Voyage au bout de la nuit – Théâtre des Martyrs

La tentation est toujours très grande de transposer au théâtre des œuvres qui ne sont pas initialement conçues pour la scène. La fascination culturelle pour une œuvre est parfois un aveuglement ou, dans le meilleur des cas, une bénédiction. Rares sont ceux qui arrivent à s’approprier un texte aussi fort que le Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline. C’est au Théâtre des Martyrs que se joue une nouvelle fois ce chef-d’oeuvre de la littérature française.

« Je ne suis pas un homme de théâtre, peut-être que mes dialogues les feront marrer… En tout cas, il y a une technique spéciale, des trucs, un certain nœud qui m’échappe… » (Céline, dans L’intransigeant, 1er juillet 1933)

Ils sont peu nombreux, les gens de théâtre à avoir porté sur scène L’église de Céline. Écrite en 1926, cette pièce de théâtre qui est aussi la première aventure de Bardamu, héros célinien du Voyage, comporte pourtant toutes les obsessions de son auteur, y compris son antisémitisme, gommé dans le roman.

Comme l’écrit Céline dans L’église, « Bardamu est un garçon sans importance collective. C’est tout juste un individu ». C’est, je pense, cette individualité que le Théâtre des Martyrs nous invite à voir du 12 au 17 mars dans sa grande salle.

Avant toute chose, il est important d’être vierge de tout préjugé pour pouvoir jouir de la proposition et du travail des comédiens et du metteur en scène. Après Denis Lavant (Faire danser les alligators sur la flûte de Pan, Molière 2015 du seul en scène), Lucchini (Voyage au bout de la nuit en 1988, etc.) ou Stanislas De La Tousche (Derniers entretiens, 2018), il serait tentant de faire des comparaisons qui n’ont pourtant pas lieu d’être. Chaque univers a sa propre incarnation.

Chapeau melon vissé sur la tête, costume trois pièces, cigarette roulée au coin des lèvres, Hélène Firla fait surgir la voix de Bardamu qui à vingt ans « n’avait plus que du passé ». Elle cisèle cette sublime logorrhée et nous entraîne au coeur de la violence des tranchées convoquant tous les sens : la vue, l’ouïe et l’odorat avec le tabac qu’elle roule et fume. (Extrait du dossier de presse du TDM)

Le teaser nous en donne un aperçu : Hélène Firla, habillée comme un dessin de Jacques Tardi, semble être une évidence dans le rôle de Bardamu. Depuis le théâtre élisabéthain, il est commun de voir des hommes incarner des rôles de femmes et inversement. Notons d’ailleurs que Peter Pan a toujours été interprété par une femme à Broadway.

 

Rien que pour sa langue puissante et foisonnante, Céline vaut toujours la peine d’être redécouvert !

 

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT de Louis-Ferdinand Céline

Au Théâtre des Martyrs (grande salle) du 12 au 17 mars.

mardi 12 mars à 19h (bord de scène après la représentation)

mercredi 13, jeudi 14 et vendredi 15 mars à 20h15

samedi 16 mars à 19h

dimanche 17 mars à 15h

JEU : Hélène Firla

MISE EN SCÈNE : Philippe Sireuil

PRODUCTION : Compagnie For (Ferney-Voltaire)/La Servante

COPRODUCTION : Comédie de Genève/L’Askéné (Lausanne)

(Article co-écrit avec Stefan Thibeau)

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