Les 8 salopards : Death Proof au Far West

Les 8 salopards sortira en France le 6 janvier, date à laquelle les spectateurs sont conviés à vivre un GRAND moment de cinéma !

Si c’est dans une ambiance détendue et survoltée que l’équipe du film a assuré la promotion du film à Paris, menée par son showman, Quentin Tarantino, Les 8 salopards  est loin d’être le film le plus cool mais c’est certainement le plus abouti du cinéaste.
Trois ans après Django Unchained,  Tarantino repasse par la case Western en revisitant cette fois les films qui ont marqué son enfance, des Sept Mercenaires de John Sturges aux 12 salopards  de Robert Aldrich.
Oubliée la fuite du scénario (ou encore la récente polémique qui a conduit au boycott du film suite au soutien du cinéaste lors de manifestations contre la violence  policière), le film est une totale réussite pour ne pas dire le film le plus abouti et le plus beau du cinéaste.

La référence au genre est totale : de la bande originale du film, composée par le vétéran italien et léonien Ennio Morricone (dont Tarantino avait déjà utilisé les musiques pour Django Unchained) au générique qui nous plonge d’emblée au coeur du western et des sixties, Tarantino signe une véritable déclaration d’amour au cinéma.

Et si Tarantino honore le western, il met aussi l’horreur à l’honneur! Un carton rouge de 6 mn au début du film annonce d’emblée la couleur: elle sera rouge (sang) bolognaise !
Passé maître dans le mélange des genres, Tarantino signe son deuxième western mais offre aussi, comme un écho à son premier film Reservoir Dogs, un vrai film d’horreur à recommander aux fans du genre.

A la moitié du film, Tarantino brise sa tonalité classique pour faire gicler le sang et nous plonger dans un thriller horrifique.

L’hommage aux films de Carpenter n’est pas loin, en particulier à The Thing, accentué par la présence au générique de Kurt Russell ou par les thèmes de la paranoïa et des faux semblants et à son final qui vire dans l’horreur totale. Si une certaine tension est maintenue dans la première moitié du film , la seconde explose littéralement dans la violence et le sang.

Préparez-vous, on vous aura prévenus, Les 8 salopards c’est The Thing chez John Ford et Death Proof au Far West !
Les 8 salopards, c’est aussi un scénario ambitieux, le plus personnel et certainement le plus sombre, le plus pessimiste et le moins cool de Tarantino.

L’originalité du film est qu’il n’y a pas de héros mais un groupe de huit méchants et odieux personnages, tous aussi peu fiables les uns que les autres. Le  film s’attache à décrire la haine, celle d’une race blanche qui déteste la race noire et vice-versa . Le pur sadisme de Tarantino est d’enfermer ces huit personnages, tous racistes, menteurs, violents et misogynes, dans un refuge au milieu des montagnes en pleine tempête pour nous offrir des répliques acérées (on retrouve le virtuose des dialogues) et répondre à la question « comment survivre en Amérique quand on est noir » ? 

Tarantino c’est la célébration du cinéma et des acteurs et ici l’aspect théâtral est poussé à son extrême dans ce huis-clos dans lequel chacun joue un rôle, ment et dissimule son identité et ses intentions…

Qui parmi, le bourreau (Tim Roth), la prisonnière (Jennifer Jason Leigh), les deux chasseurs de primes (Samuel L. Jackson et Kurt Russell), le futur shérif (Walter Goggins), le cowboy (Michael Madsen), le confédéré (Bruce Dern), le Mexicain (Demian Bicher) ou court-sur-pattes s’en sortira vivant ? Seule la fin nous révélera la véritable identité de chacun.

Cinéphile mais aussi téléphage, Tarantino  se joue ainsi du spectateur avec également un clin d’oeil aux séries télévisées de son enfance comme Bonanza ou Le Grand Chaparral où on n’apprend qu’à la fin qui sont les bons et les méchants…

Comme un pied de nez au cinéma digital, Tarantino a mis les grands moyens avec ce western tourné en 70 mm Ultra Panavision (format  utilisé pour la dernière fois en 1966 et aujourd’hui disparu): un format d’image extra large utilisé pour La Conquête de l’Ouest, La Bataille des Ardennes, ou encore 2001, L’Odyssée de l’espace, Lawrence d’Arabie ou Apocalypse Now…

Plus qu’un gadget aux allures nostalgiques, le format met en valeur les vastes paysages et scrute avec précision les personnages en gros plans. On vous recommande de voir le film dans les salles qui le diffuseront dans sa version 70 mm,  tant le cinéaste se joue du support pellicule: elle comportera ainsi 8 mn supplémentaires, une entracte au milieu du film et rappellera le bon vieux temps avec un passage en italien sous-titré de grosses lettres jaunes laissant imaginer que le projectionniste se serait trompé de version…

Pour respecter ce format, il a fallu rééquiper quelques salles de cinéma afin de proposer le film dans son intégralité, voici les salles en France qui proposeront le film en pellicule :

Kinepolis à Lomme (59)
Le Grand Mercure à Elbeuf (76)
L’Appolo Ciné 8 à Rochefort (17)
Le Cézanne à Aix en Provence (13)
Le Gaumont Marignan à Paris (75)

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Atteinte de cinéphilie aiguë, Lorraine Lambinet, fille de projectionniste, a passé son enfance dans les salles obscures. Titulaire d'une Maîtrise Arts du Spectacle et Écrits Cinématographiques, elle a touché à tous les domaines du 7ème Art aussi bien à la programmation (Festival Quais du Polar, Courts du Polar), l'exploitation (Projectionniste), la réalisation (Assistante réalisatrice) ou la production (Assistante de production long-métrage ). Aujourd'hui, elle est Directrice d'un cinéma en région parisienne.

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