Marchi
Mise en scène: Éric Lacascade
Avec: Yann Beuron, Julien Dran, Jean Teitgen, Alexandra Deshorties, Sylvie Brunet-Grupposo, accompagnés de l’Orchestre symphonique et des chœurs de la Monnaie

Plus d’informations sur le site de La Monnaie

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