Vie Sauvage, fougueux, beau et cruel

Après l’excellent Roberto Succo en 2001, l’actualité est une nouvelle fois la muse de Cédric Kahn, puisque Vie Sauvage s’inspire très étroitement de l’incroyable cavale d’un père et de ses deux fils au travers du Vaucluse, du Gard et de l’Ariège. Recherchés par toutes les polices de France, Xavier Fortin et ses deux enfants vont demeurer en clandestinité durant 11 ans (jusqu’en 2008), vivant de troc, d’élevages bio et solidarité communautaire.

Suite un congé parental, Philippe Fournier (Matthieu Kassovitz), dit Paco, décide de ne pas ramener ses fils, Okyesa et Tsali à leur mère (Céline Sallette) qui en a la garde. Repérés rapidement par la police, Paco et ses fils font le choix d’une vie de clandestinité radicale. Une vie en communion avec la nature, hors système… une vie sauvage.

C’est avec l’accord de tous les protagonistes de l’affaire que Cédric Kahn s’est lancé dans l’aventure de ce film au sujet d’autant plus sensible qu’au moment de sortir le film, toutes les plaies de l’affaire ne sont pas encore complètement refermées. Après la lecture des deux livres-témoignages (celui des enfants et celui de la mère), Cédric Kahn, a écrit un scénario qu’il voulait neutre, sans prise de parti. En prenant le point de vue des enfants, ce drame familial penche résolument du côté du père. Dans un premier temps seulement, parce qu’avec l’adolescence des enfants et l’affaiblissement de l’image d’un père dont ils s’affranchissent, Cédric Kahn rééquilibre intelligemment la balance en faveur de la mère, soulignant le peu de libre arbitre dont disposent des enfants de moins de dix ans.

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A l’extrême violence de la séparation d’un couple qui se déchire sur la garde de leurs enfants succède la beauté brute de la vie en pleine nature. Organique et viscéral dès que la nature s’impose comme un personnage du film, Vie Sauvage n’est pourtant pas une ode à la nature. Si la notion du jardin d’Éden effleure le propos du réalisateur, il évite le piège en substituant au récit naturaliste la difficulté de vivre en marge du système.

L’image bucolique se craquelle, le récit glissant du merveilleux au tragique. La fiction romantique que le père imagine pour ses fils dans laquelle ils sont des indiens à la fois fugitifs et rebelles ne résiste pas aux contingences de la clandestinité.

Le choix de Matthieu Kassovitz pour le rôle du père est d’une incroyable évidence, tant l’acteur semble être habité par le personnage du père, et proche « à la ville » de ses convictions anti-système. Définitivement en marge de l’industrie cinématographique française, Matthieu « j’emmerde le cinéma français » Kassovitz a ce charisme naturel et cette détermination radicale qui caractérise le personnage de Paco.
Autour de ce père, Cédric Kahn a réuni un casting d’enfants qui se devait d’être à la hauteur. Outre la ressemblance physique troublante entre les acteurs incarnant les enfants jeunes et adolescents et une similitude de tempérament, les quatre jeunes acteurs composent à l’ombre du « monument » Kassovitz une partition d’une touchante sincérité, estompant à l’adolescence la présence d’un père dont la figure se fissure à l’image de l’utopie d’une vie sauvage.

Céline Sallette complète le casting, endossant le rôle complexe et délicat d’une mère abandonnée par ses propres enfants. C’est sans aucun doute le rôle le plus tragique, et Céline Sallette confère à cette mère désespérée un instinct lupin et une belle sensibilité.

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A la fois lyrique et cruel, Vie Sauvage, admirablement porté par ses acteurs, est une belle réussite de Cédric Kahn qui dépeint avec justesse cette utopie familiale qui se fracasse sur les réalités de l’existence. Un film qui vaut assurément le détour par les salles obscures.

Sortie le 29 octobre.

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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