Voyager à vélo – Interview de Pierre Merremans

Voyager à travers le monde, tout le monde en rêve. Mais parfois, il n’est pas nécessaire de faire le tour du monde pour être dépaysé, changer de moyen de transport suffit ! Entretien avec Pierre qui a fait l’Angleterre en vélo cet été et qui compte bien continuer à utiliser ce moyen de transport pour ses prochaines vacances !

Peux-tu nous dire rapidement quel itinéraire tu as suivi et dans quelles villes tu t’es arrêté ?

Je suis parti de la Panne jusque Dunkerque où j’ai pris le ferry jusque Dover et ses célèbres falaises blanches qui mettent tout de suite dans l’ambiance !

De là, j’ai longé la côte vers l’Ouest en profitant, quand le balisage n’était pas trop pourri, du réseau de piste cyclable national (Sustrans). Je suis donc passé par Hastings, Eastbourne – entre lesquelles j’ai campé – puis je suis resté deux jours à Brighton pour profiter de son célèbre Pier reconstitué, des Fish & Chips et boutiques vintages ! De là, j’ai décidé de prendre le train jusque Reading car la côte est plutôt lassante à la longue. De Reading, je suis parti vers Bristol en roulant le long du canal Kennet & Avon pendant deux jours. C’était bien entendu pittoresque, tout en péniches, écluses, peupliers et pluie fine intermittente à l’anglaise, avec arrêt toutes les dix minutes pour enfiler le K-Way puis le retirer !

Je n’ai fait que traverser Bristol – dommage, c’est quand même la ville de Banksy et de bon nombre de formidables groupes pop-rock-electro -, pressé que j’étais de gagner le Pays de Galles via le très spectaculaire Severn Bridge. J’ai hésité à rouler jusque Cardiff pour y voir jouer Echo & The Bunnymen, mais comme j’avais plutôt envie de belles marches dans la nature, je me suis dirigé, passé Newport, plein Nord vers le parc Brecon Beacons. Je me suis arrêté dans un camping officiel (pour changer) à Langenny, pour quelques jours à faire de belles marches en boucle, puis re-camping plus loin à Trecastle (à quelques kilomètres seulement, il y avait de splendides crêtes rocheuses avec vue imprenable sur lacs cristallins, comme on dirait dans une brochure d’agence).

Après ce parc, je suis monté vers l’autre grosse attraction du Pays de Galles : le Snowdonia National Park. J’ai traversé Llanfihangel-y-Creuddyn, Aberystwith et d’autres patelins aux noms imprononçables ! Quelques descentes à tombeau ouvert et (hélas) montées interminables plus tard, j’ai campé non loin du point culminant du Pays de Galles (le mont Snowdon, donc) que je suis parti grimper au petit matin par ciel bleu, avant d’arriver au sommet dans une bruine et purée de pois qui m’ont valu de devoir attendre deux jours pour que les vêtements de ce jour-là redeviennent secs. De Snowdonia, j’ai longé la côté jusque Chester, qui m’a fait penser à Orléans ou à Namur, avec son piétonnier et ses vieilles murailles. J’ai ensuite pris le train jusque Huddersfield avec l’intention de redescendre dans le Derby par le Peak District National Park, pour travailler/assister au festival de rock Indietracks. Après le festival, j’ai passé quelques jours à Nottingham puis ai repris le train jusque Dover via Londres.

Comment as-tu décidé de la destination ?

J’étais à la base parti sur l’idée de consacrer l’été à suivre la piste Great Divide qui relie l’Alberta au Colorado, mais avec un déménagement tombant fin juin et un boulot à retrouver avant septembre, j’ai préféré ne pas être dépendant d’un ticket à date fixe et j’ai donc opté pour jun pays plus proche. De plus, je venais de découvrir l’existence du festival Indietracks dans le comté de Derby, et j’ai aussitôt postulé pour aller y travailler comme steward/régisseur (ce qui est le métier pour lequel j’étudie en ce moment). Savoir que je n’avais pas de billet d’avion à prendre, qu’il ne faudrait pas démonter le vélo puis l’emballer et le remonter ensuite, juste me présenté à l’embarquement d’un ferry sans rien réserver, c’était très reposant ! De même, je n’avais aucune contrainte pour le retour à date fixe, ce qui était parfait en cas d’entretien d’embauche ou visite d’appartement impromptue ! Enfin, même si la plupart des gens disent beaucoup de mal de la nourriture en Angleterre, elle ne m’a pour ma part jamais rebuté. Peut-être est-ce d’avoir vécu un temps en Australie, mais j’ai toujours adoré ce qu’on sert dans les pubs et dans les pâtisseries !

Et de tes étapes ?

Lors de mon premier voyage en Angleterre, nous avions poussé jusqu’au Pays de Galles mais je n’ai plus aucun souvenir de cette escapade si ce n’est les plages de galets tellement caractéristiques. J’avais donc envie de redécouvrir l’endroit à mon rythme, et surtout de ne pas pédaler tout du long mais de m’aménager des pauses randonnées pour profiter de beaux sites trop escarpés pour le vélo. C’est important de faire travailler d’autres muscles, de varier les plaisirs ! Comme je disais, un trip pareil n’est jamais figé : on rencontre toujours l’une ou l’autre personne qui nous conseille tel lieu, telle route, et on peut très bien décider de rester trois jours dans une ville après y avoir sympathisé avec des locaux, alors qu’elle nous aurait paru insignifiante en d’autres circonstances, ou partir dans une direction complètement différente pour fuir le mauvais temps. Ce fut d’ailleurs le cas puisqu’après Indietracks je mourrais d’envie de poursuivre jusqu’en Écosse, mais le temps n’était pas prometteur et j’avais l’esprit trop occupé par la recherche d’un job et d’un appartement !

Était-ce la première fois que tu voyageais en vélo ?

Non, l’envie m’a pris pour la première fois en 2009 alors qu’il me restait quatre mois de visa en Australie. Sans trop y réfléchir, comme je n’avais plus trop envie de rester à Melbourne (ville de rêve, pourtant) ni d’aller explorer la côte Est et ses meutes de touristes braillards, j’ai pris l’avion pour Perth sur la côte Ouest, y suis resté deux jours le temps d’acheter un bon vélo, des sacoches, une tente, de l’anti-moustiques et un réchaud, puis j’ai longé la côte jusqu’à la ville d’Esperance, suis remonté dans le désert pour ensuite revenir en stop à Perth, et de là prendre le bus pour rejoindre un couple d’amis avec qui nous avons roulé les 600 kilomètres de bush de la Gibb River Road. Une expérience fantastique, sans le moindre pépin mécanique, avec les incroyables couleurs du désert, les serpents, crocodiles, la voûte céleste, les personnages improbables … Un an après mon retour, je suis parti de Bruxelles jusqu’en Bretagne et Vendée pour le plaisir d’y revoir le couple d’amis en question et une fille sympa croisée dans une autre auberge. Enfin, en 2013, je suis parti de Bruxelles jusqu’en Vendée à nouveau (en roulant le long de la Loire), puis je suis descendu visiter une amie à Bordeau, ma cousine près de Toulouse, un ami Australien en visite dans les Pyrénées, puis un peu de chemin de Compostelle, Madrid, Cordoba, Grenade, et Murcia pour y retrouver une vieille amie/coloc !

Comment as-tu décidé de partir en vélo ? Est-ce que ton voyage s’est passé comme prévu ?

Le vélo, c’est l’indépendance assurée et c’est bon marché ! Sans compter qu’avec la vie que je mène, je n’ai hélas pas beaucoup l’occasion de me dérouiller les muscles durant l’année… Bien entendu, ce genre de voyage ne se passe jamais comme prévu, et je n’ai par exemple pas été épargné par les problèmes mécaniques, en particulier les crevaisons du pneu arrière (jusque 7 par jour !) Mais il y a toujours à proximité des gens serviables qui ne demandent qu’à aider et conseiller (d’anciens baroudeurs, la plupart du temps) et toujours également un magasin de vélo non loin, donc il n’y a jamais eu lieu de vraiment s’inquiéter.

Quel est ton meilleur souvenir ?

Alors que je cherchais ma route dans je ne sais plus quelle ville au Pays de Galles, un couple âgé m’a proposé de venir consulter des cartes chez eux et d’en profiter pour savourer un bon gros breakfast bien gras. Deux heures plus tard, je repartais avec dans la poche l’adresse d’amis à 120 kilomètres de là, lesquels proposaient de m’offrir gîte et couvert. J’avais déjà roulé trente kilomètres et commençais à sentir dans les jambes les efforts des jours précédents, mais je n’en ai pas moins avalé la distance en un temps record, grisé par la perspective d’une douche chaude, d’un bon repas et d’un lit pour ce soir-là. La route était incroyable, pour ne rien gâcher : pas la moindre voiture, des moutons partout, des descentes vertigineuses (dont une pente à 40%) et l’impression d’arriver au bout du monde, dans un bled de 8 habitants dont mes hôtes, des gens formidables qui m’ont préparé un festin dégusté tout en écoutant des albums de Bowie. Ça n’a sans doute pas l’air exceptionnel vu comme ça, mais après des journées de vélo et de camping, il n’y a rien de plus délectable ! Le festival Indietracks était également de premier ordre : superbe programmation, chouette ambiance entre bénévoles, et un décor inhabituel (une ancienne gare) qui donnent une vraie personnalité à l’événement …

Et le pire ?

En dehors des crevaisons, il n’y a pas eu de mauvaises expériences sur ce voyage. L’état d’esprit était juste trop bon pour que les éventuels downsides ne soient pris comme des drames … Je me souviens par exemple avoir un peu stressé en suivant la côte Nord du Pays de Galles, parce que c’était un décor horrible tout en caravan parks, casinos et surplus de barakis au mètre carré, beaucoup de trafic avec des fous furieux qui klaxonnaient sans arrêt et écoutaient de la techno pourrie à fond la caisse, aucun endroit où poser la tente et la nuit qui tombait. J’ai fini par arriver dans la ville de Rhyl où toutes les auberges et guesthouses bon marché étaient complètes sauf la dernière où j’ai sonné, un coup de chance pas croyable. Ce soir-là, je suis sorti me promener sur la digue et c’était horrible mais drôle à la fois, ces luna parks et fast foods à perte de vue, ces familles d’Anglais adipeux habillés avec tout le meilleur mauvais goût du monde. Dans d’autres circonstances, ça aurait été la déprime assurée !

Que conseillerais-tu a ceux qui voudraient se lancer dans le voyage alternatif et voyager à vélo, par exemple ?

Voyager le plus léger possible léger, évidemment. Juste quelques sous-vêtements, tee-shirt, un pantalon long, un short, un peu de lessive liquide et on est tranquille pour longtemps ! Sans oublier tout de même un sac de couchage adapté aux températures nocturnes de l’endroit choisi, de même qu’un bonnet, éventuellement un caleçon long, bref de quoi ne pas grelotter la nuit, parce qu’il n’y a rien de pire ! Pour le reste et après avoir testé, je conseille d’emporter une batterie rechargeable sur secteur ou en usb pour pouvoir recharger lecteur mp3, appareil photo, gps, téléphone. Ça ne prend pas beaucoup de place, et ça évite de trimbaler plein de chargeurs …

Un GPS est vraiment un atout, surtout qu’on trouve aisément des cartes gratuites à télécharger. Bien sûr vous pouvez aussi utiliser votre smartphone, mais l’autonomie est clairement meilleure sur un appareil dédié (+/- un jour en utilisation constante) et ça ne dispense pas du plaisir de demander sa route aux locaux, donc que des avantages. – Être prêt à souffrir ! Du postérieur les premiers jours, des jambes le reste du temps, surtout si on se trouve dans un pays avec de forts dénivelés. Être un peu bricoleur aide, aussi, naturellement.

Si camping sauvage, il vaut mieux toujours essayer de trouver le propriétaire du champ/terrain qu’on occupe. Simple question de politesse – je n’ai jamais eu de refus, de toute manière – et ça évite d’éventuellement se faire déloger en pleine nuit ou d’être réveillé à 5 heures du mat’ par un tracteur menaçant en approche !

– Bien sûr, ne jamais voyager à court d’eau, de fruits ou de petites choses qui vous redonnent du boost ! En Angleterre et en France, heureusement il y a toujours de bonnes boulangeries à moins de trente kilomètres …

– Enfin, ne vous privez pas de discuter un maximum avec les locaux, de bons plans en émergent fatalement, si pas des repas et des hébergements ! Et si vous avez l’impression de profiter de la situation, dites-vous que vos interlocuteurs se « remboursent » en écoutant votre parcours, vos anecdotes, qu’ils voyagent par procuration. Et bien sûr, rien ne vous empêche de faire pareil pour d’autres voyageurs une fois de retour chez vous, via couchsurfing, warmshowers ou autres.

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