Winter on fire : documentaire de l’année?

Netflix a encore frappé! Après le sensationnel Making a Murderer ou le controversé Hot Girls Wanted, le dernier documentaire produit par la célèbre société américaine, Winter on Fire, vous prend aux tripes et ne vous lâche pas jusqu’à la dernière image. Netiflix démontre encore une fois, si c’était encore nécessaire, sa qualité à reconnaître films, séries ou documentaires de calibre. Son talent est tel que sur les cinq documentaires nominés cette année aux Academy Awards, trois sont diffusés ou produits par l’entreprise.

Nominé pour l’Oscar du meilleur documentaire, Winter on Fire : Ukraine’s Fight for Freedom nous emmène au centre des événements qui secouèrent l’Ukraine en 2013 et 2014. Le film débute par un cours d’histoire. En soi, pas très divertissant mais pourtant nécessaire à la compréhension d’un conflit qui, quoique récent, trouve ses racines dans l’histoire de l’ex-Union Soviétique. Après quelques cartes géographiques et images d’archives, nous entrons dans le vif du sujet. En novembre 2013, alors qu’il avait promis à son peuple un rapprochement avec l’Union européenne, le président ukrainien Ianukovytch passe un accord commercial avec son homologue russe, Vladimir Poutine. L’histoire houleuse de l’ex-URSS n’étant pas bien loin, de nombreux Ukrainiens se sentent non seulement trahis par leur président, mais aussi menacé par la coupe russe. Un rassemblement spontané débute sur la désormais célèbre Place Maïdan, à Kiev.

Les manifestations pacifiques sont l’un des symboles d’une démocratie en bonne santé. C’est donc avec surprise et une certaine épouvante que l’on se rend compte que l’Ukraine est loin d’en être une. Les manifestants sont violemment réprimés et l’Etat semble sourd aux demandes de son peuple. Mais les Ukrainiens ne se démoralisent pas. Au contraire, ils s’organisent de façon auto-gérée afin d’occuper la place, malgré le froid. Chacun semble connaître son rôle et en quelques jours, le centre de Kiev est transformé en une scène digne de la prise de la Bastille. Le réalisateur, Evgeny Afineesky, lui-même russe, ne prend pas des gants avec son public. Mêlant témoignages et images « du front », il dépeint une révolution dans toute sa cruauté. Comme ce jeune homme, le visage sale et les yeux fatigués, tapi derrière des barricades, qui appelle sa mère. « Je veux te dire quelque chose…maman, je t’aime ».

Winter on Fire, c’est d’abord le témoignage d’une génération qui n’a pas connu le joug de l’Union Soviétique mais qui est suffisamment marquée par celui-ci pour vouloir défendre sa liberté à n’importe quel prix. Et celui-ci est cher. Après des semaines de conflits, le ton du gouvernement ukrainien se durcit. Les manifestants, en majorité des jeunes, s’organisent à présent pour résister aux attaques de la police et des groupes d’intervention spéciale. Et c’est avec horreur qu’Afineesky nous montre des étudiants tombant sous les balles, des vieillards accablés de coups de matraque par des policiers qui ressemblent plus à des brigands qu’à des gardiens de la paix.

Lorsque j’ai suivi les événements de la Place Maïdan en hiver 2013, c’est avec malaise que j’ai compris que je vivais en direct une crise d’une ampleur historique. Impuissante, je regardais les jours de siège se suivre et se ressembler: corps abandonnés dans les rues, visages en sang, femmes en pleurs. L’Etat ne semblait pas vouloir céder à la pression populaire. En 93 jours, des dizaines de personnes perdirent la vie et des centaines d’autres sortirent du conflit blessés. Mais ce qui était le plus étonnant pour moi, c’était de suivre ces hommes et ces femmes ordinaires occupés à des tâches extraordinaires: occupés à se battre pour leur liberté.

Pour moi, ce film est la quintessence du documentaire d’investigation de grande envergure. Un classique qui respecte tous les codes du genre. Un sujet sensible et complexe, une narration claire, des images pleines de sens et le sentiment donné au spectateur qu’il vit la situation « en temps réel », au plus proche de l’action. Nous évoluons avec les personnages, nous mourons un peu lorsque l’un d’entre eux n’est plus, nous pleurons devant la barbarie du genre humain, mais aussi devant la beauté d’un peuple qui ne courbe pas l’échine. Le courage du peuple ukrainien est probablement la star de ce documentaire. On y voit en effet le citoyen lambda, le poing levé, dire non. Non à un gouvernement corrompu, non à une société rétrograde, et puis simplement non à l’injustice.

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De nature pantouflarde, je mène une existence simple aux côtés de ma famille, composée de mon chat à trois pattes et de mon compagnon à deux bras. J’écris pour plusieurs raisons, mais la plus grande a si bien été mise en mots par un autre, que je ne peux que le citer : « Ce n’est qu’en écrivant que je me sens bien. J’oublie alors toutes les vexations de la vie, toutes ses souffrances, je me penche dans la pensée et je suis heureux. », Søren Kierkegaard. J’ai choisi des études de journalisme non pour la profession mais pour l’éventail de sujets à étudier. La connaissance est mon moteur. La culture, mon carburant. Films, séries, documentaires et littérature pavent mon quotidien.

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