Viktor Coup?K: du rap, du rock, musique éthique et esthétique du choc

Mesdames Messieurs, nous allons traverser une zone de turbulences musico-mentales, attachez vos ceintures ou détachez-les, mais ne vous étonnez pas si vous vous retrouvez sens dessus dessous. « Passion, rage, dégoût du monde, amour d’humain, passer l’relais, n’être qu’une main. » La couleur est annoncée dès les premières secondes de l’EP de Viktor Coup?K gentiment intitulé Crée ou Crève! à paraître le 28 avril prochain. Cette seule citation résume bien l’essence de sa musique.

Culture Remains est allé tâter la rage de vivre qui anime cet artiste atypique. Viktor Coup?K  fait ses débuts dans le rap il y a plus d’une quinzaine d’années et sévit joyeusement au sein du groupe Kalash, avec lequel il sillonne les routes de France et sort deux albums: un éponyme, suivi de la Valse des Invisibles.
Mais notre personnage au nom biscornu est accro à la liberté. Sa créativité dépasse de loin les frontières du rap dont il porte l’étendard pendant toutes ces années. Alors il décide de prendre son envol vers d’autres horizons. Et pourquoi pas celui du rock. Virage à 180°? Nuançons. Le rock, c’est avant tout un état d’esprit, qu’avait déjà Viktor Coup?K quand il rappait. La valse des invisibles, sorti fin 2012 fut pour lui la fin d’une aventure et le début d’une nouvelle: celle de sa carrière solo.

Crée ou crève! est le fruit de son année passée en tant que résident chez Mains d’Oeuvres à Saint-Ouen, un espace artistique de 1000 m2 qui, comme le dit notre artiste dans cette fort amusante vidéo de présentation, « sent l’indus’, la musique alternative, ça sent les nouveaux moyens de produire et de créer. » Il a pu profiter de ce lieu exceptionnel un an et demi durant. Pour lui qui voulait « rencontrer des musiciens dans le punk et le post-punk », on ne pouvait pas rêver mieux.

Comment s’est opéré ce basculement entre le rap et le rock? « Ce n’est pas un passage net du rap au rock, mais le fait d’écouter autre chose que du rap. Car qui dit rap, dit sample donc dit écouter de la musique. Ca a commencé par la black music; soul, jazz, puis funk », remarque Viktor.
Vers 2005-2006, Viktor Coup?K tombe dans la potion magique du rock et n’en est pas ressorti depuis. Ca a commencé à le gratter sérieusement. « J’aimais bien ces ambiances jazzys avec Kalash, mais au fond de moi je ne me sentais pas dans cette énergie-là. J’étais plus dans l’ambiance de Ol’Dirty Bastard ou R-Za du Wu-Tang qui à mes yeux, même s’ils font du rap, ont l’esprit punk. » note-t-il. C’est alors que fin 2012, après une quinzaine d’années de péripéties avec son groupe, celui-ci prenant des airs de vieux couple, Viktor prend son envol en solo.

Puis, celui qui nous déclare « faire la pute » en se mettant à poil pour nous faire décoller pénètre un beau jour dans l’étrange univers du post-punk, ce moment où les machines débarquèrent dans le punk, ajoutant dissonances, sons électros et rythmes industriels à ses guitares saturées.
D’ailleurs, côté guitare, le moins que l’on puisse dire c’est que Viktor Coup?K s’est bien entouré, puisque Yan Péchin, le guitariste des trois derniers albums d’Alain Bashung (entre autres) a collaboré à la création de Crée ou crève!

crédit *H
L’univers visuel de *H accompagne Viktor Coup?K

Lui et les autres musiciens croisant la route de Viktor doivent de préférence éviter d’avoir un trop gros ego. Car sa musique, il la fait un peu comme il ferait un collage; autrement dit, il fait de la musique façon Lego: il emboîte, déboîte, empile, détruit et reconstruit tout comme un joyeux puzzle interchangeable à volonté. « Je dis toujours aux musiciens qui acceptent de travailler avec moi qu’il y a peu de chances pour qu’ils retrouvent ce qu’ils ont fait au départ, je sais que ça peut être difficile pour eux », sourit l’artiste.

Direct du producteur au consommateur

Vous l’aurez compris, Viktor Coup?K est un rebelle. Il a accroché avec l’écriture à l’adolescence, attiré par la révolte, le refus de l’ordre établi et d’accepter les choses telles qu’elles sont: « les personnes qui m’écoutent peuvent en penser ce qu’elles veulent, tout ce que j’espère, c’est leur donner envie de se révolter. Même si je ne parle pas très bien l’anglais, j’écoute beaucoup de musique anglo-saxonne: pour moi l’émotion est très importante dans la musique », déclare-t-il.

Il n’est pas tout neuf et s’est bien frotté au monde de l’industrie musicale. Alors il a inventé un système éthique pour partager son oeuvre. Le principe? Balancer un refrain sur Facebook, et dire que les « dix premiers clampins » qui mettront un « j’aime » se verront dédier la chanson relative au dit refrain. Généreuse idée! Pour les titres suivants, il fallait que les clampins soient 50, puis 100, etc. Le résultat? L’EP que vous allez courir vous acheter dès qu’il sera sorti chez tous les bons disquaires. Concept détaillé avec humour ici:

Ce concept a permis à son créateur d’avoir des retours directs de la part de son public pendant qu’il œuvrait. Votre serviteur qui fut de la partie des clampins a ainsi pu observer l’évolution de l’un de ses titres dont la maquette initialement reçue n’a plus rien à voir avec la version finale enregistrée. Viktor Coup?K compte prolonger et développer cette démarche tant qu’il aura l’énergie d’écrire. Il a mis en place un  système de dons permettant de donner 1 € ou plus pour une chanson. Crée ou crève! est donc auto-produit, édité chez Because (label de Manu Chao, Catherine Ringer,…) et distribué par Musicast.

Cet EP conviendra bien à ceux qui voient les choses en nuances, ceux qui aiment le mélange des frontières et des genres ou le principe du Yin et du Yang. Viktor Coup?K aime quand « les mots rissolent » et met toute son énergie pour le faire savoir. La chanson N‘être qu’une main ouvrant l’opus définit bien le personnage, un « vénèr fort rêveur ». Viktor avec un k pour l’amour des Russes et de la vodka manie très bien la plume et les tirades corrosives et exaltées: « à défaut de frapper, rapper ça fait mal ». Le mot « confluence » lui irait bien, lui qui se joue des frontières en faisant l’audacieux pari de mélanger rock et rap alors que les clichés pourraient les comparer à l’eau et l’huile: deux substances impossibles à mélanger.

Tu n’auras jamais de frisson qu’à l’orée du sacrifice, pas un seul ambitieux ne touche le ciel sans cicatrice.

Au risque d’en gêner certains, votre serviteur va même jusqu’à dire que le titre « Y a pas d’mal » est un hymne à l’impermanence, l’un des piliers du bouddhisme!

On dansera à poil sur la tombe des regrets on mettra les voiles (…) dans nos pauvres existences de matelots y a des vagues, y a pas d’mal (…) Y a des joies des tortures y a des voix qui t’appellent quand plus rien n’te rassure; y a des voix qui torturent y a des choix qui t’appellent et rien qui n’te rassure.

Quel poète! Le tout asséné avec ce que l’on pourrait prendre pour des bidons de pétrole frappés régulièrement et habillé  de guitares dissonantes voire inquiétantes. Le rythme et les paroles de la musique de Viktor Coup?K sont ceux d’un guerrier: percutants et vrais. Frappants et parfois dérangeants. Comme quelqu’un qui viendrait tout à coup vous taper dans l’épaule et vous secouer comme un prunier en vous demandant en gueulant si vous êtes bien vivant! La vie est un combat, à nous de choisir comment nous le menons.

Viktor Coup?K, autant dans ses mots que dans son style musical, aime brouiller les pistes. Ses paroles et ses mélodies ont toutes plusieurs niveaux de lecture. Il refuse de définir un message précis pour ses chansons, préférant que chacun l’interprète comme bon lui semble. Il botte les esprits des gens en somme, et parfois un bon coup de pied au cul, ça fait pas d’mal!

Lorsqu’il a su que Culture Remains était belge, il a spontanément révélé son amour pour le plat pays, et déclaré rêver de faire un jour une résidence comme il l’a fait avec Mains d’Oeuvres au pays magique de l’un de ses films cultes: C’est arrivé près de chez vous. Avis aux amateurs! Et coup de chapeau à  H*, graphiste et talentueux photographe qui met en images les délires enragés mais bien sensés de ce pirate verbal qu’est Viktor Coup?K. Souhaitons lui tout le succès endiablé qu’il mérite!

Plus d’infos sur son site et sur sa page Facebook

Le clip de l’inventaire de l’invécu

crédit *H

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J'ai commencé par faire semblant de savoir lire tant j'étais attirée par les mots. A 13 ans je me suis lancée dans l'écriture de poèmes. Plus de 20 ans plus tard, je reste accrochée aux rimes et aux mots sous toutes leurs formes.

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