Waterloo, l’ultime bataille

D’une commémoration à l’autre, avec l’année 2015 se profile une grosse offensive napoléonienne, puisque cette année marquera le bicentenaire de la bataille qui accumule les superlatifs. Waterloo, une bataille qui fait aujourd’hui encore parler la poudre puisqu’elle a accouché d’un combat, juridique cette fois, pour l’attribution du marché public de la scénographie de la reconstitution et d’un film en 4D. Chaque camp avançant son champion pour revendiquer sa légitimité sur l’attribution du marché. En marge de cette lutte désolante émerge un projet cinématographique qui mérite autant, sinon plus d’attention dans un premier temps pour les qualités du film en lui-même et dans un second temps pour la simple énergie positive qu’il dégage autour de cette satanée bataille qui va jusqu’à opposer des édiles communaux de Waterloo et Braine-l’Alleud autour de la localisation de la Butte du Lion.

Waterloo, l’ultime bataille est né sur les pentes de la célèbre butte dans l’esprit du producteur Willy Perelsztejn (Les Films de la Mémoire) il y a presque 5 ans et trouve aujourd’hui une première vie sur les grands écrans d’une douzaine de salles du royaume (oui, oui, Flandre comprise) à partir du 28 mai, avant une seconde vie sur petit écran en 2015, pour le bicentenaire.

Pour la réalisation de son projet, le producteur s’est adjoint le concours du réalisateur Hugues Lanneau, avec lequel il avait déjà commis en 2008 un grand succès du documentaire belge, soit le film Modus Operandi qui se penchait sur le « comment ? » de la déportation de Juifs de Belgique. De manière similaire, Waterloo, l’ultime bataille se prend de décrypter le modus operandi d’une bataille qui vit près de 170.000 hommes s’affronter sur 4km².

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Une carte virtuelle, ainsi qu’une maquette réalisée pour le film autour de laquelle se défient Napoléon et Wellington, offrent une vision globale et étonnamment efficace du champ de bataille et du déroulement des événements du 18 juin 1815. Les petits soldats de plomb peint se déplacent sur les coteaux et dans les vallons de Waterloo, poussés par des mains illustres pour une étonnante partie d’échec géante qui dénoue le déroulement complexe de la bataille.

Impossible de ne pas évoquer les deux grands acteurs de cette bataille que sont Napoléon et Wellington sans s’arrêter sur le choix curieux, voire audacieux de l’acteur pour incarner un Napoléon bien loin de l’image d’Épinal habituelle. Michel Schillaci compose un Napoléon peu charismatique au visage émacié et qui semble nager dans son mythique uniforme de colonel des chasseurs à cheval trop large pour ses frêles épaules. De même, Wellington (Dorian Ginger) ressemble plus à un dandy frivole qu’au froid et ambitieux officier irlandais qui défit son meilleur ennemi avant de se lancer en politique, sa réputation acquise. Mais cela relève du détail, dans la mesure où l’intention est avant tout pédagogique et que les vrais acteurs de cette docufiction sont 5 soldats français, anglais et belges inspirés par plus de 200 lettres de soldats écrites à leurs familles les jours précédant et succédant la bataille.

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La bataille au travers du regard de la chair à canon, au cœur de la mitraille, c’est le pari réussi de cette production qui a fait de ses limites des atouts. Ainsi, grâce à la combinaison d’images exclusives de la reconstitution exceptionnelle de 2010 et de séquences tournées plus récemment avec des groupes de reconstitution, le spectacle est époustouflant. Le spectateur est plongé au cœur de la bataille, côtoyant la mort, la peur et les conditions moites et enfumées de la morne plaine mise en vers par Victor Hugo. Quelques effets spéciaux sont certes malheureux, mais dans l’ensemble, ceux-ci sont utilisés et réalisés avec intelligence et mesure.

Dans ce même souci de point de vue humain, l’académique est enrichi par le familier dans la mesure où une des qualités de ce projet est d’associer aux interviews d’historiens, qu’ils soient britanniques, français, hollandais ou belges, des interviews de ceux qui connaissent et vivent au plus près ce que les combattants de 1815 ont vécu, soit trois membres de groupes de reconstitution. Cette idée originale apporte un regard frais et inhabituel sur les conditions de vie et de mort des soldats.

Loin donc de l’hagiographie militaire et de la glorification des mythes de la bataille, Waterloo, l’ultime bataille est avant tout un objet didactique spectaculaire qui éclaire sur les circonstances militaires mais surtout humaines d’un événement éminemment cruel et douloureux. En cela, le film frappe juste et  mérite l’attention autant des passionnés d’histoire et de sociologie que du spectateur désireux d’en apprendre un peu plus sur un des événements fondateurs de l’Europe moderne.

A voir dès le 28 mai 2014

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Comme le dit si bien Pascal Quignard, "Ecrire, trouver le mot, c'est éjaculer soudain". Ou encore Alphonse de Lamartine, "La critique est la puissance des impuissants". Mmh, pas très cohérent tout ça. Pour ma part, et pour contredire Sheakspeare, la critique n'est pas aisée et je ne suis pas dans l'aisance. J'écris néanmoins parce que c'est par moment assez jouissif, comme l'exprime si bien l'ami Quignard. A part cela, j'aime le cinéma, la bd, la musique et les citations à la con.

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