YSL décrit un Yves Saint Laurent en clair obscur et offre à Niney un rôle sur mesure.

La mode inspire de plus en plus le cinéma en particulier le cinéma français. La France, pays du luxe, du chic et de la mode a trouvé à travers le cinéma son meilleur ambassadeur pour exporter son savoir – faire à travers le monde. De Coco avant Chanel à Lagerfeld Confidentiel, L’Amour Fou ou plus récemment Mademoiselle C (sur la rédactrice de mode, Carine Roitfeld), on ne compte plus les films et documentaires sur le sujet…

Jalil Lespert, comédien de talent devenu aussi un cinéaste à suivre (depuis son brillant et poignant Des Vents contraires) passe derrière la caméra pour évoquer le souvenir de celui qui se cachait derrière ces 3 lettres, YSL, aujourd’hui devenu l’emblème du chic.

De la Robe Mondrian (1965) au premier smoking pour femmes (1967) ou au premier tailleur-pantalon (1971), Yves Saint Laurent, avant-gardiste de génie, a révolutionné la haute-couture et le vestiaire féminin de la femme d’hier et d’aujourd’hui.

A voir tous ces biopics (français) souvent trop respectueux ou trop éloignés de leur sujet, YSL est-il un bon film ? Et après tous ces films sur la mode, bien trop souvent lisses et conformistes, on pourrait se demander si un bon personnage suffit à faire un bon film?

Passons outre la guerre des films consacrés à celui qui est aujourd’hui devenu l’emblème du chic et de la haute couture et qui oppose celui-ci, autorisé par Pierre Bergé, à celui non autorisé de Bertrand Bonello avec Gaspard Ulliel.

Soyons clairs, la version de Jalil Lespert, c’est la vision de Pierre Bergé (incarné par Guillaume Gallienne), l’homme de l’ombre, celui qui lui restera fidèle jusqu’à son dernier souffle malgré les infidélités, égarements, trahisons et tromperies. Le film se penche plus particulièrement sur la relation intime, quasi paternelle, de YSL avec celui qui, en coulisses, gère de main de maître la prestigieuse entreprise.

YSL, et c’est en ça qu’il gagne en force et en sincérité, évite l’écueil d’un film convenu et polissé à la gloire de son sujet.
Loin de se limiter à un portrait avantageux à la gloire du couturier français, le film, parfois sans concession, évoque une personnalité aussi fascinante que complexe, difficile à vivre, avec ses forces mais ses faiblesses aussi.
Le film décrit le côté obscur et les excès du jeune couturier, une personnalité trouble souvent en souffrance, alcoolique et caractériel, se perdant dans les bas-fonds de jeux sadomasochistes ou la drogue.
YSL, grand timide aux tendances maniaco-dépressives ne trouvait finalement son expression que dans ses dessins et ses robes: grand insatisfait, en doute perpétuel, il n’était heureux que 2 fois par an, au moment des collections, à l’automne et au printemps.

Le film pourra certes diviser car s’il parvient à restituer l’atmosphère des différentes époques au fil des défilés et collections, il manque et c’est peut-être là son défaut, de vraie tension dramatique d’où un vague sentiment d’ennui.
Mais si tout le monde doit être unanime sur un point, c’est sans aucun doute concernant le jeu de Pierre Niney dans la peau du créateur, un rôle sur mesure pour celui qui incarne avec talent la folie du prince de la mode.

Le compte à rebours de la célébrité a débuté pour Niney et on devrait très bientôt n’entendre parler que de lui dans ce rôle qui lui va comme un gant tant il restitue avec justesse le physique, la gestuelle, la diction un peu précieuse, ce phrasé si particulier, cette allure qui rappelait celle des séminaristes de ce grand timide qu’était Yves Saint Laurent.

L’acteur, malgré son jeune âge (à 24 ans, il est le plus jeune pensionnaire de la Comédie- Française), parvient à incarner 20 ans de la vie du maître, de ses débuts comme assistant chez Dior à sa première maison de couture à 26 ans jusqu’au mythique défilé « Opera – Ballets Russes  » en 1976.

Il y a dans ce YSL comme un goût d’inachevé, le scénario s’effaçant totalement derrière la (quoique extraordinaire) performance de Niney.
Il y est finalement, contre toute attente, peu question de mode mais principalement de la relation entre deux hommes un peu comme si le film passait finalement à côté de son sujet…

Sortie en France le 8 janvier 2014.


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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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