La vraie vie, ou l’art de râler tout le temps

Qu’est-ce que la vraie vie ? Telle est la question que s’est posée Régis Duqué en écrivant sa nouvelle pièce, à l’affiche en ce moment au Rideau de Bruxelles. Est-ce de partager le bonheur en couple, ou d’être libre et sans attaches ? Est-ce de rester chez soi entouré d’êtres chers, ou de partir au bout du monde, où rien ni personne ne peut vous déranger, où vous êtes enfin maîtres de votre destin? Le spectacle mis en scène par Jérôme Nayer creuse ces oppositions à travers les relations que tissent les personnages, échoués dans un coin perdu d’Amérique Centrale et venus à la recherche d’authenticité. Usant volontiers de l’humour et de la farce, l’œuvre se révèle comique, légère en apparence, approchant pourtant des sujets existentiels.

Le cadre est idyllique : la forêt humide, le sable blanc, l’océan à perte de vue. Trois jours de route aventurière sont nécessaires pour atteindre ce petit bout de paradis à peine peuplé par quelques locaux habitant des huttes. Ici, on vit sans eau potable ni électricité, au rythme des saisons et de la lumière naturelle. Ah, l’air frais, le calme, le temps qui semble suspendu, n’est-ce pas merveilleux ? N’est-ce pas ça, la vraie vie ? Oui, le confort élémentaire, les moustiques et les fourmis rouges, l’absence de distractions, l’obscurité totale dès le coucher du soleil. C’est ça, la vraie vie. Ici, loin de la pression du monde « civilisé » où les gens courent partout et ne savent même plus ce qu’être heureux signifie. Ici, on est bien. Oui mais, est-ce vraiment tel qu’on le pense ? Regardons-nous la réalité en face, ou n’admirons-nous que le produit de notre imagination, de nos rêves, de nos envies profondes? Le voyage permet l’introspection sur soi, il permet de dévoiler ce que nous ne voyons pas lorsque nous sommes chez nous, aliénés par notre environnement. Mais n’est-ce pas également une forme de fuite continuelle, une manière d’éviter d’affronter ses démons ?

Ces interrogations hantent sans cesse ces personnages un peu clichés, archétypes de ceux que vous pourriez rencontrer sur votre route de voyage, où que vous alliez. Le texte est intelligent et bien construit, tout en légèreté. Les acteurs incarnent leurs rôles avec tendresse, humour et dynamisme, déclenchant l’hilarité des spectateurs. Ils recréent habilement les ambiances et situations avec les moyens d’une scénographie aussi sommaire et caricaturale que le village qu’elle représente. Enfin, deux récits de voyage font irruption au sein de l’histoire principale, ajoutant une profondeur supplémentaire à l’œuvre, non sans quelques petits soucis de rythme lors des transitions.

Le Rideau ouvre sa saison en douceur, avec une pièce drôle et touchante qui permet de prolonger les vacances et de s’évader. Ici ou ailleurs, Régis Duqué nous rappelle ces quelques petites choses qui animent l’existence, fondements de la vraie vie et qui nous passent souvent sous le nez sans qu’on les remarque. Et de préciser que si certains marchent toujours et sont incapables de se poser, le Rideau de Bruxelles a enfin cessé son nomadisme. La vraie vie est la première d’une longue série de pièces qui se joueront désormais en toute intimité au 7 rue Goffart, à Ixelles.

La vraie vie
Du 23/09 au 11/10 au Rideau de Bruxelles, Rue Goffart 7, 1050 Ixelles
Infos et réservations sur le site du Rideau ou au 02/737.16.01

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Le théâtre est ce lieu où les consciences se rencontrent et se questionnent. Ce lieu où on rit, où on pleure, où on exprime sa colère et où on refait le monde tous les soirs.

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