Voyager (et manger) en Turquie pendant le Ramadan

L’été dernier, nous avons passé quelques semaines en Turquie pendant le Ramadan. Un souvenir inoubliable alors qu’au départ, nous, petits Belges affamés (oui, d’accord, Français et Néerlandais, mais je voulais simplifier), nous nous demandions si nous allions tenir le coup.

Car oui, le pays est peut-être laïque, mais la très grande majorité de la population est de confession musulmane. Alors, en tant que touristes, faites preuve de bonnes manières et adaptez-vous (ou partez à une autre période si l’idée d’être discret au déjeuner vous est vraiment insupportable). Mais vous manqueriez plein de moments magnifiques, soyez prévenus.

Ceci est un article généraliste, qui ne prend pas en compte la situation politique turque actuelle, donc ne m’en veuillez pas s’il est orienté seulement gastronomie, mais pour le moment, l’écriture politique n’est pas (encore) dans mes veines.

Voila donc quelques conseils et suggestions pour en profiter un maximum, et vous verrez, ensuite vous ne voudrez revenir qu’à cette période-là.

Dans les grandes villes – Istanbul et Ankara : Là, c’est simple, tout fonctionne normalement. Les restos sont ouverts le midi, les gens boivent, mangent et fument dans la rue. Après, comme à Rome on fait comme les Romains, j’ai tendance à ne pas manger un simit (petit pain au sésame) dans la rue s’il n’y a personne autour de moi qui grignote. Vous pouvez, mais ça serait très mal élevé, gênant et tout simplement un poil sadique pour tous ceux autour qui ont les estomacs qui gargouillent.
Regardez comment se comportent les locaux et hop, calquez votre comportement sur eux.

Dans les transports : ça c’est le bon plan. N’étant pas experte en religion musulmane, je ne pourrai pas vous expliquer tous les tenants et aboutissants, mais le fait est que pendant le Ramadan, on a tout de même le droit de manger quand on voyage. Cela veut dire que même dans un petit bled, vous trouverez de quoi vous sustenter à la gare d’autobus, qui se transforme parfois en café du coin.

L’autre astuce pratique, surtout l’été quand il fait très chaud, consiste à relier deux villes que vous voulez visiter à l’heure du déjeuner. Les bus sont dix fois plus confortables que ce qui se fait chez nous, et prévoient pas mal d’arrêts dans des cantines de bord de route (lokantasi), parfaites pour manger une bonne assiette de légumes rôtis dont les Turcs ont le secret, ou acheter des pois chiches grillés pour un super snack. Et hop, vous avez fait d’une pierre deux coups.

Dans les petits villages : Le Ramadan, c’est une période de fête, de jeûne en journée certes, mais d’opulence en soirée. Vous ne trouverez peut-être pas de restaurant ou snack ouverts le midi, mais les supermarchés et les pâtisseries le seront, c’est certain.
Et avec le débit qu’il y a pendant ce mois, vous aurez non seulement la chance d’avoir des gâteaux hyper frais et croustillants, mais en plus de pouvoir goûter à des spécialités non (ou peu) vendues à d’autres périodes (bonjour güllaç!).

Ensuite, comme vous êtes un voyageur bien élevé, vous retournez dans votre petite chambre d’hôtel et faites votre casse-croûte discrètement.

En soirée : C’est magique. Tellement joyeux que moi, athée et gourmande devant l’éternel, j’aurais presque envie de me joindre à la foule et de jeûner pendant quelques semaines, juste pour le plaisir du repas du soir.

Pour faire simple, on a le droit de manger à la tombée de la nuit. Ce qui veut dire que 20 à 30 minutes avant la rupture du jeûne, les terrasses de restaurants et cafés sont pleines à craquer. Ne comptez pas trouver une table au dernier moment, faites comme les Turcs et arrivez tôt.

Vous pourrez en profiter pour regarder comment se passe la soirée. La table est déjà mise, l’iftar est déjà sur la table. Iftar ? Le repas du soir de Ramadan, qui commence avec quelques grosses dattes pour faire remonter son taux de sucre illico.
Plus l’échéance approche, plus on voit les grands verres se remplir d’eau et les cigarettes sortir de leur paquet.

Et soudain, boum, un énorme gong retentit et tout le monde se jette sur son verre d’eau. La prière du muezzin résonne et la fête commence. Ça bavasse, ça rigole, ça déguste de la soupe, des kebabs, des fruits secs, des puddings. La faim fait manger vite alors une demi-heure plus tard, ça y est, c’est terminé. Les restaurants se vident et les parcs se remplissent de gamins qui jouent, d’adultes qui discutent autour d’une tasse de thé et de deux touristes qui mangent des glaces.

Petit déjeuner : Comme on ne peut pas manger dès le lever du jour, il nous est arrivé d’entendre des groupes qui passent dans les rues une demi heure avant l’échéance, avec tambours, flûtes, casseroles et compagnie. Ils ont pour mission de réveiller les habitants pour qu’ils aient une chance de se faire un encas et de s’hydrater avant de démarrer une longue journée. Si vous n’êtes pas concernés, prévoyez des boules Quies. Car oui, c’est utile, jovial et sympathique, mais parfois, vous petits touristes avez envie de faire une nuit d’une traite.

Pour finir, ne manquez pas de déguster un Güllaç, un pudding lacté fait de milliers de feuilles de pâte hyper fines, dans une crème type muhallabieh (lait + maïzena ou autre fécule pour épaissir), et garni de fruits secs. Vous en trouvez parfois des versions aux cerises fraîches (cerise = vişne). C’est la spécialité du Ramadan, un vrai régal.

Réservez également pour un Iftar. Vous pouvez bien sûr manger un délicieux kebab dans un snack – j’ai un point faible pour l’adana piquant, avec un peu de yaourt bien frais à côté.

 Mais au moins une fois, faites-vous un resto avec ce menu de rupture du jeûne, qui comporte en général une soupe (çorba), des olives, des dattes, des abricots secs, du fromage, du riz, des grillades, de la kompot (eau cuite avec des fruits secs, sucré et rafraichissant), et des desserts.

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