Xenia, un film réalisé sous LSD ?

Si nous vous parlons de ce film sorti initialement dans les salles l’été passé, c’est parce qu’il vous est à nouveau possible de le voir durant quelques jours à Bruxelles et à Gent, et qu’il mérite que vous le découvriez. Xenia est un film complètement rocambolesque qui a été réalisé par le grec Panos H. Koutra, habitué du genre. Il ne faut pas vous faire un dessin concernant son premier film, sorti en 2001, L’Attaque de la moussaka géante (I epithesi tou gigantiaiou mousaka), dont le titre se suffit à lui-même et qui, avec juste ce qu’il faut d’extraterrestre, présente une moussaka mutante qui se prend pour Godzilla. Dans Strella (nommé dans cinq catégories en 2009 au Cinémed, Festival méditerranéen de Montpellier),  il raconte l’histoire d’un homme qui sort de prison après des années et part à la recherche de son fils, puis s’éprend d’une chanteuse de cabaret, prostituée et transsexuelle tout en devant affronter son passé. Xenia, sur lequel porte cet article, est également un film étonnant, tant par la construction de l’intrigue et les images qu’il nous offre, que par les sujets qu’il aborde ; il a d’ailleurs été nommé dans la catégorie « Un certain regard » du Festival de Cannes 2014. La question du voyage est à nouveau abordée dans ce film, tout comme celle de l’identité et du genre, mais cette fois dans une perspective tournée vers l’avenir, même si le passé occupe inévitablement une place importante dans la vie et la quête des deux personnages principaux.

Xenia est un de ces films qui vous laissent confus, et bien malin qui pourra prétendre donner sens à tout ce qu’il a vu. Mais ce n’est peut-être pas là l’essentiel, et l’intrigue est suffisamment riche pour que chaque spectateur puisse porter plus spécifiquement son attention et ses interrogations sur certaines parties qui font sens pour lui. En plusieurs moments du film, la seule idée qui me passait par la tête se résumait en trois simples lettres, innocentes mais passage obligé : « wtf?! ». Quant au LSD, qui aurait inspiré Steve Jobs (mais c’est une autre histoire), évoqué dans le titre de cet article, cette hypothèse se fonde sur Dido, ce lapin blanc qui apparaît constamment à l’écran. C’est mignon un lapin blanc. Mais, d’une certaine façon, c’est aussi inquiétant… non ?

Et toujours ce lapin...

L’histoire au cœur de ce film, c’est celle de deux frères, vivant en Grèce mais Albanais (interprétés par deux véritables Albanais ayant grandi en Grèce) qui, après le décès de leur mère, partent à la recherche de « L’Innommable », leur père biologique grec (parti au loin dans leur plus tendre enfance), pour obtenir de lui de l’argent et sa nationalité. Ce voyage qu’ils entreprennent, « Une nouvelle Odyssée grecque », dit l’affiche du film, est aussi un voyage pour chacun d’eux et un voyage entre eux, au sein même de leur relation, testant la solidité de leur amour fraternel, mais aussi un voyage pour le spectateur qui les suit et achoppe avec eux sur les nombreuses haltes qui parsèment leur route. Dany, 16 ans, gay et excentrique, semble souffrir de quelques troubles et être à la recherche de repères, tandis qu’Odysseas, 18 ans, le grand frère, semble plus sage. Ensemble, ils partagent leurs rêves, leurs joies, leurs doutes, leurs craintes, sur fond d’une Grèce où la crise a gagné du terrain, révélant homophobie, xénophobie, violence et inégalités sociales.

Malgré leurs différences, les deux frères se soutiennent dans cette recherche hasardeuse d’un père inconnu qui pourrait pourtant tant les aider. Au fil de situations foireuses et délirantes, le spectateur s’immerge dans leur vie, entre épreuves et paillettes, celles qu’ils poursuivent dans les pas de leur chanteuse de mère, vivant leurs aspirations de strass au travers d’une pop italienne datée. La chanson(nette) est au centre de ce film, tout comme les rêves brisés, la question de l’identité ou la force de certaines relations. Qui sommes-nous ? Qui sont-ils ? Pas sûr que le film y réponde, mais au moins il en restera un voyage, qui trouve sa beauté et sa valeur en lui-même.

Actuellement dans deux salles en Belgique :

à Bruxelles, à l’Aventure Ciné Confort : vendredi 27/2, 19:20 ; samedi 28/2, 21:40 ; dimanche 1/3, 19:20 et 21:40 ; lundi 2/3, 21:40 ; mardi 3/3, 19:20) ;

– et à Gent, au Sphinx (vendredi 27/2, 22:30 ; mardi 3/3, 22:15).

Xenia, de Panos H. Koutras, avec Kostas Nikouli, Nikos Gelia,… 128 min.

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